Guerre au Moyen-Orient : la « crise de trop » pour le bâtiment

La guerre au Moyen-Orient fait planer depuis quelques semaines un air lugubre. D’abord sur les populations frappées et par extension sur l’économie. Le bâtiment, qui plaçait 2026 sous le signe de la reprise, a vite déchanté face à la fermeture du détroit d’Ormuz en Iran, point de passage stratégique du commerce international.
« On ne connaît pas encore l'impact de la guerre », au Pôle Habitat de la FFB
Inquiétude palpable également du côté du Pôle Habitat de la FFB, représentant des promoteurs et constructeurs de logements. Les espoirs d’une reprise exprimés l’hiver dernier peuvent paradoxalement faner à l’arrivée du printemps. « On ne connaît pas encore l'impact de la guerre », déplore son président Laurent Beaugiraud.
Lors d’un point presse jeudi 2 avril, Christophe Boucaux, délégué général, identifie toutefois de potentielles hausses sur les produits dérivés du pétrole (bitumineux, polystyrènes). Tout comme sur le cuivre, l’aluminium et autres matériaux à fabrication énergivore.
« Le logement est une urgence nationale. Il faut agir vite, ensemble, globalement et avec constance. L’État doit fixer un cap clair et stable, les nouveaux exécutifs locaux doivent stimuler, encourager et accompagner les projets, et les professionnels doivent être reconnus comme des partenaires de solutions. Plus que jamais, la relance du logement exige une mobilisation collective », défend Laurent Beaugiraud, lors de la Convention nationale du Pôle Habitat FFB, qui a de nouveau appelé le gouvernement à accélérer la reprise du logement.
L'organisation espère que le plan de relance présenté en janvier par Matignon prenne en compte la conjoncture actuelle. Parmi les leviers encouragés par le Pôle Habitat : engager les mesures de soutien engagées et renforcer les dispositifs pour l’investissement locatif.
On pense au statut du bailleur privé, appelé dispositif Jeanbrun, qui fait l’objet d’une campagne nationale par la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI).
« Nos artisans sélectionnent leurs chantiers »
Jean-Christophe Repon, président de la confédération des petites entreprises et de l’artisanat du bâtiment (CAPEB); donne le ton ce vendredi 3 avril au micro de Franceinfo. « 92 % des entreprises ont été impactées par la hausse du prix du pétrole depuis le début du conflit en Iran, soit le 28 février », évoque-t-il, citant les résultats d’une enquête menée auprès de 2 600 entreprises adhérentes. 56 % des sondés s’estiment touchés par la hausse du gaz non routier (GNR), utilisé dans les engins de chantier.
« Nos artisans sélectionnent leurs chantiers, réfléchissent à leurs déplacements, font du covoiturage. Le gazole non routier a doublé, c'est vite non rentable de travailler à ce prix-là sur des chantiers avec des devis signés aux prix d'avant », relève le président de la CAPEB.
« Près d’un quart des entreprises considèrent avoir reçu des avis, courriers en provenance des fournisseurs attirant la vigilance sur une rupture potentielle des approvisionnements, traduisant un risque potentiel à surveiller », lit-on dans les résultats de l’enquête, que Batiweb a pu consulter.
Le tout couplé à une flambée des prix des matériaux : « Plus de 60 % [précisément 65 %] des entreprises ont eu des effets d'annonce de leurs fournisseurs distributeurs, qui leur disent qu'ils auraient dès le 1ᵉʳ avril une augmentation allant jusqu'à 20 % à minima des prix », et à minima à +2,5 %, affiche M. Repon.
Le coût des dérivés du pétrole affiche de son côté jusqu’à +15 %. Dans le détail, 28 % constatent une hausse sur le prix du béton comme le cuivre – matériau à fabrication énergivore –, 22 % sur les revêtements de sols PVC et 19 % sur le zinc.
Le pire : 32 % des artisans interrogés observent des augmentations sur le bois et produits dérivés, non concernés par le pétrole. Certains panneaux isolants gagnent en moyenne +13 % en termes de coûts.

En comparaison, durant la crise sur fond de guerre en Ukraine, les prix ont augmenté de 30 %, sans « retour au prix initial ». Bref, « c’est la crise de trop ! », martèle Jean-Christophe Repon, craignant pour les marges, mais aussi la santé mentale des artisans. La CAPEB a d’ailleurs ouvert une cellule de crise pour endiguer « un vrai burn-out qui arrive chez nos artisans et une vraie dépression », selon le président.
« On a la sensation de hausses de prix injustifiées et on voit des mesures d'accompagnement pour les pêcheurs, les agriculteurs, mais rien pour les chantiers », fustige Jean-Christophe Repon. Et d’invoquer de nouveau la responsabilité gouvernementale : « J’appelle le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, à considérer avec la plus grande attention cette proposition très attendue par notre secteur en cette période très préoccupante. »
La CAPEB réclame notamment que le gouvernement exige des fournisseurs une meilleure transparence sur cette inflation. À cela doit s’ajouter un plan de sauvegarde du bâtiment, par la baisse de TVA sur les travaux de rénovation de 10 % à 5,5 %. « Cette mesure, qui redonnerait du pouvoir d’achat aux ménages, permettrait de générer 2 milliards de chiffres d’affaires pour nos entreprises et de sauver 10 000 emplois », soutient la confédération.
Peut-être que des réponses seront données lors du premier comité de suivi du plan « Relance Logement », organisé par le ministre du Logement Vincent Jeanbrun ce mardi 7 avril. Affaire à suivre…
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