6ème Baromètre Arti Santé : des artisans de plus en plus stressés et surmenés Vie des sociétés | 04.05.20

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Cette année encore, la CAPEB, la CNATP et le pôle d’innovation IRIS-ST dévoilent les résultats de leur baromètre Arti Santé. Bien que les artisans s’accordent plus de congés, le stress, la fatigue et le nombre de burn-out sont encore en augmentation en 2019. L’année en cours et le contexte préoccupant de crise sanitaire et économique inquiète encore davantage les spécialistes. Dans ce contexte, un partenariat a été mis en place pour venir en aide aux chefs d’entreprise artisanale en difficultés.

La Confédération de l’artisanat des petites entreprises du bâtiment (CAPEB), la Chambre nationale de l’artisanat des travaux publics et du paysage (CNATP), et le pôle d’innovation IRIS-ST, publient pour la sixième année consécutive le Baromètre Arti Santé qui fait le point sur les conditions de travail et la santé physique et mentale des artisans du BTP et du paysage.

 

L’année dernière, ce baromètre avait mis en lumière un phénomène inquiétant : une nette augmentation du stress et des troubles émotionnels (irritabilité, nervosité, angoisses) chez les dirigeants d’entreprise, avec + 15 points en seulement un an. Parmi les facteurs en cause, le surmenage, avec 65 % des entrepreneurs travaillant plus de 50 heures par semaine, et 26 % plus de 60 heures par semaine, et l’incertitude concernant l’activité à venir.

 

Plus de stress, problèmes de sommeil et burn-out

 

Les résultats de la 6ème enquête - menée entre novembre et décembre 2019 auprès de 2 053 artisans du BTP - révèle que ce niveau de stress reste identique (58 % des artisans se déclarent stressés), et que l’intensité de ce stress augmente. Ainsi, ils sont 26 % à estimer à 7 leur niveau de stress sur une échelle de 1 à 10 (+3 points en un an).  En cause : le poids des tâches administratives (représentant 25 % du temps de travail des interrogés), la pression des délais, la nécessité d’être de plus en plus réactifs, et la charge de travail. 84 % des chefs d’entreprise artisanale du BTP déclarent en effet travailler dans l’urgence. 

 

Ils sont désormais 83 % à trouver leur activité exigeante physiquement (+5 points par rapport à 2018), et 91 % exigeante mentalement (+3 points en un an).

 

Cet état de stress a un impact sur la qualité de leur sommeil et les expose à des risques accrus de burn-out. Ils sont d’ailleurs 6 % à avoir été affecté par ce syndrome en 2019, contre 5 % en 2018.

 

Fin 2019, 58 % des entrepreneurs disaient se sentir très fatigués, et 47 % déclaraient se réveiller en pleine nuit et avoir du mal à se rendormir. Pour 70 % des interrogés, ce manque de sommeil aurait des répercussions sur leur activité professionnelle. 64 % se disent en permanence fatigués, et 51 % davantage irritables (contre 32 % en 2018 !).

 

Or, une nouvelle augmentation du stress est à craindre pour l’année en cours, étant donné le contexte préoccupant de crise sanitaire et économique. Les chefs d’entreprise se retrouvent en effet à devoir gérer du mieux qu’ils le peuvent cette double crise.

 

En 2019, ils étaient déjà 40 % à se sentir isolés (+4 points par rapport à 2018), et ce chiffre pourrait bien augmenter en 2020.

 

« Durant longtemps, la conjointe, aux côtés du chef d’entreprise, partageait souvent cette charge mentale et libérait l’artisan d’une partie de ce stress. Aujourd’hui, ce schéma traditionnel n’est plus forcément la norme et le chef d’entreprise a fréquemment le sentiment d’être seul, isolé devant toutes ses implications et cet environnement toujours plus administratif et procédurier. Il est important d’évoquer ce sentiment ordinaire chez les artisans, d’en parler et que le chef d’entreprise prenne conscience que sa santé physique et mentale est primordiale, qu’il doive en prendre grand soin. La crise sanitaire que nous traversons n’aura pas épargné notre stress d’entrepreneur entre nos responsabilités d’assurer la sécurité de nos salariés et la pression de faire vivre notre entreprise », analyse Françoise Despret, présidente de la CNATP.

