Barrage de Sivens : un rapport d'experts très critique publié, après la mort d'un opposant Collectivités territoriales | 27.10.14

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Selon le rapport d'experts commandé par le ministère de l'Ecologie et publié ce lundi, le projet de barrage de Sivens dans le Tarn est loin d'être exemplaire. Besoins d'irrigation surestimés, contenu de l'étude d'impact « très moyen » ou encore coût d'investissement élevé, le barrage cumule les problèmes. Deux ex-Ministres demandent l'arrêt des travaux, après la mort d'un opposant ce week-end.

« Le choix d'un barrage en travers de la vallée a été privilégié sans réelle analyse des solutions alternatives possibles. Ceci est d'autant plus regrettable que le coût d'investissement rapporté au volume stocké est élevé », note le rapport de deux experts, Nicolas Forray, ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts et Pierre Rathouis, ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, mandatés par le ministère de l'Ecologie pour juger de l'intérêt du projet de construction d'un barrage dans le Tarn.

Le rapport critique plusieurs points du projets, à commencer par les besoins réels en irrigation.

« Repartant d’une analyse des volumes effectivement prélevés, la mission conclut à une surestimation des besoins de substitution de l'ordre de 35%. Elle propose de ramener le volume contractualisable de substitution de 726 000 à 448 000 m3 », détaillent les experts. Ce surdimensionnement du barrage s'explique par une estimation des besoins « établie sur des données anciennes et forfaitaires ».

De plus, le contenu de l'impact est jugé « très moyen », notamment avec la description « assez sommaire » de l'impact sur le régime hydraulique du cours d'eau en aval de la retenue, et le financement du projet est qualifié de « fragile ».

Amélioration du projet

S'il semble « difficile » de procéder à l'arrêt du chantier (décision qui relève du conseil général, ndlr), « compte tenu de l'état d'avancement des travaux et des engagements locaux et régionaux pris avec la profession agricole », les deux experts proposent plusieurs solutions en vue d'améliorer le projet.

Parmi elles, l'amélioration des mesures compensatoires, la ré-allocation du volume dépassant le besoin de substitution vers la réserve inter-annuelle et/ou l’augmentation du soutien d’étiage uniquement, enfin l’aménagement et la clarification des règles de gestion de l’ouvrage (définition des volumes selon le remplissage, gestion des débits).

En outre, les auteurs du rapport préconisent la création d'un « comité de suivi multi-acteurs de la gestion des retenues de Sivens et Thérondel soit mis en place afin que l'affectation des volumes et le projet territorial qui en découlera soient partagés par l'ensemble des acteurs locaux ».

Le projet fait une victime parmi les opposants

Le site du barrage de Sivens est depuis plusieurs mois le lieu d'affrontements entre forces de l'ordre et opposants au projet. Dans la nuit de samedi à dimanche, le corps sans vie d'un opposant de 21 ans, Rémi Fraisse, a été découvert sur le site. « Une enquête a été ouverte sous l'autorité du procureur d'Albi afin de déterminer les causes du décès », a annoncé la préfecture dans un communiqué. Ce lundi, le procureur d'Albi a indiqué que le jeune homme aurait été victime d'une explosion, expliquant qu'il y avait une interrogation sur un jet de grenade.

Selon le lieutenant-colonel Sylvain Renier, commandant du groupement de gendarmerie du Tarn, «100 à 150 anarchistes encagoulés et tout de noir vêtus ont jeté des engins incendiaires» et autres projectiles aux forces de l'ordre encadrant ce week-end une mobilisation de « 2 000 » opposants qui, elle, est restée pacifique, selon lui.

Deux ex-Ministres demandent l'arrêt des travaux

« On n'aurait jamais dû en arriver là puisque lorsque j'étais ministre de l'Ecologie j'avais mis en place un moratoire sur ce type de projets qui a été levé très rapidement après mon limogeage. Je demande que l'on stoppe les travaux de ce barrage immédiatement et que l'on rétablisse les moratoires que j'avais mis en place sur tous les projets de ce genre dans toute la France», a réclamé l'ancienne ministre de l'Ecologie Delphine Batho, sur Itélé.

De son côté, Cécile Duflot, ex-ministre du Logement et écologiste « regrette les incidents perpétrés par quelques manifestants, venus avec la seule volonté d'un affrontement avec les forces de l'ordre. Mais aucun de ces débordements ne peut servir d'excuse à ignorer la gravité de la mort de Rémi Fraisse (...) et ne doit permettre de jeter l'opprobre sur un mouvement pacifique de mobilisation pour l'intérêt général ».

La députée demande en conséquence « l'arrêt immédiat des travaux sur le barrage du Sivens et la mise en place d'une enquête claire et précise sur les agissements des forces de l'ordre ».

C.T (avec AFP)

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