Mise à jour du guide de l’OPPBTP : à quoi s’attendre ? Vie pratique | 22.05.20

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Déjà deux semaines que le déconfinement est prononcé et que la reprise des chantiers s’accélère progressivement. Bien que la vie reprenne son cours, le coronavirus, maladie « invisible » comme le souligne Paul Duphil, directeur général de l’OPPBTP, nécessite une mise à jour du guide de l’OPPBTP et des précautions à prendre. Les confidences exclusives de Paul Duphil pour Batiweb.

Quelles sont les nouvelles mesures, les modifications qui vont être apportées dans ces prochains jours au guide de la reprise des chantiers ? 

 

Paul Duphil : La mise à jour concerne un certain nombre de points généraux qui ont besoin d’être revus, ne serait-ce qu’avec la fin du confinement. Par exemple il y a la question relative aux déplacements, car les attestations et les conditions de déplacements ont changé donc il faut mettre ce point à jour. Nous faisons aussi évoluer les consignes de nettoyage, sachant qu’au tout début (de la création du guide NDLR), les seules informations qui étaient disponibles étaient les recommandations pour les milieux de soin, donc on parlait de désinfection à des fréquences très élevées. Aujourd’hui, comme ce qui est consigné dans le document du Haut Conseil de Santé Public du 24 avril, on ne parle plus de désinfection mais de nettoyage, la désinfection étant réservée lorsque la présence du virus est avérée. Sans la présence du virus, des séances de nettoyage avec des produits détergents habituels suffisent, d’autant plus que la désinfection se fait par des produits chimiques, dangereux, il faut s’en servir à bon escient.

 

Un autre point également important, c’est la prise de position sur le travail des apprentis. Lors de l’écriture du guide, il y a une volonté de limiter les déplacements, les organisations du BTP, patronales et salariées ont convenu de limiter les déplacements sur chantiers des stagiaires et des apprentis. Aujourd’hui toutes les activités reprennent et il est primordial que nos stagiaires et nos apprenants retournent sur les chantiers pour continuer à se former dans le respect des précautions sanitaires. Concernant les masques, nous constations fin mars une pénurie. Cela a amené certains acteurs à ne pas parler de masques, ce qui pose une difficulté car c’est une condition indispensable de la reprise. La doctrine du gouvernement a évolué, et de fait, on sait que si l’on ne peut pas respecter les 1 mètre de distance on doit porter un masque. Nous mettons aussi en avant les qualités de l’écran facial, c’est un accessoire qui peut permettre de remplacer des lunettes de protection, notamment car porter un masque et des lunettes peut créer de la buée. Ces visières donnent un confort de travail et c’est dans ce cadre que nous poursuivons des travaux pour faire reconnaitre cet écran comme une alternative possible aux masques. Ce n’est pas une prise de position très fréquente* des organismes de prévention dans le monde, alors nous sommes en train de faire des essais, pour voir si cette alternative est une bonne solution, d’autant plus avec l’été et la chaleur qui arrivent, ce n’est pas toujours évident.

 

Cette mise à jour est soumise depuis plus d’une semaine pour approbation au ministère du Travail, nous espérons la publier en début de semaine prochaine.

 

La prise de température systématique des compagnons est-elle envisagée dans cette mise à jour à paraitre ? 

 

Paul Duphil : Je rappelle que même si le gouvernement déconseille la prise de température dans les entreprises et sur les chantiers, il y a énormément d’endroits où ce sont les compagnons eux-mêmes qui ont souhaité cette prise de température. Même si elle n’est pas conseillée, c’est une mesure de sécurité supplémentaire. Pour autant, nous allons nous conformer aux recommandations de l’État.

 

Des retours d’expériences des entreprises du BTP vous ont-ils aidé à élaborer cette mise à jour ? Certaines mesures étaient-elles plus difficilement applicables ? 

 

Paul Duphil : Le plus difficile n’est pas d’appliquer ces mesures, c’est de lutter contre les habitudes. Dans toutes les entreprises dans lesquelles j’ai pu passer, les salariés étaient bluffés par la qualité de l’organisation et des mesures qui étaient proposées. Finalement, la difficulté, elle se trouve dans le feu de l’action, on est très attentif dans la première heure puis c’est l’habitude du travail qui prend le dessus. De nombreuses sociétés ont compris la nécessité d’avoir du personnel, ce que nous avons nommés des référents Covid-19, qui était affecté à temps plein à la surveillance de l’application des mesures sanitaires et qui tournent en permanence sur les chantiers pour avertir en cas de problèmes. Pour le moment, ce qui cause encore des difficultés, c’est la disponibilité des masques.

 

Justement, ces référents covid-19, ne devraient-ils pas être indépendant à la société pour ne pas faire prévaloir la productivité à la sécurité ? 

