Géoamiante, l’application qui géolocalise le risque amiante Vie pratique | 06.11.20

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Interdite depuis plus de 20 ans, l’amiante continue pourtant de faire des ravages en France, avec des effets sur la santé se déclarant souvent bien des années plus tard. Pour mieux informer les gestionnaires de patrimoine et professionnels du BTP, l'application gratuite Géoamiante permet de vérifier si un bâtiment est susceptible de contenir de l'amiante grâce à un simple outil de géolocalisation. Pour démocratiser ces informations, l'application devient désormais accessible au grand public. Rencontre avec Jérôme Vergnolle, fondateur de l'application.

Pouvez-vous nous faire un tour d'horizon de l'application Géoamiante, de 2015 à aujourd'hui ?

Jérôme Vergnolle : L'application Géoamiante est, à la base, à destination des gestionnaires de patrimoine. Elle permet de géolocaliser le risque amiante, en plus du cadre du DTA (Dossier Technique Amiante), qui regroupe les rapports des diagnostics amiante réalisés sur un bâtiment. Notre but principal est de simplifier la relation entre les diagnostiqueurs qui travaillent avec nous et les gestionnaires. C’est un outil qui permet d’appréhender le risque amiante, de l’identifier à l’échelle d’un bâtiment, d’un appartement ou des matériaux présents dans un appartement (par exemple, les dalles de sol peuvent contenir de l’amiante, mais tout autant que la colle qui les relie entre elles). Aujourd’hui, en plus des 10 000 bailleurs, des professionnels du bâtiment et des organismes publics qui utilisent l’application, nous voulons la rendre disponible au grand public. 

 

Pourquoi la rendre accessible au grand public ?

J.V. : Je pense qu’il faut se mettre à la place d’un artisan ou d’un particulier qui ne pense pas à réaliser ce repérage amiante au préalable. Ce particulier qui a pour ambition de réaliser des travaux chez lui, à titre personnel par exemple, pourrait potentiellement s’exposer à de l’amiante, mais aussi exposer ses proches. Il suffit simplement d’inhaler une particule d’amiante pour développer un cancer de la plèvre. Ces dangers "domestiques" de l'amiante ont d'ailleurs été reconnus par les pouvoirs publics. L’application est aussi accessible aux professionnels de l’urgence. Les pompiers sont quotidiennement exposés à ce risque. Par exemple, si une intervention les obligent à casser une cloison ou un mur, l’application leur permet alors de se protéger et d’anticiper.

 

Comment fonctionne concrètement l’application ? 

J.V. : La personne qui télécharge l’application rentre son adresse mail, constate qu’il y a une possibilité de trouver de l’amiante dans son bâtiment et peut alors entrer en contact avec l'un de nos 1 500 diagnostiqueurs immobiliers, tous qualifiés pour détecter l'amiante. Le diagnostiqueur regardera dans un premier temps si la personne concernée est vraiment exposée au risque amiante. Ils peuvent ensuite échanger sur la date de construction du bâtiment ou du permis de construire, et éventuellement faire un point sur de potentiels travaux. Dans un second temps, le diagnostiqueur peut regarder si la personne a l’obligation, ou non, de réaliser le repérage amiante avant travaux, car au-delà du risque pour la santé, c’est un repérage légal. D’ailleurs, il faut savoir que faire intervenir des artisans sur un chantier sans avoir réalisé au préalable un diagnostic amiante est sanctionnable de 9 000 € d'amende depuis la loi El Khomri. 

 

Vous militez pour une évolution législative afin d'obtenir une base de données pour les bâtiments contenant de l'amiante, pouvez vous nous en dire un peu plus ?

J.V. : Ce qui est étonnant, c’est qu’il y a une volonté de l’Etat de transmettre tous les DPE (diagnostic de performance énergétique). Mais pour le diagnostic amiante qui relève pourtant de la sécurité de tous, il n’y a pas encore de volonté des pouvoirs publics de faire remonter les informations au sein d'une base de données collective. A la sortie de l’application 2015, j’avais été reçu par le ministère pour la présenter et les sensibiliser à ce risque, mais rien n’a changé. Aujourd’hui, j’aimerais vraiment qu’il soit autorisé de rendre disponibles toutes ces données car ce risque ralentit beaucoup de chantiers, puisqu’en cas de repérage d’amiante, il faut faire intervenir un désamianteur et des professionnels du dépoussièrement, et tout ça, malheureusement cela coûte cher. 

 

Géoamiante va t-elle continuer à se développer ? 

J.V. : Bien sûr. On est aux alentours des 500 téléchargements sur les deux plateformes confondues, Apple et Android. On a également quelques demandes d’entreprises de travaux qui nous sont arrivées par le biais des formulaires et c’est plutôt encourageant. En 2015, quand on avait sorti la première version de l’application, on avait eu un meilleur relais, mais j’ai toujours eu l’impression que le risque amiante ennuyait beaucoup de monde. Ce qui change aujourd’hui, c’est le contexte. On parle de masques, de protections contre le covid, et l’amiante c’est aussi des voies aériennes, c’est aussi des morts, et je pense que c’est l'occasion de sensibiliser le grand public. C’est aussi un appel du pied aux pouvoirs publics. Il faut faire bouger les choses : on a des dizaines de milliers de repérage amiante qui sont réalisés tous les ans sur le patrimoine en France, et pourtant cela reste toujours une donnée personnelle...

 

Propos recueillis par Marie Gérald

Photo de une : AdobeStock

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