Les douches sans ressaut obligatoires inquiètent les professionnels Législation | 05.11.20

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Alors que les douches sans ressaut seront bientôt obligatoires dans certains logements neufs à compter du 1er janvier 2021, l'AQC est revenu sur les inquiétudes des professionnels de la construction à travers le témoignage de deux spécialistes. Le point sur les principales craintes concernant la formation, la hausse des coûts, l'étanchéité et les problèmes techniques.

Le 17 septembre dernier, un arrêté était publié au Journal Officielinstaurant une nouvelle obligation pour les constructeurs, promoteurs et aménageurs. A compter du 1er janvier 2021, ces derniers devront obligatoirement installer des douches sans ressaut dans certains logements collectifs neufs, parmi lesquels les appartements en rez-de-chaussée, mais aussi les maisons individuelles en lotissement ou à vocation locative.

 

Dans un second temps, cette obligation s'étendra également, à compter du 1er juillet 2021, à tous les appartements desservis par un ascenseur, quel que soit l'étage.

 

L'objectif : faciliter le quotidien des personnes à mobilité réduite (PMR) - comprenant les personnes âgées - dans un contexte de vieillissement de la population française, avec 5 millions de séniors annoncés pour 2050.

 

Pour beaucoup de constructeurs, cette nouvelle est un coup dur, car nombre d'entre eux estiment ne pas être prêts à s'adapter aussi rapidement à de nouvelles normes, et s'inquiètent déjà d'une hausse des coûts liée à la complexification des travaux. 

 

Face à ce sujet complexe et polémique, l'Agence Qualité Construction (AQC) est revenue sur ce thème à l'occasion d'un AQC TV Live. 

 

François Delabarre, chargé d'affaires avec suivi de travaux au sein de l'entreprise Atmosphère, a dans un premier temps rappelé la définition d'une douche sans ressaut, plus communément appelée « douche à l'italienne » : « Une douche sans ressaut, c'est une douche au ras du sol, de façon à pouvoir faire circuler un fauteuil roulant sans encombre. Elle permet d'accéder au bac à douche sans avoir d'obstacle à franchir », a-t-il dans un premier temps résumé, avant de témoigner sur le résultat de premiers chantiers.

 

Des craintes concernant l'étanchéité

 

« Les principales difficultés, c'est l'écoulement et la hauteur d'écoulement. Il faut parfois remonter l'écoulement sur 15 centimètres, par exemple grâce à une pompe de relevage », commence-t-il.

 

Si le sujet de l'étanchéité et du risque de dégât des eaux est souvent évoqué par les professionnels, François Delabarre estime quant à lui que ce risque peut être écarté grâce à l'installation d'une natte d'étanchéité remontant sur les murs pour éviter les infiltrations. 

 

« Le seul point sensible c'est la bonde, pour laquelle il faut vraiment bien veiller à l'étanchéité », ajoute-t-il. En revanche, aucun risque d'électrocution selon lui lorsque cette bonde est équipée d'un détecteur bluetooth et uniquement d'une petite pile.

 

Un délai trop court et une hausse des coûts

 

Alban Charrier, responsable du département politiques techniques au sein de la Direction de la Maîtrise d'Ouvrage et Politiques patrimoniales de l'Union sociale pour l'habitat (USH), a ensuite pris la parole, précisant les inquiétudes des professionnels : 

 

« Sur le principe, les professionnels ne sont pas réticents à tout ce qui va permettre d'améliorer l'accessibilité et l'inclusion des personnes à mobilité réduite. La réticence que l'on a pu noter de la part de l'ensemble de la profession, est plutôt liée à deux choses : la première concerne le planning d'application, avec un premier arrêté qui entre en vigueur au 1er janvier 2021. Les professionnels estiment que ce délai est trop court pour permettre la montée en compétence de l'ensemble des employés. Ce que disent aussi les professionnels, ainsi que la Fédération Française de l'Assurances, et l'Agence Qualité Construction (AQC), c'est que cet équipement peut être un facteur de sinistralité, et qu'on ne dispose pas encore aujourd'hui de techniques suffisamment sûres pour limiter le risque de sinistre », explique-t-il.

 

Selon les premières estimations, le coût d'installation d'une douche sans ressaut serait de 3 000 à 4 000 euros. « Ce coût est essentiellement lié à l'obligation soit de rehausser la dalle, soit d'améliorer fortement l'étanchéité de la salle de bains », détaille Alban Charrier.

 

« Nous allons essayer de sensibiliser la maîtrise d'oeuvre pour bien prendre en compte ces problématiques là, et travailler sur les choix des entreprises, pour avoir des entreprises qualifiées et avec de l'expérience, mais nous aurons certainement la nécessité de passer par des contrôles particuliers lors des premières réalisations », ajoute-t-il pour le compte de l'USH.

 

Des solutions techniques en débat

 

Parmi les solutions avancées pour installer une douche sans ressaut : l'ajout préalable d'une chape de plusieurs centimètres permettant d'intégrer le siphon. Mais l'ajout de chapes de béton n'est pas sans impact sur la structure des bâtiments : « Si on alourdit tous les planchers de quelques centimètres, cela va alourdir la structure et peser sur les fondations », souligne Alban Charrier. Cette solution technique risquerait par ailleurs d'impacter l'empreinte carbone des bâtiments, « au moment même on l'on est en train de travailler sur la RE 2020 et la définition des seuils carbone », rappelle-t-il.

 

A une question posée concernant la construction bois, Alban Charrier a également reconnu que l'installation de douches sans ressaut serait d'autant plus complexe car le bois est un matériau particulièrement sensible aux dégâts des eaux.

 

Claire Lemonnier

Photo de une : Adobe Stock

 

Redacteur

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