Matériels connectés : « la révolution n’est pas encore arrivée » Des hommes et de la e-attitude | 09.06.20

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Si l’intelligence artificielle et le recours à des robots semblent non loin de notre quotidien, le secteur du BTP a pour sa part du mal à entamer sa digitalisation. Olivier Pagès, l’un des fondateurs de l’entreprise FFLY4U, souhaite faire parler le matériel de l’industrie et du bâtiment pour gérer les surcoûts et simplifier le suivi et l’organisation des chantiers.

Elle tient son nom de la luciole, cet insecte produisant de la lumière. FFLY4U, société de transformation digitale, éclaire le BTP sur la digitalisation du secteur. L'entreprise tend ainsi à fournir du matériel intelligent comme nous l’explique Olivier Pagès, l’un des fondateurs. Le but est de faire "parler" des objets du BTP à travers de petits boîtiers qui transmettent des données, pour faire évoluer leur utilisation, faciliter leur mantenance ou leur facturation. 

 

Alors comment cela fonctionne t-il ? Dans le cas d’un véhicule de chantier par exemple, la technologie installée dans la machine va permettre de dire quand elle est utilisée, et à l’inverse quand elle ne l’est pas. Cela permet notamment de facturer à l’usage. Pour les grues, le principe est similaire. Le boîtier qui transmet les données permet par exemple « d’identifier le positionnement du chariot de la grue », savoir si elle est fréquemment utilisée et ainsi adapter la maintenance en la décalant ou en l’avançant de plusieurs mois selon son utilisation. Les coffrages installés sur les chantiers peuvent eux aussi donner des indications : « on va savoir combien de banches métalliques vont être utilisées, et ces banches vont pouvoir dire "je suis au rez-de-chaussée ou je suis au premier étage". On peut donc considérer que c’est un moyen de suivre l’avancement du chantier ». Les bennes des chantiers donnent des alertes de remplissage, de vidage, du passage du déchargement… Les tourets de câble de l’entreprise permettent quant à eux de connaître la longueur de câble déroulée. Ces fonctions permettenr de ne pas « aller sur le chantier pour récupérer la donnée sur le terrain »

 

Le boîtié situé sur le touret de câble envoie des données permettant de relever des informations (ex : longueur de câble déroulée) ©FFLY4U
Le boîtié situé sur la benne permet notamment de connaître le taux de remplissage et de s'adapter ©FFLY4U

 

« Un problème de timing » 

 

Cette digitalisation permettrait de révolutionner le travail sur les chantiers, l’organisation, les coûts. Ces problèmes qui nécessitent des déplacements sur le terrain pourraient tout simplement être effacés. Mais cette digitalisation, « c’est long » comme nous le confie Olivier Pagès. Long parce que le secteur n’est pas digitalisé, parce que FFLY4U ne répond pas à un besoin, elle le crée. Car jusqu’ici « quand vous dites aux gens : imaginez ce que vous pourriez faire si votre benne à ordure, votre remorque, votre véhicule de chantier pouvait parler… Les gens vous regardent avec de grands yeux, en se disant "je n’ai jamais pensé à ça’" ». Convaincre les clients d’adopter cette nouvelle technologie n’est pas une mince affaire. « Ces évolutions, elles sont inéluctables dans les métiers, par contre, c’est un problème de timing, c’est de trouver des gens qui sont des "early adopters" comme on dit, les premiers adeptes de ce type de technologie, mais ce qui est clair, c’est que ces métiers vont changer ».

 

Et pourtant, le bâtiment est « typiquement un environnement ou la machine va remplacer l’Homme », notamment à cause de la pénibilité du travail sur les chantiers, le port de charges lourdes, le travail en extérieur avec la chaleur et le froid, ces conditions de travail ne facilitent pas le recrutement de la jeune génération. La crise du coronavirus et les difficultés qu’elle a engendrées ont toutefois participé à une prise de conscience. « Le covid a remis en cause un certain nombre de métiers, pour des métiers où tout se passait très bien, et c’est lorsque cela se passe bien sur un secteur que l’innovation a le plus de mal à percer. Parce que quand tout va bien, ce n’est pas la peine de s’embêter à faire des recherches technologiques, et c’est quand ça va mal que l’on recherche des solutions (…). Le covid-19, sur un certain nombre de secteurs, a posé la question de "comment faire mieux demain avec moins de moyens?" ». Et pour relancer l’activité, il est important de se différencier pour retrouver les clients que cette crise de coronavirus a éloigné. Cette relance passe donc par la technologie, mais « aujourd’hui sur les chantiers, la révolution n’est pas encore arrivée, il y a des initiatives, mais ce n’est pas nécessairement le secteur le plus mature »

 

Les défis de la concurrence 

 

Pour convaincre et proposer les meilleures solutions, Olivier Pagès et ses collaborateurs se rendent sur le terrain et discutent avec les ouvriers, les maîtres d’ouvrage, et ce afin de connaître leurs besoins. Souvent, ce sont les compagnons sur les chantiers qui soulèvent des problématiques, et les équipes de FFLY4U y répondent en développant une technologie adaptée. Les innovations proposées par la société vont plus loin que de la simple géolocalisation notamment par souci de concurrence. Avec un outil GPS « on allait se faire tailler les croupières par les Asiatiques, et on ne s’est pas trompé, en travaillant par métier, nous sommes rentrés dans leur intimité et nous avons développé des fonctions plus complexes »

 

D’un autre côté les technologies vendues par le pays orientaux - habitués des coûts de production et de main d’oeuvre faible - sont également un défi pour l’entreprise. Mais en travaillant par « verticales métiers », l’entreprise assure ses arrières. « On entre en contact avec les gens du terrain, ils nous apprennent leurs métiers et on s’aperçoit qu’on ne leur a jamais posé de questions, même en interne ». Travailler en contact avec ces personnes permet à FFLY4U de « trouver des pépites », des « clients qui nous disent, si vous pouvez faire cela, ce serait vraiment génial ! ». Échanger avec ces personnes du terrain permet aussi de pallier la question des coûts, car les entreprises préfèrent investir dans des technologies qui leur sont spécifiques  « il y a des plafonds de verre en France, si vous produisez dans l’hexagone, ce sera plus cher, donc il ne faut pas seulement s’intéresser au coûts ».

 

L’entreprise connaît donc un petit succès en multipliant par deux chaque année le nombre de produits connectés qu’elle fabrique (3 000 produits en 2018, 6 000 en en 2019, et entre 12 000 et 15 000 en 2020). 

 

Propos reccueillis par Julie Baranton

Photo de une ©FFLY4U

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