 

Paul Duphil :  Il y a beaucoup de questions qui ont été posées sur le référent covid maître d’ouvrage. J’aimerais rappeler le contexte dans lequel ce guide, et cette notion de référent ont été mis en place. Quand nous avons commencé à travailler sur le guide aux alentours du 19 mars, un certain nombre de maîtres d’ouvrage nous a dit que cette crise du coronavirus ne les concernait pas, que les contrats sont en cours, applicables, et que ça n’était pas leur problème. Selon notre avis, le maître d’ouvrage devait se saisir de la question et contribuer à l’organisation à mettre en oeuvre pour lutter contre le covid. Cela revenait à dire " messieurs les maîtres d’ouvrage, c’est votre affaire, et pour que les mesures soient portées, il faut nommer quelqu’un ". On sait très bien que dans le monde de l’entreprise, comme ailleurs, si une mission n’est pas affectée à une personne qui en a la responsabilité, la mission ne se fait pas. Mais concernant un référent indépendant, je considère que parmi les chefs d’entreprises, il y a des gens responsables, d’autres qui le sont moins. J’aime bien dire que le BTP cumule tous les facteurs de risques : port de charge, conduite d’engins, coactivité… Si on regarde la performance globale, le BTP n’a pas à rougir. Les chefs d’entreprises sont extrêmement attentifs aux responsabilités qui sont les leurs sur le covid-19, notamment avec leur responsabilité pénale engagée, donc je ne vois pas cela comme un souci général. 

 

Pourquoi ne pas avoir rédigé un guide dédié pour chaque métiers du BTP, en abordant toutes leurs spécificités ? 

 

Paul Duphil : Les organisations patronales, que ce soit la FFB, la FNTP ou la CAPEB se sont appuyées sur le guide pour publier des éléments un peu plus spécifiques, des syndicats ont également publié des fiches-métiers. Ce que nous constatons, c’est qu’il y a une appropriation par chacun de ces syndicats des métiers, des préconisations qui sont faites dans le guide général de l’OPPBTP. Mais à ce jour, nous avons eu très peu d’éléments spécifiques aux métiers, cependant nous organisons un travail, surtout avec les retours d’expériences pour identifier les situations qui peuvent poser des difficultés, sur une dizaine de métiers, nous allons visiter des petites, moyennes et plus grandes entreprises.

 

Toutes ces précautions qui permettent de lutter contre le covid-19 engendrent des surcoûts, est-ce que, dans cette mise à jour, vous vous y intéressez ? 

 

Paul Duphil : On s’y intéresse. On ne peut pas parler prévention sans parler économie, c’est être dans le monde des bisounours. Nous restons persuadés que si les deux éléments ne se concilient pas, c’est malheureusement la prévention qui sera délaissée. Il faut qu’on trouve des solutions de prévention qui soient compatibles avec les objectifs économiques. Pour le moment nous n’avons pas de retours des entreprises à partager, on entend des pourcentages de surcoûts qui vont de 4 % à 15 %. Où se situe la vérité, c’est difficile à dire… C’est aussi très variable selon l’opération. Le premier élément à relever c’est que le prix des masques a été multiplié par 4 par rapport à la situation avant crise. De fait, pour une entreprise qui a accès à des prix d’achat normaux, il y en a quand même entre 5 € et 8 € par jour, qu’il faut rapporter à un coût de main d’oeuvre chargée, donc cela monte relativement vite.

 

La mobilisation de l’OPPBTP 

 

Nous sommes au mois de mars, le confinement vient d’être annoncé à la télévision par Emmanuel Macron, que se passe t-il à l’OPPBTP ? 

 

Paul Duphil : Les vrais opérations démarrent vers le 9 mars. Nous n’avons pas encore la conscience de la nécessité de prendre des précautions sur ce nouveau risque. En revanche, nous invitons les entreprises à s’organiser, avant même la décision du confinement, c’était une possibilité qui se rapprochait mais qui n’était pas encore prononcée. Nous avons un peu rempli un rôle de pompier, car il faut répondre au besoin des entreprises. Le 17 mars, nous commençons à travailler sur un guide dont la première trame est parue le 19 mars.

 

Une communication avec le gouvernement a t-elle été nécessaire pour écrire ce guide ? 

 

Paul Duphil : Nous nous sommes saisis des consignes générales qui sont finalement les mesures du gouvernement : se tenir à distance et envisager le port du masque. On a réuni un peu plus d’une cinquantaine d’experts, des experts de l’OPPBTP, ce qu’on appelle des médecins conseils qui sont des médecins du travail, ils forment une sorte d’assistance à nos côtés. On a aussi contacté quelques spécialistes, des infectiologues. Très honnêtement, nous n’avons pas eu beaucoup de contacts avec le Ministère du travail, qui était, je pense, surchargé. Mais nous avons les compétences nécessaires pour pouvoir mettre les choses au point, ce qui fait que lorsqu’un accord pour la reprise a été établi entre les organismes du BTP et le gouvernement, le travail était en réalité déjà très avancé. Je tiens à dire une chose, parce que certains ont dit à l’époque que c’était trop long, du côté du BTP et des experts, nous avons fait un très bon travail en un temps record, parce qu’il y a le guide lui-même mais aussi tous les documents qui vont avec. Les équipes de l’OPPBTP et les entreprises autour de nous se sont mobilisées spontanément et volontairement, ne comptant pas leurs heures. Tout le monde avait bien le sentiment qu’il fallait aller vite.

 

*Au Québec, l'Institut Robert Sauvé accepte cette alternative pour une proximité inférieur à 15 minutes 

Propos recueillis par Julie Baranton 

Photo de une : ©OPPBTP

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