 

Plus de temps de repos en 2019

 

Les résultats du baromètre montrent en revanche que l’intensité du rythme de travail a légèrement diminué en 2019. Ainsi, les entrepreneurs sont 21 % à avoir déclaré travailler plus de 60 heures par semaine en 2019 (contre 26 % en 2018). Cette intensité du rythme de travail hebdomadaire varie notamment en fonction de la taille de l’entreprise, puisque 38 % des dirigeants d’entreprise comptant 11 à 15 salariés ont déclaré travailler plus de 60 heures par semaine, contre 14 % des artisans travaillant seuls.

 

Outre cette légère diminution du rythme de travail, les interrogés ont également été moins nombreux à travailler 6 à 7 jours par semaine. Ils étaient 54 % en 2019, soit -5 points par rapport à 2018. 

 

Autre bonne nouvelle : en 6 ans, la durée des congés pris s’est allongée. Le nombre d’entrepreneurs s’octroyant plus de deux semaines de congés est en augmentation. Toutefois, 51 % des dirigeants d’entreprise continuent de regarder leurs mails professionnels tous les jours, même durant leurs congés. Pour 34 % d’entre eux, il s’agit avant tout de rester disponibles pour leurs clients.

 

Malgré une légère diminution du rythme de travail, 87 % des artisans trouvent que leur vie professionnelle empiète sur leur vie privée, et 75 % estiment qu’ils ne sont pas assez disponibles pour leur entourage.

 

… mais des artisans qui ne prennent pas assez soin de leur santé

 

Depuis plusieurs années, le baromètre Arti Santé révèle par ailleurs que les artisans ont un suivi médical quasi-inexistant, souvent faute de temps. En 2019, ils n’étaient encore que 45 % à consulter régulièrement ou de temps en temps leur médecin. 

 

« Les chefs d’entreprise, motivés par la satisfaction client et le maintien de l’activité, se donnent généralement à 100 % en fermant parfois les yeux sur leur fatigue ou sur des signes cliniques cachant des pathologies plus graves, pouvant représenter un risque pour leur santé physique ou mentale. Notre devoir est de tirer la sonnette d’alarme et de continuer à sensibiliser les dirigeants des entreprises sur les risques liés à leur activité, afin de les informer au mieux et de les accompagner », a réagit Patrick Liébus, président de la CAPEB, à l’annonce des résultats de l’enquête.

 

Dans le contexte de crise actuel, les acteurs à l’origine de ce baromètre annuel annoncent mettre en place un partenariat avec le Centre d’Information sur la Prévention des difficultés des entreprises (CIP National) pour aider et accompagner les adhérents à la CAPEB et de la CNATP. Cette plateforme d’écoute et d’aide vise à orienter les chefs d’entreprise en difficultés vers les dispositifs légaux, publics et privés leur permettant de résoudre « tout ou partie de leurs difficultés économiques et financières ». Ils pourront ainsi échanger avec des spécialistes, expert-comptable, commissaire aux comptes, ou avocat, de façon gratuite, confidentielle et anonyme.

 

« En cette période de crise sanitaire totalement exceptionnelle, je suis particulièrement inquiet pour tous les chefs d’entreprise artisanale et de TPE (…) Je souhaite que nous sachions faire face collectivement pour aider et accompagner les chefs d’entreprise qui seraient en détresse. Ce partenariat, fondé sur le maillage de nos réseaux territoriaux respectifs, constitue une action concrète pour répondre à cette problématique et un des éléments de l’accompagnement que nous nous devons d’apporter aux entreprises », ajoute Patrick Liébus.

 

C.L.

Photo de une : Adobe Stock

Redacteur

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