Loi Climat et Résilience : l’acoustique, grande oubliée du débat Vie des sociétés | 25.03.21

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Dans un communiqué, le syndicat CINOV GIAc regrette que les amendements portant sur l’isolation acoustique, déposés dans le cadre du projet de loi « Climat et Résilience », aient été jugés irrecevables. En effet, au-delà du bien-être et du confort, le bruit est un enjeu sanitaire « majeur », le coût de la pollution sonore pour les Français étant estimé à 57 milliards d’euros par an. Nous avons échangé avec Jean-Paul Van Cuyck, Président du syndicat, pour qu’il nous expose ses propositions pour une meilleure prise en compte de l’isolation phonique.

Selon une étude de l’Ademe, le coût pour les Français de la mauvaise qualité de l’environnement sonore est de 57 milliards d’euros par an (un chiffre réévalué à 100 mds selon une étude à paraître), dont 20,6 mds attribués au bruit des transports et 11,5 mds aux bruits de voisinage. 32 mds d’euros annuels qui sont « en grande partie en lien avec la mauvaise qualité du bâti existant », souligne le Conseil national du bruit dans un avis daté du mois d’octobre 2020. 

C’est suite à l’annonce du Plan de relance que le CNB avait jugé nécessaire et opportun d’appeler à prendre en compte le volet acoustique dans les opérations de rénovation énergétique des bâtiments et de rénovation urbaine. En effet, la qualité acoustique devrait être plus largement considérée, et placée parmi les priorités. Le CNB estime qu’une approche « globale et multidisciplinaire » de la rénovation des bâtiments est nécessaire, pour intégrer la qualité acoustique dans la démarche, au même titre que la qualité de l’air intérieur, le confort thermique et les économies d’énergie.  

L’acoustique, parent pauvre du bâti

C’est aujourd’hui le projet de loi « Climat et Résilience » qui fait débat, l’acoustique n’ayant pas bénéficié d’une attention particulière. Qui plus est, les amendements portant sur l’isolation acoustique, déposés dans le cadre des premiers échanges, ont été jugées « irrecevables » au motif qu’ils étaient « sans lien apparent avec l’objet du texte », rapporte le Cinov GIAc. 

Une décision « incompréhensible », estime Jean-Paul Van Cuyck, qui rappelle les conséquences du bruit sur la santé, la biodiversité et l’environnement. Durant le confinement, « nous avons pu constater que lorsqu’il y a moins de bruit, la nature reprend ses droits ». Mais pour nos concitoyens, davantage de présence au domicile a parfois été source de troubles de voisinage. La réduction du niveau sonore à l’extérieur ayant rendu plus perceptibles les nuisances dans les logements. 

Si l’on connait l’impact du bruit sur l’audition, le Président du CINOV GIAc pointe les effets extra-auditifs : perte de concentration, stress, troubles du sommeil, détérioration du système nerveux. Ainsi, « les enjeux d’une prise en compte de l’acoustique dans les travaux de rénovation du bâtiment, sont non seulement économiques et environnementaux, ils constituent également un impératif sanitaire ». 

Résilience avec un grand « R » 

La résilience climatique implique un changement de paradigme. « Nous allons être obligés d’adapter nos modes de vie et de consommation » et amenés à entreprendre « des actions correctives ». Elle induit une adaptation du bâti (comme par exemple, intégrer dans les programmes immobiliers, un espace de 5 m2 par logement pour un bureau, ou des pièces communes pour organiser ce type de prestation à l’échelle d’un bâtiment), et de la manière d’appréhender « l’urbanisation, les transports, la société dans son ensemble ». Une vision globale dans laquelle, les nuisances sonores « ont un poids qui pour nous, n’est pas à négliger ». 

Une synergie entre les disciplines

Le CINOV GIAc appelle à une prise en compte de la trilogie qualité de l’air, isolation thermique, et acoustique. « Dans les bâtiments anciens, si l’on veut améliorer la qualité de l’air, on est obligé d’amener une ventilation mécanique centralisée. Cette VMC fait du bruit, donc il faut gérer ce bruit ». De la même manière, si l’on travaille sur l’étanchéité à l’air, « le bruit à l’intérieur du logement émerge ». « Cette trilogie ne veut pas dire avoir un accroissement du coût multiplié par trois. C’est simplement choisir les matériaux qui feront le meilleur service pour les trois dimensions ». « C’est une question entre le thermicien, l’acousticien et le fluide pour apporter les solutions qui peuvent venir améliorer l’existant. C’est un choix opportun de matériaux qui ne peut se faire qu’en ayant une synergie entre l’ensemble des disciplines ». 

Acoustique, quel cadre réglementaire ? 

« Dans les rénovations lourdes, le seul cadre réglementaire qui peut être appliqué, c’est sur les isolations de façades », rappelle Jean-Paul Van Cuyck. Pour ce qui est de la construction neuve, « c’est toujours la même depuis 2000, mais en 2000, c’était un reconditionnement de la réglementation par rapport à la réglementation européenne. C’est-à-dire que les performances du bâti n’ont pas changé in fine depuis 1985/90 ». « En 2011, il y a eu un texte de loi qui est paru, portant obligation auprès des maîtres d‘ouvrage, d’établir une attestation de bonne prise en compte de la réglementation acoustique dans les opérations de logements collectifs ». Cela a amené « une petite amélioration ». Mais très peu d’entreprises agissent en phase d’exécution, regrette-t-il. « Or, c’est là où tout se joue ». 

Autre blocage, les maîtres d’ouvrage ne demandent pas toujours la spécialité acoustique. Et dans ce cas, quel que soit le prestataire qui réalise le chantier, « c’est un champ qui ne sera pas étudié ».  

Un diagnostic pour toute transaction immobilière

Pour rendre compte de l’importance de l’acoustique, le CINOV GIAc propose la mise en place d’un diagnostic des logements pour toute transaction immobilière. « Le diagnostic est important, car si on s’engage à ne pas dégrader, il faut savoir d’où on part. Quand on fait une transaction immobilière, c’est bien également d’informer l’acquéreur. Il sait qu’il aura de l’isolation à faire, du plomb ou de l’amiante à enlever, des termites à combattre. Par contre, il ne sait pas s’il sera gêné par les voisins, ou par les infrastructures de transports. C’est dommage et dommageable ». 

Prochaine étape pour le syndicat ? Le CINOV GIAc est fortement investi aux côtés du CNB. « Nous travaillons avec toutes les instances pour essayer de faire évoluer les idées et les concepts pour pouvoir aller un peu plus loin. Nous travaillons aussi sur les évolutions réglementaires, notamment sur la loi LOM qui induit des questionnements sur les seuils vibratoires et les pics de bruit ». 

Un travail est également mené pour attirer un peu plus grand nombre de jeunes vers la branche. « Les métiers scientifiques étant, de manière générale, délaissés ». Nous y reviendrons dans un prochain article. 

Propos recueillis par Rose Colombel
Photo de une : ©Adobe Stock

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