L’hydrogène, gène de gagnant pour la décarbonisation de l’UE ? Développement durable | 19.06.20

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Touchée par le coronavirus, l'Union européenne subit désormais les conséquences économiques - plus ou moins importantes selon les pays - du confinement. La France choisit pour sa part de miser sur les énergies renouvelables pour la relance, et l’hydrogène apparait comme un bon compromis entre ré-industrialisation et environnement.

Une Europe verte en 2050, est-ce encore possible alors que la crise touche de plein fouet plusieurs pays européens ? La France continue d’y croire et choisit, pour la relance économique du pays, de favoriser les énergies renouvelables et les dispositifs d’aides pour la rénovation énergétiques. Six pays de l’Union, les Pays-Bas, l’Autriche, l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, la France, accompagnés par la Suisse, sont persuadés que cette relance se fera par des actions environnementales et ont demandé à la Commission européenne, à l'occasion d'une réunion qui s'est tenue le 15 juin, de leur présenter une feuille de route pour le développement de l’hydrogène sur leurs territoires. 

 

« Pour atteindre la neutralité climatique d'ici 2050, nous devons décarboner le système énergétique. L'hydrogène propre est un vecteur énergétique indispensable à la neutralité climatique » soulignait Eric Wiebes, le ministre de l’Economie et de la politique climatique néerlandais. L’AFHYPAC (Association française pour l’hydrogène et les piles à combustibles), soutient cette décision car l’hydrogène permettrait de « concilier réindustrialisation du territoire national et décarbonisation de notre économie ». En effet, développer l’hydrogène sur le territoire français permettrait d’accroître la décarbonisation grâce à un mix énergétique complet. De plus, développer cette énergie permettrait de créer de l’emploi, avec des équipements de pointes, des métiers selon l’association « non délocalisables ». L’AFHYPAC souligne également que la R&D permettrait à la France de conserver « un haut niveau de compétitivité »

 

Des atouts résumés par Philippe Boucly, président de l’association : « Investir dans une chaine à haute valeur ajoutée comme l’hydrogène, c’est donner à la France une position industrielle stratégique dans l’économie bas-carbone de demain. Je suis confiant dans le fait que le plan de relance saura intégrer ce maillon essentiel et prévoir les investissements nécessaires pour la (re)localisation en France d’industries créatrices de valeurs et d’emplois qui contribueront à l’atteinte de la neutralité carbone de notre pays ».

 

Déployer l’hydrogène, la nouvelle compétition européenne 

 

L’Allemagne a déjà pris les devants, pusiqu'une semaine avant la demande des six pays européens pour la feuille de route du déploiement de l’hydrogène, le pays annonçait un investissement massif de 9 milliards d’euros, avec « l’ambition de devenir le fournisseur et producteur numéro 1 d’hydrogène au niveau mondial ». Avant même la réunion avec la Commission européenne, la compétition était déjà lancée.

 

L’hexagone souhaitant rester compétitif et utiliser cette opportunité pour sortir de la crise, a déclaré dans la foulée consacrer un budget de 1,5 milliard d’euros sur trois ans pour « parvenir à un avion neutre en carbone 2035 » grâce à cette énergie. Connue pour ses Airbus, si la France parvenait à développer ses avions écologiques, elle détiendrait une part importante du marché mondial. Malgré cette occasion qui lui est donné, le pays pourrait rater le coche car « pour investir en France, les acteurs de la filière hydrogène ont besoin de visibilité » précise l’AFHYPAC, qui regrette un marché trop jeune, et un besoin fort d’industrialisation des technologies. Ces difficultés n’incitent pas à investir, d’autant plus que « la compétition nationale est très vive ». Ces enjeux sont importants et pour parvenir à ce développement, l’association demande le soutien de l’État par deux actions significatives : 

  • Accompagner les industriels français dans le développement des outils de production en France, pour développer in fine l’offre technologique et donc favoriser la production d’hydrogène renouvelable. Cet accompagnement (qui passera par un investissement financier) permettra de réduire l’écart de prix avec l’hydrogène d’origine fossile sans captage du carbone, 
  • Donner de la visibilité aux acteurs industriels et soutenir des projets au sein des territoires, favoriser un contenu local, massifier la commande publique par des groupements d’achat, ou subventionner l’achat de véhicules hydrogène. Il s’agit plus simplement de créer de la demande. 

 

Ces deux requêtes ont été adressé au Premier ministre dans une lettre écrite par l’association, et signées par plusieurs acteurs engagés en ce sens dont EDF, Engie, Total, Michelin, et Vinci Construction. Ils espèrent ainsi obtenir le soutien de l’État « avec plus de 160 dossiers déposés (lors de l’Appel à Manifestation d’interêt NDLR), l’Etat a ainsi l’assurance que les acteurs de la filière sont prêts à investir dans des projets portant sur l’ensemble de la chaîne de valeur et que certains industriels sont en mesure de porter des projets innovants pouvant faire l’objet d’IPCEI, capables de faire émerger des champions nationaux et de donner à la France un réel avantage compétitif au niveau mondial », explique Philippe Boucly. 

 

En attendant peut-être un projet de développement entre les 27, les pays membres « attendent avec impatience » la stratégie sur l’hydrogène préparée par la Commission européenne publiée le 8 juillet prochain. Selon les estimations de Kadri Simson, la commissaire à l’Énergie, la part de l’hydrogène dans le bouquet européen pourrait passer de moins de 2 % actuellement à 10 %, voire même 16 %, d’ici 2050. Nul doute que déployer à grande échelle la production d’hydrogène permettrait d’atteindre l’objectif de neutralité carbone fixé 30 ans plus tard

 

J.B 

Photo de une ©Adobe Stock 

Redacteur

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