5e baromètre Arti Santé : des artisans de plus en plus stressés Vie des sociétés | 23.05.19

Partager sur :
Pour la cinquième année consécutive, le baromètre Arti Santé fait le point sur l’état de santé et les conditions de travail des entrepreneurs du bâtiment et du paysage. Menée auprès de 2 000 dirigeants d’entreprise artisanale, l’enquête révèle cette année que 65% d’entre eux travaillent plus de 50h par semaine, dont 26% plus de 60h. L’étude montre également une nette augmentation du stress (+15 points en un an) et des troubles émotionnels.

La CAPEB, la CNATP et le pôle d’innovation IRIS-ST ont dévoilé les chiffres de la 5e édition du baromètre Arti Santé BTP, et les résultats sont plutôt inquiétants. Ces derniers révèlent en effet une augmentation de la charge de travail, mais aussi du stress et des troubles émotionnels (irritabilité, nervosité, angoisses…).

Après 4 années d’augmentation de l’optimisme des artisans vis-à-vis de leur activité, l’enthousiasme a baissé de -10 points en un. Parallèlement, le nombre de chefs d’entreprise artisanale souffrant de stress a augmenté de +15 points en un an. 58% d’entre eux se déclarent très souvent stressés. Un stress en grande partie lié à des rythmes de travail intenses, une charge administrative importante, et un déséquilibre entre la vie privée et professionnelle. Le nombre d’artisans souffrant de troubles émotionnels est également en hausse de +9 points en un an. Autre fait inquiétant : un suivi médical quasi inexistant, faute de temps.
 

65% des entrepreneurs du bâtiment travaillent plus de 50h par semaine


Ce 5e baromètre dévoile l’intensification des rythmes de travail hebdomadaire des dirigeants, qui sont 65% à travailler plus de 50h par semaine et 26% à travailler plus de 60h. A noter que les artisans sont 59% à travailler systématiquement ou régulièrement le week-end. Une charge de travail qui s’explique par la multiplication des tâches à réaliser, entre réalisation de devis, gestion des chantiers et tâches administratives.

Le rythme de travail. Source : Baromètre Arti Santé 2018


« Le volume d’heures de travail de nos chefs d’entreprises artisanales demeure toujours très élevé. Celui-ci l’est particulièrement pour nos petites structures où toutes les responsabilités pèsent sur la même personne. Dans un monde de plus en plus procédurier, nous constatons malheureusement depuis de nombreuses années une part de l’activité dédiée aux parties administratives non productives toujours plus chronophages et d’autre part l’évolution des mentalités des clients toujours plus exigeants sur les délais de réponse de leurs devis », regrette Françoise Despret, présidente de la Chambre nationale de l'artisanat, des travaux publics et paysagistes (CNATP).

Le point positif au tableau : les chefs d’entreprise sont toutefois de plus en plus nombreux à prendre 4 à 6 semaines de congés, et notamment ceux qui ont moins d’un an d’ancienneté dans leur fonction de dirigeant. 35% d’entre eux prennent ces 4 à 6 semaines en 2018, contre seulement 17% en 2014. Malgré cela, les dirigeants reconnaissent ne pas décrocher totalement durant leurs vacances puisque 50 % d’entre eux consultent leurs mails tous les jours durant cette période.

 

58% des sondés déclarent être très souvent stressés

 


Si le baromètre indique une légère amélioration de l’état de santé des artisans du BTP, avec 30% qui se déclarent en mauvaise santé, contre 39% en 2017, l’évolution est plus inquiétante du côté des troubles émotionnels. 33% des artisans sont sujets à la nervosité, l’irritabilité et des angoisses, contre 24% en 2017.

L’un des principal facteur de ces troubles : le stress. 58% des sondés se disent très souvent stressés, un chiffre qui augmente de +15 points en un an. Ce stress impacte également la qualité de sommeil, avec 59% des artisans qui affirment se sentir très fatigués, ce qui les expose à un risque accru d’épuisement professionnel.

