« Efficacité, fiabilité, possibilités ». Les avantages du BIM selon Engie Axima Nouveaux produits du BTP | 17.12.18

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Le BIM est loin d’être une nouveauté pour Engie Axima. Depuis une vingtaine d’années, la filiale d’Engie spécialisée dans le génie climatique, travaille au développement d’un BIM de plus en plus intégré de la conception à l’usage. De cette ambition est née une vision : le BIM Life, ou comment faire des maquettes BIM de véritables avatars numériques actifs et évolutifs, en lien permanent avec la vie du bâtiment. Quels sont les avantages de la maquette BIM ? Sa mise en place doit-elle devenir obligatoire ? Le point avec Raphaël Contamin, directeur de la BIM Factory.

En septembre 2017, Engie Axima a lancé la BIM Factory, une entité chargée de mettre en œuvre la vision stratégique du BIM Life. Quel est son principe ?

« La BIM Factory est née de la volonté de transformer une triple frustration en un projet motivant pour notre entreprise et porteur de valeur pour nos clients. La première frustration était qu’à travers nos métiers de spécialité comme le génie climatique nous connaissions très bien la gestion du BIM mais que nous n’avions pas de rôle à jouer sur les enjeux de pilotage global du BIM à l’échelle d’un chantier ».

« La seconde est que nous avons constaté un manque d’intégration sur le marché entre conception, construction et maintenance. Et enfin la troisième était qu’il y avait des acteurs du BIM très morcelés, entre grands groupes, ingénierie, architectes, ou start-up focalisés sur le BIM ».

« Pour être vraiment efficace, il nous fallait développer une offre BIM nouvelle. On s’est dit qu’il y avait des startups qui avaient une vision globale du BIM… Pourquoi ne pas essayer de tirer le meilleur des deux mondes en rassemblant, au sein d’une même société, l’expertise d’ENGIE Axima et celle de sociétés pionnières du BIM ».

DecodeBIM puis SXD ont rejoint la BIM Factory. Pourquoi ces rachats ?

« Avec DecodeBIM, l’idée était de créer une équipe de pilotage et de coordination du projet en regroupant les équipes de DecodeBIM et les BIM manager existants au sein d’ENGIE Axima. Au sein de cette équipe, une quinzaine de personnes développent et commercialisent nos offres, en lien avec les autres entités d’Engie Axima et du Groupe ENGIE en général. Pour SXD, nous avons choisi un processus d’intégration différent en préservant l’autonomie de fonctionnement sous forme d’une filiale. Grâce à ces deux rachats, nous avons aujourd’hui une équipe de 50 spécialistes du BIM capable d’intervenir de la conception à l’exploitation en BIM Management et synthèse tous corps d’état. C’est une force de frappe sans équivalent. »

Le BIM connaît un fort développement. Quels sont ses avantages ?

« Efficacité, fiabilité et possibilités. En phase de travaux/chantier, c’est une plus grande sécurisation des délais de construction (- 7%) et un moindre risque de contentieux. En exploitation, grâce à la maquette BIM, sortir des chiffres sur le patrimoine et lancer des appels d’offres devient automatique. On a par exemple recréé une maquette BIM pour notre client le Château des apprentis d’Auteuil à partir des nuages de points scannés. Sans maquette, pour le traitement de la charpente, ils auraient du faire venir un géomètre expert. Ça leur aurait coûté 5 000 euros juste pour lancer l’appel d’offres. Avec la maquette, nous produisons automatiquement la donnée et sans surcoûts ».

« En exploitation, il y a des bâtiments où les plans sont inexacts. Par exemple, sur la largeur d’un bâtiment situé en plein Paris, on a trouvé une erreur de 30 cm. Sur la base de la maquette BIM, le client a pu remettre à jour les références de ses loyers et les coûts d’assurance ».

Outre l’aspect financier, le BIM permet également de gagner du temps. Pouvez-vous nous donner des exemples ?

« On s’occupe de maintenir à jour la maquette BIM de l’usine de STMicroelectronics située à Crolles. Lorsqu’une ligne de montage doit être changée, on est capable, avec la maquette BIM, de simuler tout le process de changement d’équipement et de raccordement du nouvel équipement. On a constaté un gain de temps de 50% ».

