Logement durable : une affaire d’écologie ou d’égologie ?

Développement durable | 05.10.21
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Ce mardi 5 octobre, l’association Qualitel présentait, en partenariat avec l'Anah, son baromètre réalisé par Ipsos, sur la perception des Français concernant le lien entre logement durable et confort de vie. Si 75 % souhaitent un logement durable, cette motivation est davantage orientée par des questions de confort que d'écologie.

Est-ce que logement durable et agréable riment vraiment ensemble ? C’est ce que semble indiquer la cinquième édition du baromètre de l’association Qualitel, réalisé en partenariat avec l’Agence nationale pour l’habitat (Anah), auprès de 4 500 Français.

75 % d’entre eux ont à cœur d’avoir un logement plus respectueux de l’environnement. A l’opposé, 30 % seulement estiment avoir un habitat durable, c’est-à-dire « un lieu respectueux de l’environnement, préservant la qualité de vie et le bien-être de ses occupants, où les coûts de construction et d’usage sont maîtrisés », selon la définition de l’étude. A savoir que ce tiers est constitué pour la plupart de propriétaires (37 %), habitant un logement construit avant 2011 (52 %), avec une surface individuelle de plus de 45 m2 (36 %), souvent une maison (35 %), et dont le revenu du foyer mensuel dépasse les 3 000 € par mois. 

Baromètre Qualitel 2021

Source : Baromètre Qualitel 2021

Au-delà d’établir un profil par niveau de vie, l’enquête analyse les comportements et croyances en l’avenir du logement durable, d’un point de vue générationnel. Ainsi, 61 % croient au renforcement de la réglementation dans les dix années à venir, avec obligation de rénover son logement lorsqu’il ne colle pas à certains critères. A cela s’ajoute la conviction que d’ici la même période, tous les logements neufs seront autonomes en énergie, davantage chez les 18-35 ans (56 %), que chez les plus de 60 ans (43 %).

Un engouement moins marqué chez les séniors

Le baromètre Qualitel note également que les Français ont conscience que le logement est un angle d’attaque essentiel à la transition écologique. Parmi les six premiers des « éco-gestes » à adopter selon le panel, deux concernent l’habitat : réduire la consommation d’énergie en deuxième place (67%) et limiter la consommation d’eau chez soi (42 %) en sixième place, le premier éco-geste restant l’adaptation de son alimentation (68 %).

Source : Baromètre Qualitel 2021

Source : Baromètre Qualitel 2021

Côté investissements, la majorité des Français se sentent prêts à investir pour habiter plus durable, que ce soit en changeant de logement (51 %) ou en réalisant des travaux de rénovation (59 %). Dans le premier cas, les 18-34 ans sont les plus enclins à investir, avec plus de la moitié des sondés prêts à payer plus cher, face à un tiers des plus de 60 ans.

Baromètre Qualitel 2021

Source : Baromètre Qualitel 2021

Dans le second cas, deux tiers des 35-60 sont prêts à rénover. La rénovation étant un des leviers les plus importants du logement durable, « dans la mesure où 80 % des logements de 2050 sont d’ores et déjà construits », rappelle Bertrand Delcambre, président de Qualitel. 

Baromètre Qualitel 2021

Source : Baromètre Qualitel 2021

Une prise de conscience teintée de paradoxes

Malgré une bonne volonté affichée par les sondés, seuls 4 % considèrent le respect de l’environnement comme un critère de choix d’un logement, après la localisation (64 %), le prix (54 %), ainsi que la surface (42 %). Comme évoqué prédemment, le logement durable reste associé à des économies d’énergies, pourtant les éléments à fort impact environnemental ne sont pas encore bien identifiés par les Français.

Baromètre Qualitel 2021

Source : Baromètre Qualitel 2021

Bien que le bac de tri sélectif arrive logiquement en tête des équipements indispensables (41 % des interrogés), d’autres participant tout aussi bien à la préservation de l’environnement, sont encore sous-estimés. On pense particulièrement à la pompe à chaleur (14 %), le panneau solaire/éolien (17 %), la régulation automatique de la température (25 %) ou bien la chaudière à granulés/poêles à bois (11 %). Des chiffres à nuancer toutefois avec l’adaptabilité du bâti, qui, n’étant pas forcément uniforme sur tout le territoire, influe forcément sur les priorités des sondés, surtout ceux recourant à une rénovation.

Baromètre Qualitel 2021

Source : Baromètre Qualitel 2021

D’autres critères du logement durable sont également jugés secondaires comme son respect envers la biodiversité (29 % des sondés), ou sa construction à partir de matériaux biosourcés (23 %) comme recyclés ou réutilisés (18 %). Le chiffre le plus flagrant reste la proximité des infrastructures (transports en commun, commerces, écoles, travail), préoccupant seulement 17 % des Français. Et ce alors que les transports, notamment individuels, sont le premier poste d’émissions des gaz à effet de serre. 

Autre point abordé pour un habitat plus durable : la lutte contre l’étalement urbain. Certes, une majorité des Français plaident pour plus de densité, avec 56 % préférant des constructions verticales et plus hautes. Cependant, ils sont quelques peu talonnés par les 44 % optant davantage pour une construction à l’horizontale, contraire à la zéro-artificialisation des sols.

Des résultats montrant que la notion d’implantation dans son environnement, « est peu prise en compte » dans la définition d’habitat durable, d’après Laurent Girometti, directeur général d’EpaMarne-EpaFrance. « Ça nous oblige d’avoir une vue systémique (…) On ne peut pas raisonner de la même façon d’un territoire à l’autre », souligne-t-il. 

Prendre en compte les spécificités du logement, du territoire mais aussi de leur occupant

En dehors de l’adaptation du logement au territoire, le logement durable et ses angles d’attaque sont inévitablement orientés par le confort de l’occupant. « On est tous d’accord sur les grandes ambitions de la société, mais plus ça se rapproche de notre domicile, moins les gens pensent que c’est pertinent de le faire (…) Il y a de l’écologie mais il y a aussi de l’égologie », commente Thierry Repentin, président de l’Anah. 

Le baromètre Qualitel 2021 le confirme, car l’envie d’un logement durable est davantage motivée par des questions de confort et de santé pour 51 % du panel, que par un élan citoyen (34 %). « Et j’ai envie de dire tant mieux, le levier du bénéfice immédiat, direct et individuel est plus sûr que le levier moral », précise Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos France.

Baromètre Qualitel 2021

Source : Baromètre Qualitel 2021

Dans le détail, 82 % des occupants de logements durables sont satisfaits du coût du logement hors loyer/emprunt, tant sur le plan énergétique qu’économique, contre les 54 % habitant un logement non durable. Le logement procure aussi un bénéfice moins palpable comme le sentiment de fierté, présent chez 96 % des occupants de logement durable, donc bien plus chez les occupants de logements non durables (69 %).

Le durable irait donc de pair avec l’agréable quand il s’agit de logement, car les habitants d'un tel logement donnent une note de satisfication globale Qualiscore de 7,9/10, bien meilleure que celle de 5,6/10 estimée par ceux résidant dans un habitat peu respectueux de l’environnement.

Les biais sont nombreux pour encourager cette dynamique d’amélioration de l’habitat : pousser la certification, gage d’une meilleure durabilité, renforcer les réglementations (RE2020, loi Climat et Résilience...), maintenir les aides financières et d’accompagnement à la rénovation, ou bien lutter contre la précarité énergétique. Une action qui est d'ailleurs une « politique publique qui trouve son utilité et qui a trouvé son public », résume la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon.

 

Virginie Kroun
Photo de Une : Adobe Stock
 

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