Comment réinventer la ville ? Trois entreprises dévoilent leurs solutions Développement durable | 25.03.21

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Le CementLab, initié par le Syndicat français de l’industrie cimentière (SFIC), a organisé, ce jeudi 25 mars, un nouveau webinaire sur le thème « Réinventer la ville ». A cette occasion, trois startups ont été invitées à présenter leurs solutions répondant à des enjeux divers : dépollution des sols, vieillissement du parc bâti, sobriété foncière.

La thématique choisie pour ce nouveau webinaire du CementLab « fait écho aux débats d’aujourd’hui », a déclaré Laure Helard, déléguée générale du SFIC, en introduction. « Réinventer la ville », c’est se demander « comment construire la ville, sur quel espace ? ». C’est également prendre en compte les enjeux de biodiversité, les objectifs de Zéro Artificialisation Nette (ZAN), qui vont « nous obliger à penser différemment », à densifier les villes, à réhabiliter les friches. C’est « repenser l’usage des bâtiments ». Doit-on démolir, déconstruire, réhabiliter ? « Une vraie réflexion » doit aussi être menée sur le quartier « pour repenser les infrastructures, les mobilités douces, les nouveaux modes collaboratifs », et encourager l’innovation. Réfléchir au quartier, c’est « rendre la ville plus résiliente au changement climatique » en proposant par exemple des solutions pour traiter les ilots de chaleur ou encore la circulation de l’eau. « C’est un thème très large », a ainsi souligné Laure Helard. 

Optimiser les opérations de dépollution

Trois startups étaient invitées à présenter leurs solutions. Antonin Vanexem, géologue et fondateur de Tellux, a ouvert le bal. « Ce que nous souhaitons apporter, ce sont des solutions de caractérisation de toute matière minérale pour étudier la pollution des sols ». 

« Les analyses de sols complètent sont complexes à mettre en place », a-t-il indiqué. Mais souvent par manque d’informations, les chantiers sont amenés à être arrêtés et les déblais stockés temporairement, ce qui empêche d’optimiser le déroulement du projet. « Ce manque de visibilité » sur la pollution des sols présente « des risques financiers », d’une part car la durée des travaux de dépollution est variable, et d’autre part, car la dépollution à un coût qui peut varier de 12 € jusqu’à 1 000 € la tonne (pour les déchets dangereux). « Il y a un enjeu économique pour sécuriser les plans de travaux, et également sur la valeur et la valorisation des déblais en eux-mêmes », a poursuivi Antonin Vanexem. 

Tellux permet « d’accélérer et de dérisquer la dépollution des sols et la valorisation des déblais grâce à des analyses par imagerie Hyperspectrale et l’Intelligence artificielle ». La technologie est appliquée sur des sols pollués. Un diagnostic est fait avant travaux (rapide, sur-site, détaillé ou exhaustif). « Nous récupérons le carottage complet. C’est un tube qui contient vraiment le sol en place, et on vient le scanner de manière intégrale, ce qui permet de donner la concentration en polluant, et de localiser très précisément la pollution ». Ensuite, « soit on fait de l’extraction, soit on va pouvoir faire un traitement in-situ ». L’idée, « c’est de cartographier la pollution » sur les chantiers en quelques semaines.  

A terme, la société indique vouloir commercialiser la technologie sous forme d’équipements innovants prêts à l’emploi. Une technologie qui devrait se décliner sur différents produits pour répondre « à toutes les étapes d’un projet de réhabilitation, du diagnostic à l’excavation, jusqu’à la valorisation des déblais et le recyclage ». Cela passera par le déploiement d’appareils plus compacts pour les louer aux entreprises de dépollution ou aux bureaux d’études, et « augmenter le nombre de mesures qu’ils font sur un site principalement en amont ». 

Tellux développe en ce moment les versions 2 et 3 de son projet. Pour la V2, Tellux souhaite pouvoir chiffrer la plus-value du tri sélectif sur chantier des déblais. Et pour ce faire, va se tourner vers des partenaires pour tester la technologie sur des sites contaminés « un peu problématiques ». 

