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La tour Montparnasse le "faux phare" des Bretons de Paris

Culminant à 209 mètres, la tour Montparnasse à Paris se voulait le phare des Bretons de la capitale. Un argument qui servit de prétexte à la rénovation d'un quartier jalousement gardé par les artistes
Publié le 28 août 2002

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La tour Montparnasse le "faux phare" des Bretons de Paris - Batiweb
Le quartier de Montparnasse, à la fin des années 50, était pour le moins vétuste. Fief incontesté des Bretons de Paris, le quartier constituait aussi un bastion d'artistes que la ville hésitait à exproprier. Remodeler un quartier si jalousement défendu supposait un projet grandiose. La construction de la tour était à la mesure de l'objectif. Elle requérait l'appui du Président Georges Pompidou pour lequel l'idée d'offrir un phare aux Bretons de Paris paraissait séduisante. En fait, l'opération fut menée conjointement entre la ville et la SNCF qui était propriétaire des terrains. En faisant reculer la gare Montparnasse, la ville gagnait en effet 8 hectares de terrain constructible. Le démarrage de la construction de la tour fut ainsi lancé en 1969. Comme prévu, une pluie de protestations accueillit le projet, mais celui-ci passa en force. L'écologie urbaine n'avait à cette époque pas encore droit de cité et l'on faisait facilement taire les habitants modestes. Des milliers de logement insalubres furent éradiqués. Les rues, les passages et avenues furent entièrement redessinées. Les ateliers d'artistes, si présent dans l'histoire de la capitale, furent bien sûr balayés par la marche inflexible de la reconstruction. Les 112 000 m2 de bureaux de la tour seront ainsi construits en à peine trois ans.

Un exploit
D'autant que les urbanistes avaient placé les 58 étages de la tour à la verticale du métro, dans un sol particulièrement meuble et tendre. Stations et lignes furent donc enfermées dans un corset géant de béton, au-dessus duquel passent des poutres ponts qui supportent les 115 000 tonnes de la tour. Les 56 piles de l'ouvrage traversent des épaisseurs de calcaire, d'argile et de marne, avant d'atteindre, à 62 mètres de profondeur, la couche de craie solide sur laquelle reposent les fondations. Le bâtiment (noyau de béton et charpente métallique) est profilé pour résister aux vents. Un véritable exploit à l'époque où l'on n'avait pas encore comme aujourd'hui une bonne maîtrise des matériaux. Originalité de cette tour, l'abaissement des barrières de sécurité démontables transforme instantanément la terrasse du 58e étage en héliport. Mais qui au fait en est propriétaire ? À l'origine, le promoteur était l'Américain Turttle, associé à quatre grandes banques. Mais rapidement, ceux-ci se désistèrent et c'est un promoteur français, Jean-Claude Aron, qui prit le relais. Avec un tour de table qui comprenait 31 groupes financiers. Aujourd'hui, les propriétaires sont au nombre de 200. Le mètre carré, alors, ne coûtait que 1500 euros. Il a été multiplié par dix depuis. Reste qu'il faut sans cesse trouver de nouveaux locataires. Car les 2000 m2 de bureaux par étage ne sont plus du dernier cri. Les charges y sont lourdes et la copropriété n'en facilite pas la gestion. Mais son emplacement reste et demeure l'un des plus recherchés de la capitale. Les Bretons de Paris, et les autres, ont adopté depuis longtemps l'ouvrage qui avec la gare est devenu le centre névralgique d'une grande partie de la capitale. Le seul regret des vieux habitants venus de Quimper, Brest, Lorient ou Saint Brieux est que la tour, l'une des premières construites en France, n'ait pas été peinte aux couleurs des vrais phares, ceux qui veillent sur les côtes de granit rose et de Cornouaille.
Par Redacteur

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