« L'isolation et le chauffage doivent être pensés ensemble », Grégory Lefebvre, DG de Knauf Insulation France

Nommé à la tête de Knauf Insulation France le 27 avril dernier, Grégory Lefebvre prend ses fonctions dans un marché de l'isolation sous tension, marqué par le recul de la rénovation et l'instabilité des aides publiques. Le dirigeant entend maintenir la stratégie commerciale du groupe tout en renforçant la proximité avec les artisans et les distributeurs, l'efficacité opérationnelle et la décarbonation des produits. Il appelle également à davantage de stabilité réglementaire pour relancer durablement la rénovation énergétique.
Quel diagnostic portez-vous sur le marché de l'isolation et quelles sont vos priorités à la tête de Knauf Insulation France ?
Le marché de l'isolation est extrêmement complexe et tendu. En volume, il affiche un recul d'environ 1 % à fin août-début septembre. Dans cet environnement, Knauf Insulation France résiste plutôt bien, avec une performance positive malgré un premier semestre compliqué.
Les perspectives se dégradent toutefois fortement, sous l'effet du contexte international, de la hausse des coûts de l'énergie et du transport, mais aussi de l'instabilité réglementaire en France, notamment concernant MaPrimeRénov', le monogeste et les certificats d'économies d'énergie (CEE).
Ma priorité est de poursuivre la stratégie commerciale existante, qui fonctionne bien, tout en renforçant la proximité avec nos équipes, les distributeurs, les artisans et les maîtres d'ouvrage. Nous voulons également améliorer notre efficacité opérationnelle, notamment en matière de gestion des prix, de relation client et de service après-vente.
Knauf Insulation France compte environ 65 personnes, dont une trentaine de commerciaux. Nous envisageons des renforcements ponctuels de nos équipes et prévoyons de recruter des spécialistes de la gestion des prix avant la fin de l'année.
Quelle est la place de la France dans la stratégie du groupe et comment évolue le marché français ?
La France est un marché important pour Knauf. Elle représente, de mémoire, le troisième contributeur européen en volume, derrière l'Allemagne et l'Angleterre. Nous investissons en permanence sur nos deux sites de production français, à Lannemezan (Hautes-Pyrénées) et à Illange (Moselle), pour faire évoluer notre outil industriel dans la durée. Nous bénéficions également de notre site belge de Visé, qui approvisionne en partie le marché français. Celui-ci a notamment accueilli une unité de recyclage de laine de verre perdue, pour un investissement de 15 millions d'euros.
Sur le marché, le neuf résiste mieux que la rénovation, avec une progression estimée entre 1,5 et 2,5 %, tandis que la rénovation se contracte. Le logement individuel est particulièrement touché : les mises en chantier, qui atteignaient auparavant environ 300 000 maisons par an, se situeraient aujourd'hui autour de 50 000 à 60 000. Cette situation nous affecte directement, puisque la rénovation représente entre 60 et 65 % de notre activité.
Pour 2027, nous espérons une légère croissance du marché, de l'ordre de 1 à 1,5 %, principalement portée par le neuf. Nous restons néanmoins très prudents et nous nous réservons la possibilité de réviser ces prévisions en fonction de l'évolution de la conjoncture.
Qu'attendez-vous des pouvoirs publics ?
Le principal problème n'est pas nécessairement le contenu des réglementations, mais leur manque de stabilité et de visibilité. MaPrimeRénov' est un exemple emblématique, avec une vingtaine de changements en trois ans.
Ces évolutions successives compliquent la compréhension des dispositifs pour les particuliers et les artisans. Les ménages ne savent plus toujours quelles dépenses sont éligibles, tandis que les professionnels doivent constamment s'adapter.
Nous demandons deux choses : de la stabilité dans le temps et un meilleur ciblage des aides. Le bâtiment est un secteur à cycles longs. Les ménages ont besoin de temps pour préparer leurs travaux, les entreprises pour organiser leurs chantiers et les industriels pour adapter leurs offres.
Je suis favorable au monogeste lorsqu'il permet aux ménages d'engager progressivement leurs travaux. Nombre de nos concitoyens en ont besoin pour absorber l'effort financier que représente la rénovation. En revanche, il ne faut pas considérer qu'un seul geste suffit à obtenir une véritable performance énergétique.
Comment convaincre les maîtres d'ouvrage d'investir dans l'isolation plutôt que de privilégier uniquement le chauffage ?
L'isolation n'est pas une alternative à la pompe à chaleur : c'est son complément indispensable. Installer une pompe à chaleur dans une passoire thermique n'a pas de sens si l'on ne traite pas également les déperditions énergétiques.
Les épisodes de fortes chaleurs rappellent aussi l'importance du confort d'été. Une enveloppe performante, notamment grâce à une isolation thermique par l'extérieur (ITE), peut contribuer à réduire sensiblement la température intérieure lors des pics de chaleur.
Notre position est donc simple : l'isolation et le chauffage doivent être pensés ensemble. Pour autant, je suis favorable à la possibilité de réaliser les travaux par étapes, car une rénovation globale représente un investissement important pour de nombreux ménages. L'enjeu est de permettre au plus grand nombre d'engager des travaux efficaces, sans renoncer à une vision d'ensemble du bâtiment.
Comment faites-vous évoluer vos produits pour réduire leur empreinte carbone tout en répondant aux contraintes des chantiers ?
Nous avons réduit de plus de 25 % l'empreinte carbone de nos produits au cours des deux dernières années. Toutes nos laines minérales disposent d'une fiche de déclaration environnementale et sanitaire (FDES), qui permet d'évaluer leurs impacts sur l'ensemble du cycle de vie. Nous utilisons également jusqu'à 80 % de calcin, c'est-à-dire du verre recyclé, dans certaines de nos laines.
Nous travaillons en permanence à trouver le bon équilibre entre performance thermique, sécurité, durabilité, impact environnemental et coût.
Certaines solutions bas carbone entraînent encore un surcoût de l'ordre de 5 à 10 %, selon les produits. Mais ce surcoût peut rester limité à l'échelle d'un bâtiment et s'inscrire dans les objectifs environnementaux fixés par les maîtres d'ouvrage.
Ne manquez plus l’actualité du bâtiment ! Inscrivez-vous à la newsletter pour recevoir directement dans votre boîte mail les dernières actus du BTP Je m’abonne gratuitement → |