Anticiper le vieillissement des bâtiments

Pauline Koch, architecte et CEO de Sitowie, est revenue sur la genèse de la startup, dont l’ambition est d’anticiper au mieux la dégradation des constructions, optimiser leur maintenance et leur coût sur le long terme. « Nous avons démarré par tout ce qui est clos et couvert et béton armé ». L’idée est « d’optimiser tous les budgets de maintenance et d’investissement, en passant de solutions curatives à des solutions prédictives », qui permet aussi d’améliorer les performances environnementales des bâtiments. « Pour nous, un bâtiment durable, c’est un bâtiment rentable ». 

En janvier dernier, à la demande de ses clients, Sitowie a déployé Predibat, un logiciel qui permet « de structurer les bases de données patrimoniales et d’évaluer les risques géographiques ». « Nous travaillons avec des maquettes IFC. Si nos clients n’en ont pas, nous avons développé un générateur de maquette qui permet, sans compétences BIM ou IFC, de générer une maquette 3D en quelques minutes et en quelques clics ». Le vieillissement des différents éléments du bâtiment est pris compte, certains éléments étant moins exposés que les autres, pour calibrer au mieux les actions à mettre en œuvre.  

« Il faut arriver à mettre le bon matériau au bon endroit. Nos clients ont une vue globale sur l’ensemble de leur patrimoine, et sont capables de prioriser leurs opérations. Nous avons beaucoup travaillé sur l’ergonomie de la plateforme pour que les financiers, les assets, les techniciens, puissent la prendre en main ». 

Des projets conformes aux PLU

Suzanne Fritelli, ingénieure et urbaniste de formation, a co-créé Buildrz en 2016, un logiciel en ligne qui permet « aux différentes parties prenantes, promoteurs immobiliers, architectes, concepteurs, et aux collectivités de concevoir des projets immobiliers de la plus haute qualité urbaine et environnementale, de façon la plus rapide possible grâce au numérique, aux données et à l’intelligence artificielle ». 

La société optimise la partie amont des projets, c’est-à-dire celle concernant l’acquisition du terrain et le permis de construire, une étape qui se veut lente, notamment lorsqu’il s’agit de renouvellement urbain. Pourquoi ce phénomène ? « On utilise toujours des outils extrêmement artisanaux et manuels alors même que le contexte est de plus en plus compliqué. C’est devenu une doxa nationale que de travailler la ville sur elle-même ». « Grâce à Buildrz, on peut garantir à nos clients de générer les opérations avec le plus grand nombre de points de qualité, de façon rapide et fluide, avec le plus de m2 possible en fonction de la programmation souhaitée ». 

Buildrz génère des algorithmes qui permettent « la réalisation d’études de faisabilité prenant en compte les infrastructures les plus importantes en termes de surface plancher, qui sont ensuite retraitées directement par les utilisateurs qui n’ont pas besoin d’être techniciens pour pouvoir travailler sur leur opérationparce que ce sont des objets et non pas des images ». L’utilisateur va pouvoir par exemple concevoir l’enveloppe qui lui convient le mieux selon différents critères : ensoleillement du bâtiment, taille des logements, etc. Et échanger plus rapidement avec les différentes parties prenantes. 

Les valeurs défendues par Buildrz : 
- Fiabilité : « Les opérations répondent à toutes les obligations réglementaires et notamment celles des PLU »
- Rapidité 
- Plus de parts de marché « puisqu’on peut repérer l’ensemble de terrains sur lesquels une opération peut être rentable pour un futur opérateur ». 

La société travaille à ce jour avec sur plus de 11 métropoles. « Nos clients font plusieurs centaines d’études de faisabilité au sein de Buildrz », conclut Suzanne Fritelli. 

Rose Colombel
Photo de une : ©Adobe Stock

Redacteur

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