Le stress. Source : Baromètre Arti Santé 2018


Les artisans sont également de moins en moins optimistes vis-à-vis de l’activité de leurs entreprises et du secteur (-10 points en un an), bien qu’ils soient 60 % à avoir observé une progression de leur activité en 2018.

« Malgré une légère amélioration de l’état de santé des artisans du BTP, les voyants sont au rouge en ce qui concerne notamment les troubles émotionnels qui les touchent de plus en plus. Notre baromètre Arti Santé met en évidence un phénomène d’épuisement lié au redémarrage de l’activité dans le secteur du bâtiment. A cela s’ajoute la baisse des carnets de commande des deux derniers trimestres, qui empêche les artisans d’avoir une vision à long terme. Les artisans sont ainsi stressés et surmenés, ce qui se répercute sur leur vie personnelle et leur santé », résume Patrick Liébus, président de la CAPEB.

 

Une nécessaire sensibilisation au suivi médical

 


Si 66% des artisans déclarent souffrir de tensions musculo-squelettiques (TMS), ce pourcentage est en baisse pour la 3e année consécutive. Une amélioration qui peut s’expliquer par les différentes actions de prévention mises en place au sein des entreprises pour atténuer ce risque qui représente la principale cause d’accidents du travail dans le BTP.

Sensibiliser les artisans pour les amener à consulter davantage leur médecin reste le principal cheval de bataille. En effet, 56% d’entre eux consultent très rarement, voire jamais, leur médecin généraliste, souvent par manque de temps.

« Les résultats de notre baromètre concernant le suivi médical des artisans sont inquiétants et doivent servir de base pour initier des actions de prévention et de sensibilisation. Nous défendons le principe d’un suivi régulier, annuel pour les chefs d’entreprise artisanale du bâtiment », conclut ainsi le président de la CAPEB.

 

Tableau récapitulatif. Source : Baromètre Arti Santé 2018


C.L

Photo de une : ©Adobe Stock

Redacteur

filter_list Sur le même sujet

39% des artisans s’estiment en mauvaise santé (étude)

39% des artisans s’estiment en mauvaise santé (étude)

Si le bâtiment se porte mieux, l’état de santé des dirigeants d’entreprise artisanale s’est lui nettement détérioré en 2017. La 4e édition du baromètre ArtiSanté BTP dévoile en effet que 39% des artisans se déclarent en mauvaise santé. Parmi les causes évoquées, des rythmes de travail très intenses ou encore des charges administratives importantes. A cela s’ajoute « un suivi médical insuffisant », notamment chez les plus jeunes.
La prévention, n°1 des formations dans le secteur du bâtiment

La prévention, n°1 des formations dans le secteur du bâtiment

Une nouvelle étude menée par la Capeb, la CNATP, l’Iris-St et l’OPPBTP démontre que la prévention reste le domaine privilégié de la formation des entreprises artisanales du BTP. Cette dynamique se doit notamment à la thématique électricité qui a enregistré en 2017, une « forte progression » (+ 39%). A noter, que la formation continue est en baisse (-2%) et que les disparités hommes-femmes sont encore très importantes.
L'IRIS-ST lance un nouveau kit pour sensibiliser les TPE du BTP à la santé et sécurité

L'IRIS-ST lance un nouveau kit pour sensibiliser les TPE du BTP à la santé et sécurité

De tous les secteurs d'activité, la construction est certainement l'un de ceux où les risques sont les plus élevés pour les salariés. Afin de former et sensibiliser les entreprises artisanales du bâtiment, l'IRIS-ST a créé un nouveau kit de prévention composés de neuf mémos rappelant les bonnes pratiques à adopter en matière de Santé et sécurité au travail (SST). Une initiative saluée par Patrick Liébus, président de la Capeb.

En poursuivant votre navigation sur notre site, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de nous permettre d'améliorer votre expérience utilisateur. En savoir plus

Accepter