Le bois, une carte à jouer pour les installateurs Vie des sociétés | 12.01.21

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En fin d’année dernière, le Gouvernement révélait les contours de la future réglementation environnementale (RE2020) qui entrera en vigueur l’été prochain. Le texte, qui invite le secteur de la construction à « révolutionner » ses pratiques, fait la part belle au bois. Si certains points de vigilance ont été évoqués par la filière, les professionnels du secteur se disent prêts et en ordre de marche, pour relever les défis. Nous faisons le point avec Éric Vial, secrétaire général du Syndicat Français des Chaudiéristes Biomasse (SFCB).

L’année 2020 avait démarré « en fanfare » pour la filière bois énergie. Crise sanitaire oblige, l’activité s’était arrêtée pendant deux mois, avant de reprendre de plus belle. Si les chiffres de l’année 2020 ne sont pas encore connus, Éric Vial, secrétaire général du SFCB, l’assure : « Nous devrions être un peu au-dessus de l’année dernière en termes d’activité, de ventes d’appareils ». Et les évolutions réglementaires à venir devraient soutenir plus encore cette dynamique. « S’il n’y avait pas eu de crise sanitaire, nous aurions été au firmament. Et cette année, c’est ce qui va se passer. Il y a tellement de choses qui vont dans le bon sens », se félicite Éric Vial. 

« Les décisions politiques ont fait beaucoup de bien à notre filière », poursuit-il. Il cite notamment la sortie du fioul du CITE en 2019 qui a fait « exploser les ventes ». Et revient sur la dernière mouture de la RE2020 présentée fin novembre 2020 avec l’annonce de la fin du gaz dans le neuf. Cela devrait aider la filière bois énergie à se développer plus encore, tout comme le dispositif MaPrimeRénov’ qui apporte là aussi « quelque chose de très positif ». « D’une manière générale, nous sommes sur une logique de renouvelable. L’ensemble des acteurs se tournent vers ces énergies-là, qu’elles soient bois ou autre ». 

Un matériau aux nombreuses vertus

Le syndicat se satisfait ainsi du soutien des politiques en faveur du bois, un matériau qui présente bien des atouts. Le côté durable avec une énergie « qui ne détruit pas les forêts » ou la biodiversité. « Bien au contraire », estime Éric Vial. Il explique que chaque année, l’Homme n’exploite que 50% de l’accroissement naturelle de la forêt française. « Nous avons une forêt qui a de la ressource » et qui est gérée « de manière durable » par la profession. Il souligne aussi le côté économique de cette énergie « qui reste la moins chère de toutes les énergies, à part celle qui n’est pas consommée ». 

Le bois énergie est également « propre ». « Aujourd’hui, les solutions dans le collectif sont extrêmement vertueuses en termes d’émissions. Non seulement ces appareils ont des rendements et ont une qualité de combustion très bonne, mais on y adjoint en plus des filtres spécifiques pour éviter d’éventuels débordements ». Les technologies ont en outre beaucoup évolué avec la mise sur le marché d’équipements performants (ventouse ou condensation), et connectés. 

Ces appareils ont des niveaux d’émissions « faibles », « quasi insignifiants par rapport à d’autres sources de pollution comme la circulation routière, les pollutions importées diverses et variées », insiste-t-il appelant à arrêter « ce combat d’arrière-garde » qui est d’accuser le bois, lorsqu’il y a un pic de pollution. « Ça va à l’encontre d’une filière qui est vraiment vertueuse ». 

Il se réfère également à un point « important mais qui n’est quasiment jamais évoqué », à savoir la « sécurité énergétique ». « Nous sommes largement autosuffisants en bois ». Et on est sur une énergie « qui créé beaucoup plus d’emplois que les autres énergies, en particulier dans les zones rurales, où il y a des risques de désertification ». 

Au-delà du soutien au bois énergie, le SFCB se réjouit aussi des initiatives en faveur du bois construction ; un produit « de qualité » qui répond aux objectifs de réduction des émissions de carbone. Dans un communiqué, Éric Trendel, Président du SFCB, explique : « L’élaboration des bois de structure dans les scieries donne naissance à des résidus de sciages, ou connexes, qui sont ensuite réutilisés pour former des granulés de bois destinés au chauffage. Notre modèle encourage l’économie circulaire et locale et répond aux enjeux climatiques, tout en permettant à chacun de se chauffer de manière durablement économique ». 

Un marché aux opportunités variées

Un des chantiers du SFCB pour 2021 va être de « pousser au renouvellement des appareils », un geste qui, aujourd'hui, n’est pas soutenu par MaPrimeRénov’. « C’est paradoxal puisque ce sont les anciens appareils qui sont les plus mauvais en termes d’émission, et c’est eux qu’il faut remplacer ». 

Le Syndicat va également accompagner les professionnels, constructeurs et indirectement les installateurs, pour qu’ils puissent « répondre aux besoins, et saisir les opportunités qu’il y a sur le marché ».  Et se faire le « crieur public » des progrès et des efforts de la filière au niveau technologique.

S'agissant des installateurs, « nous travaillons avec Propellet pour aider les installateurs qui s’intéressent au bois à se qualifier, à s’améliorer dans leur métier, et à être sereins pour offrir leurs solutions bois énergie ». « Le bois c’est tout à fait faisable. Ce serait dommage pour l’installateur de ne pas avoir cette carte dans son jeu ». 

C’est peut-être d’ailleurs l’un des intérêts de la qualification-chantier récemment lancée, de permettre à un installateur local qui fait par exemple du gaz d’effectuer une opération ponctuellement si un client lui demande du bois. « C’est un moyen de mettre le pied à l’étrier », de bénéficier des aides de l’État. Et aussi « un tremplin pour le RGE » sachant que déjà en 2020, les demandes de qualification bois ont connu « une croissance énorme », conclut Éric Vial. 

Propos recueillis par Rose Colombel
Photo de une : Eric Vial - ©SFCB

Le bois en quelques chiffres 

La forêt française, c’est 16,9 millions d’hectares. Chaque année, elle croît de 92 millions de m3 dont 46,3 millions prélevés par l’Homme (soit 50,3%). 

Le bois énergie se répartit de la façon suivante : 

  • La bûche : 26,3 millions de m3/an 
  • La plaquette forestière : 3,3 millions de m3/an
  • Le granulé bois : 2,3 millions de m3/an (Source SER d’après Mémenta FCBA 2018).

En France, la chaleur renouvelable représente 20% de la chaleur produite (contre un objectif de 38% à horizon 2030 – Loi de Transition énergétique pour la Croissance Verte). En 2017, le bois énergie a représenté 70% de la production de chaleur renouvelable (13,3% de la chaleur toutes énergies confondues). 

On estime à 40 000 le nombre d’emplois dans le bois énergie (pour une filière bois qui compte environ 440 000 emplois en France, pour une CA annuel de 60 mds d’euros). 

Environ 7 500 installateurs sont qualifiés RGE pour les équipements bois. Un chiffre qui ne cesse de croître.

En 2017, 7,5 à 8 millions de foyers étaient équipés d'un appareil de chauffage au bois, parmi lesquels plus de 384 000 étaient des appareils récents. 

Redacteur

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