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Une porte sur la banquise

Sculpteur de l'éphémère, mais aussi peintre et architecte, Laurent Reynès cultive depuis dix ans l'art des " Constructions voyageuses ". Sa prochaine œuvre, avant de mourir, va dériver sur l'Arctique.
Publié le 28 août 2002

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Une porte sur la banquise - Batiweb
Laurent Reynès n'en est pas à son coup d'essai. L'architecte sculpteur alsacien a déjà décliné à travers toute la planète son concept de porte monumentale et éphémère. De la Tchéquie aux grandes pyramides d'Egypte, en passant par l'Angleterre, les Alpes ou le cœur des Cévennes, mais aussi par les centres urbains comme à Karlsruhe en 97, ce constructeur atypique élève des ouvrages sommaires au cœur de paysages grandioses. Essentiellement des structures de bois, de briques, de pierre ou encore de métal. Laurent Reynès érige seul ses constructions dont la hauteur dépasse rarement trois mètres, et les détruit aussitôt après les avoir photographiées. Avec la complicité de l'ENSAIS (Ecole d'architecture de Strasbourg), du CLER (Comité de liaison des énergies renouvelables) et du FRAC d'Alsace, l'architecte va cette fois investir le cercle polaire arctique pour y bâtir, dès le printemps prochain, un portique de glace. Un ouvrage mouvant et basique dont la mort sera programmée sur fond de dérive. Pour l'artiste bâtisseur, "la construction voyageuse révèle la dimension à la fois modeste et fabuleuse de toute existence. Éprouver l'insolite de cet espace-temps, c'est se reconnaître soi-même suspendu et minuscule dans le monde, soi-même contingent, mais aussi acteur de ce monde, capable de le recréer". Une démarche née d'une réaction contre les constructions qui, sur toute la planète défigurent les plus beaux sites naturels.

Respecter les sites
Pris dans sa contradiction, l'architecte a ainsi développé son fantasme : celui d'élever ses constructions dans les plus beaux sites du monde. Un privilège doté toutefois d'une incontournable conséquence : détruire au plus vite l'œuvre afin de redonner au site son image d'origine. La forme géométrique favorite de Laurent Reynès est le portique. Une forme qu'il emprunte tour à tour à la Renaissance italienne, aux Incas ou même à d'autres influences. Une architecture qui, rappelle-t-il, " invoque les grands bâtisseurs du Roman ou du Gothique, dont le premier défi, en architecture, fut de passer au-dessus du vide". Pour l'artiste, "plus encore qu'un lieu de passage, les portiques emprisonnent le vide et servent de repère". Avant de détruire ses constructions, Laurent Reynès a donc pris l'habitude de les photographier. Une étape durant laquelle l'artiste joue avec les angles de prise de vues pour donner une autre échelle à l'œuvre. " Laurent Reynés précise ainsi que finalement " l'œuvre, c'est la photo : dans les expositions, c'est elle qu'on présente..." Le portique de glace que l'architecte édifiera sur la banquise en avril prochain sera ainsi équipé d'une balise satellite et d'un appareil photo programmé pour photographier l'œuvre une fois par semaine pendant six mois. L'éphémère construction sera ainsi suivie et photographiée jusqu'à sa disparition. Laurent Reynès rêve déjà aux étonnantes photos de la mort belle et lente de son portique de glace...
Par Redacteur

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