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Après la casse du 17 octobre, des vitriers sur le qui-vive

Publié le 21 octobre 2026 à 10h00, par Virginie Kroun

Après les violences du 17 octobre, les entreprises du BTP font face aux dégâts. Notamment une entreprise de miroiterie normande, entre difficultés d'intervenir sur un terrain miné et ressources matérielles limitées.
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Au lendemain du mouvement lycéens et contre la vie chère le 17 octobre, des premiers chiffres ont pu être établis sur les saccages en marge de la mobilisation. 1 500 commerces ont été touchés, chiffre Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), cité dans La Tribune. Un chiffre qui « dépassera les 2 000 » estime quant à lui Alain Di Crescenzo, président du réseau des chambres de commerce et d’industrie en France (CCI France), pour des dégâts estimés à « des centaines de millions d’euros ».

Parmi les premiers mobilisés sur place - parfois dès le 17 octobre - les vitriers, qui se sont pris de plein fouet les violences de ce week-end. C'est le cas de Damien Pitard, gérant de la société Miroiterie Elbeuvienne, qui état intervenu à Rouen. « C'était la guerre : des jets de pierre, des feux de poubelle, les CRS qui gazaient tout le monde », raconte-t-il, en poursuivant : « J'avais mon véhicule avec une remorque de chantier, on a essayé de me brûler la remorque. C'était compliqué », l'entendait-on ce matin sur France Inter. Un de ses salariés s'est même pris un projectile, avant que ses équipes ne soient mises à l'abri par les forces de l'ordre. 

Que faire si un chantier et les biens d'une entreprise du BTP sont endommagés ? 

 

Pour rappel, voici les mesures de précaution que peut déployer une entreprise du BTP face à ce type de situation :

  • Sécuriser le matériel et les matériaux, comme par exemple : engins de chantier hors de la voie public, verrouiller leurs réservoirs, stocker les matières sensibles (briques, pavés, barres de fer...) ;
  • Déployer et s'assurer du fonctionnement dispositifs de surveillance et de détection d'intrusion (clôtures, volets, serrures, éclairage, etc.) et de systèmes d'alarme incendie et de coupure de fluides (gaz, électricité) ;
  • Verrouiller doublement les clôtures des chantiers, voire protéger les baies vitrées et les portes d'accès, si le bâtiment est hors d’eau/hors d’air ;
  • Adapter les conditions de travail dans la mesure du possibles : horaires, télétravail pour le personnel administratif et évacuation des ouvriers si nécessaires ;
  • Prévenir ces risques : cartographie et hiérarchiser les zones de l'entreprise et évaluer leur risque, nommer un responsable sécurité, sensibiliser les salariés aux procédures techniques et organisationnelles.

Côté assurances, la Fédération française du bâtiment (FFB) préconise en cas de sinistre de récolter toutes les preuves (photos, biens endommagés si possible…), tout en prenant des mesures conservatoire (étaiement, séchage, sécurisation des chantiers…). Doit venir après le dépôt de plainte « le plus tôt possible », ainsi que la déclaration du sinistre auprès de l'assureur. Vérifier également le contrat Multirisque Professionnelle ou l'assurance Tous Risques Chantier (TRC) et la présence des garanties « Émeutes, mouvements populaires, actes de vandalisme et de sabotage » ou de « Pertes d'exploitation ».

Attention : si l'entreprise du BTP n'a pas souscrit à la clause « Émeutes, mouvements populaires, actes de vandalisme et de sabotage » mais veut activer celle « Dégradations, incendie, vol », l'entreprise doit prouver que les dégradations sont des actes isolés et non reliés à des événements évoqués dans la première garantie. En sachant que l'État est civilement responsable des dégâts liés aux saccages du 17 octobre, pour lui demander indemnisation il convient donc de prouver le lien entre le sinistre et l'événement.  

Aussi, si « la loi de finances pour 2026 a rendu la garantie émeutes obligatoire dans les contrats d'assurance de dommages, mais cette réforme n'est pas entrée en vigueur », souligne l'avocat Laurent Ferracci. 

 

Lors d'un point presse le lundi 19 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé l'activation du chômage partiel, afin de protéger les entreprises de moins de 250 salariés, qui percoivent 60 % de leur brut (voire 100 % au SMIC).

Une annonce complétée par d'autres dispositions, notamment pour faciliter les trésoreries des entreprises : 

  • Report possible des cotisations patronales des 3 prochains mois de l'Urssaf jusqu'à 12 mois du paiement ;
  • Étalement des charges fiscales sans frais (délai de dépôt et/ou de paiement supplémentaire, remises de majorations et de pénalités), selon les solutions par leur servce d'impôt gestionnaire ;
  • Accélération du remboursement des créances (RCTVA, IS – excédents, crédits d’impôt) ;
  • Demande aux banques d'assouplir les financements ;
  • Prêt à taux zéro accordé par Bpi France (sur demande en ligne dès le 23 octobre) jusqu'à 50 000 euros sur trois ans. « Ce prêt leur permettra de reconstituer rapidement leurs stocks et de pallier aux échéances de paiement les plus immédiates », lit-on dans le communiqué du gouvernement ;
  • Fonds de solidarité des chambres des métiers et de l’Artisanat (CMA), avec aide d'urgence allant jusqu'à 1 500 euros pour les artisans ;
  • Fonds de soutien spécifique de l'État, avec aide forfaitaire calculée sur le chiffre d'affaires et dédiée au rédemarrage de entreprises de moins de 50 salariés et ayant subi de lourds sinitres.

France Assureurs a de son côté confirmé l'allongement du délai de déclaration à 30 jours, un traitement en priorité des situations les plus sensibles, des acomptes immédiats et une prise en charge de la mise en sécurité des locaux et la suppression des franchises proposées par deux membres de la fédération.

Mais alors que des experts défilent à Rouen suite aux violences du 17 octobre, Jonathan Stackler, employé de la Miroiterie Elbeuvienne, évoque la « peur que ça continue », en marge des futurs mobilisations prévue le 24 octobre prochain. D'autant qu'en l'attente du retour des assureurs, l'entreprise a dû avancer 5 000 euros en matériel. « On ne peut pas aider tout le monde, ça n'est pas possible. On est à court de matériel, on a fait ce qu'on a pu au moment où on est arrivé », témoigne son dirigeant M. Pitard.

« On a besoin de retomber sur nos pattes niveau matériel : des OSB on n'en a pas », ajoute-t-il, attendant une livraison ce mercredi. D'autant qu'en avril, le secteur du bâtiment avait signalé une forte inflation sur les prix, sur fond de tensions au Moyen-Orient. L'OSB avait pris 7 %, selon les chiffres communiqués par la CAPEB en avril. 

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Virginie Kroun
Journaliste - Batiweb

Virginie Kroun est journaliste au sein de la rédaction de Batiweb. De la presse BD durant ses études, elle atterrit en 2021 dans l’univers BTP, dont elle ne se lasse pas. Si elle couvre tous les thèmes du secteur, Virginie a ses sujets de prédilection : justice, patrimoine, prévention et matériaux biosourcés.

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