« Sur le chantier ITER à Cadarache, on est en charge de gérer le BIM management et la synthèse de la partie technique de la maquette. Toute simulation sismique ou thermo dynamique est faite directement depuis la maquette. Auparavant, à chaque nouvelle simulation, il aurait fallu recréer la donnée et reprogrammer le logiciel de simulation.  Là, on a mis en place des passerelles automatiques entre la maquette et le logiciel ».

« Et dans le milieu industriel, au lieu de monter des ateliers ou d’envoyer des techniciens de maintenance sur certains sites à risques, une formation préalable dans la maquette BIM permet un gain de 30% sur le temps de formation ».

©Cabinet Architecte ANAA

©Cabinet Architecte ANAA

Vous assurez que le BIM permet de « mieux anticiper la valeur des bâtiments ». Expliquez-vous.

« Nos clients font le choix de centraliser l’ensemble des données relatives à leur ouvrage dans une base de donnée unique, que nous gérons pour eux sur des serveurs sécurisés. Sur cette base de donnée, se trouve les données qui viennent du BIM, des capteurs, des logiciels de maintenance (GMAO), d’hypervision etc… On a ainsi l’information sur l’ensemble des objets qui composent son bâtiment. On peut donc anticiper le moment où il faudra changer les équipements ainsi que la trajectoire des coûts d’entretien du bâtiment et donc sa valeur patrimoniale ».

« Ça ouvre aussi la porte à des services qui dépendent des besoins du client. Ça peut être par exemple de l’immersion pour les usagers du bâtiment. Les entreprises peuvent également baisser leurs coûts typiquement par la préfabrication ou encore par l’optimisation des achats. »

Dans ce cas, le BIM peut-il répondre à la notion de bâtiment évolutif ?

« Ce sont des axes sur lesquels on travaille. A partir de la maquette, vous pouvez développer des passerelles automatiques qui vous aident à vérifier que le bâtiment tel que conçu respectera telle ou telle norme. Et si vous voulez certifier votre bâtiment, les extractions automatiques de données peuvent aider à mieux préparer le dossier de certification ».

Les possibilités sont donc multiples. Pourtant le déploiement du BIM a ses limites. Comment l’expliqueriez-vous ?  

« Il y a trois principaux blocages. Le premier est lié au fait qu’on ne voit pas forcément tous les avantages du BIM. Sur un chantier, il ne suffit pas de dire « on va faire le chantier en BIM » et de recruter un BIM manager. Il faut que ce dernier ait les moyens de bien suivre le chantier, d’engager un dialogue avec les entreprises qui opèrent sur le chantier, de vérifier que ces entreprises soient capables de travailler en BIM et si elles ne le sont pas, de leur apporter un appui technique pour qu’on soit sûr qu’il y ait un socle commun de compétences ».

« Dans le tertiaire, les promoteurs immobiliers nous expliquent qu’ils vont vendre un bâtiment en VEFA à des investisseurs institutionnels qui eux n’identifient pas la valeur d’un  bâtiment livré avec son double numérique. Ils ne sont donc pas prêts à payer pour cet avantage. Et puis, il y a énormément de bénéficiaires du BIM et il est difficile d’en quantifier les bénéfices. Qui doit payer le BIM ? Parfois, les clients se renvoient la balle ».  

Rendre le BIM obligatoire, qu’en pensez-vous ?

« Forcer les gens à un choix qu’ils perçoivent comme coûteux, je comprends que ça puisse faire polémique. Ici, le rôle de la puissance publique, c’est d’avoir une vision de stratège. L’Etat doit se poser deux questions : Un projet BIM va-t-il apporter de la valeur à la collectivité ? Les acteurs vont-ils s’organiser pour aller saisir cette opportunité ?

Mon avis est qu’il y a une vraie valeur à aller chercher mais comme les bénéfices sont dispersés, on ne peut laisser le privé s’auto-organiser. L’intervention de la puissance publique est donc légitime mais pas forcément sur tous les chantiers. On pourrait déjà commencer par imposer le BIM sur les bâtiments publics. »

Rose Colombel

Redacteur

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