Les artisans du BTP sont-ils écolos ? Développement durable | 17.04.20

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Le secteur du bâtiment entre progressivement en transition avec les nouveaux impératifs environnementaux fixés par le gouvernement et sous la pression des associations luttant pour la préservation de la planète. Les artisans du BTP se sentent-ils tous pour autant concernés par le sujet ?

BatiObs a mené son enquête sur la question et a publié, courant février, une étude : « l’artisan et le développement durable ». Pour réaliser ce baromètre, BatiObs, développé par Brands At Work et Cohésium, s’est tournée vers 804 artisans de la construction, leur demandant, en première approche, s’ils se sentaient concernés par le développement durable. 

 

Alors que le secteur du BTP se voit imposer de nouveaux défis de construction avec des matériaux biosourcés, ou une réduction de la pollution lors de la fabrication des matériaux, la réponse majoritaire des artisans détonne. 59 % des sondés n’ont pas souhaité répondre car « ils ne se sentent pas aujourd’hui concernés par le sujet ». Cela ne signifie pas non plus que la profession se désintéresse complètement du développement durable. 81 % des personnes ayant répondu au sondage se sont en effet dites« très impliquées par le développement durable ».

 

Le fondateur de Brands at Work, Pierre Boumard se dit « stupéfait » du nombre d’artisans n’ayant pas souhaité répondre. « On est vraiment étonnés, le chiffre des 60 % des artisans qui ne souhaitent pas répondre est déjà un indicateur en soi. On ne sait pas les motivations de ces non réponses, mais compte tenu de l’engouement des 40 % qui ont répondu, on peut s’imaginer que les autres artisans n’auront pas de pratique en accord avec le développement durable »

 

Quant à la raison de leur implication, elle diffère selon les artisans : 

  • 43 % veulent protéger la planète ;
  • 15 % souhaitent réaliser des économies d’énergie ;
  • 11 % veulent utiliser des produits optimisés et durables.

 

Les artisans ayant répondu au sondage, ont soumis des réponses étonnantes à la question « quels sont les acteurs qui vous obligent à faire ces actions ? » Pierre Boumard nous confie « qu’un tiers ont répondu que personne ne leur parlait de développement durable ».

 

Quels effets ces actions en faveur de l’environnement pourraient-elles avoir sur le bâtiment ? 92 % des artisans souhaitant entamer la lutte pour l’environnement sont convaincus que ces actions « n’auront pas d’impact économique positif sur leur activité professionnelle ».

 

Pourquoi la moitié des artisans ne se sent pas concernée ? 

 

La principale raison est le terme en lui-même : « développement durable ». Que veut-il dire ? Quelles actions englobe t-il ? L’Insee cite Mme Gro Harlem Brundtland, Premier ministre norvégien, déclarant en 1987 qu’il s’agit d’un « développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». À cela, l’institut national des statiques précise qu’ « en 1992, le Sommet de la Terre à Rio, tenu sous l’égide des Nations unies, officialise la notion de développement durable et celle des trois piliers (économie/écologie/social) : un développement économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement soutenable ». 

 

Les artisans en ont-ils la même définition ? Ils associent le développement durable au recyclage (57 %), à la gestion des déchets (45 %), aux économies d’énergie (32 %), et la lutte contre la pollution (17 %). Le BTP a t-il commencé son mouvement en faveur du développement durable ? 51 % des artisans déclarent que des solutions sont, selon eux, déjà en place au niveau de leur entreprise ou de leurs chantiers. 

 

Plus de besoins pour mettre en place le développement durable 

 

Les artisans participant à ce sondage ont exprimé une demande commune. Tous veulent « une meilleure information sur les produits éco-responsables », sur les « labels fiables » et « davantage de formations de la part des fabricants de matériaux ». Pour eux, la formation est un point clé pour mettre en oeuvre le développement durable, les formations leur permettront de convaincre leurs clients à recourir à du matériel moins polluant. Selon le fondateur de Brands At Works « par formation, on peut entendre aussi informations, pour que les artisans puissent renseigner les clients finaux, souvent mieux informés qu’eux. Le but est qu’ils puissent s’approprier l’information et la restituer aux particuliers. Ils sont sensés être des sachants »

 

Pierre Boumard, analyse les résultats de ce sondage : « nous retrouvons chez les artisans la même dichotomie que celle observée dans la société ou le monde politique ; il y a d’un côté une population concernée par un développement durable, et de l’autre les sceptiques et les réfractaires ».

 

Il nous dit être agréablement surpris « par le coté vertueux de ceux qui se sentent impliqués. Ceux qui se sentent concernés par le développement durable sont dans une démarche volontaire, peu demandée et peu supportée, c’est un acte fort, presque militant, personne ne leur demande rien, personne ne va les aider, alors que ç’est plus complexe et plus cher. Je leur tire mon chapeau », conclut-il.

 

Propos recueillis par Julie Baranton

Photo de une ©Adobe Stock 

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