Mousse polyuréthane projetée, comment ça marche ? Vie des sociétés | 11.07.19

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Le 10 juillet dernier, la rédaction de Batiweb a pris part à la visite d’un chantier situé à Moncheaux, près de Lille. Le projet, mené par la coopérative Nord Alliance Habitat, consiste en la construction d’une maison individuelle à l’architecture moderne. Une de ses particularités, l’isolation réalisée avec la mousse polyuréthane projetée Icynene, une solution qui présente bien des avantages. Précisions.

Créée il y a 10 ans, la coopérative Nord Alliance Habitat a fait de l’innovation son fer de lance. Basée à Billy Montigny (62), elle regroupe des entreprises artisanales locales spécialisées dans chacun des corps d’état intervenant sur un chantier de construction de maison individuelle.

 

©R.C

 

A travers ses chantiers, elle fait en sorte « d’avoir un temps d’avance ». Aucune tâche n’est sous-traitée. De ce fait, les particuliers ont pour seul interlocuteur, le conducteur de travaux. Et pour plus de confiance, chacun des intervenants est indiqué dans le CCMI.  

 

« On travaille avec un dessinateur indépendant », précise Sébastien Senez, un des gérants de la coopérative. 50 à 60 avant-projets sont réalisés chaque année. Les maisons ont une surface de 120 à 140 m2 et coûtent entre 160 000 et 170 000 €, « un beau budget pour la région qui tourne plutôt autour de 120 000 et 150 000 € ». « Chaque artisan apporte son savoir, des éléments différents ». « Il y a un vrai souci du détail », poursuit M. Senez.

 

Les maisons se veulent « au-dessus de la RT 2012 ». Les systèmes d’isolation, de chauffage et les matériaux sont choisis de façon à apporter le plus de confort possible aux utilisateurs. Un suivi sur deux ans est même proposé pour évaluer l’efficacité des dits-systèmes. Le pavillon actuellement construit à Moncheaux (59) sera équipé d’un plancher chauffant, d’une chaudière gaz à condensation, d’un chauffe-eau thermodynamique, et d’un ventilo-convecteur à l’étage.

 

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Si le choix des équipements est soigné, la coopérative insiste : « Avant de chauffer et faire de la clim’, faisons de l’enveloppe ». Pour l’isolation du sol et des murs, Nord Alliance Habitat s’est tourné vers la mousse polyuréthane projetée Icynene. « C'est la première fois que la coopérative associe l'isolation du sol et les techniques de projection murale », dévoile Manuel Debruyne, président de l’entreprise Isolastyl.

 

Cette solution assure l’étanchéité à l’air sans application de procédé complémentaire, supprime tous les ponts thermiques et présente des performances similaires aux plaques polyuréthane.

 

Deux mousses pour optimiser les résultats

 

Sur le sol, au rez-de-chaussée, la mousse expansive MD - Isolat BMS a été projetée par couches successives de 1,5 à 2 cm, pour une épaisseur finie moyenne de 6,5 cm après ponçage. Elle est appliquée de façon adhérente et uniforme sur le support. Elle fait office de chape de ravoirage pour la planéité des sols et permet ainsi de gagner en hauteur.

 

Au mur, sur une superficie de 160 m2, la mousse expansée LD – Icynene H2Foam Lite F a été appliquée sur une épaisseur moyenne de 14 cm, en une passe, après pose des menuiseries, et des ossatures métalliques. Deux techniques de mise en œuvre nous ont été présentées : par remplissage (le PU est ensuite recoupé au ras des rails) et par projection avec bouclier.

 

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Qu’en est-il du temps de refroidissement ? On va parler ici de « temps de moussage ». La prise est « quasi instantanée ». La mousse présente en effet un pouvoir d’expansion « assez incroyable ».

 

En termes de qualité de l’air intérieur, les deux mousses sont étiquetées A+ pour l’émission de Composés Organiques Volatiles (COV) et présente une résistance au feu classée E ou F. L’avantage de la mousse, c’est qu’elle est « auto-extinguible ». Icynene dit avoir travaillé au déploiement d’une solution de coating pour atteindre un Euroclasse B ou C, une sorte de peinture appliquée au pistolet airless.  

 

De l’ITI à l’ITE

 

Peut-on envisager d’isoler des bâtis par l’extérieur avec la solution Icynene ? Les Suisses ont déjà entrepris ce genre de chantier, notamment sur des chalets. Deux inconvénients sont à relever : « L’overspray est très volatil et nécessite de protéger l’environnement proche (maison, voiture) mais cela engendre un coût », explique Pierre Bautista, directeur commercial – Icynene. L’entreprise avait également mené des réflexions avec des sociétés allemandes pour enduire les mousses PU, mais l’interdiction progressive du gaz HFC (agent expansif de la gamme expansive MD, la gamme LD étant expansée à 100% en base aqueuse) a mis un terme aux recherches.

 

Gain de temps

 

Sur le chantier, l’application de mousses projetées permet de travailler « efficacement ». Une à deux journées sont nécessaires pour finaliser les murs (pavillon R+1 de 170 m2) et une journée suffit pour le sol. Comment ça marche ? Une unité de projection mobile totalement autonome est placée à proximité du terrain. Les composants du polyuréthane (polyols et isocyanate) y sont stockés dans des cuves remplies en usine. Le PU est acheminé via une tuyauterie à l’intérieur de la maison.

 

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L’« isolateur » procède alors à la projection du PU encore liquide. Quelques minutes après son application, la mousse H2Foam Lite F affiche un lambda = 0,038 W/m.K pour une masse volumique de 7 kg/m3. Isolat BMS affiche de son côté un lambda = 0,025 à 0,027 W.m.K pour une masse volumique > 35 kg/m3.

 

Autre avantage, un produit garantit 25 ans qui ne se dégrade pas, selon Sébastien Senez. En termes d’environnement, si le PU ne bénéficie pas de l’image la plus verte, « un fourgon suffit à isoler tout un bâtiment ». La mousse étant produite sur site, les émissions de CO2 dues au transport s'amoindrissent. Quant au recyclage de la mousse PU ?  La filière existe. Le PU « peut être retraité, retravaillé mais le problème c'est son transfert ». « C’est beaucoup de volume pour peu de mousse ».

 

Peut-on verdir le PU ? Pierre Bautista précise : « L’isocyanate restera la base. Il est utilisé comme un catalyseur ». Concernant le polyol, « on peut y incorporer des végétaux ». Pour la mousse à cellule fermée, il indique : « On recycle 3 000 bouteilles plastiques par fûts de polyol. On ne veut pas s'arrêter là. » « Les fiches FDES, vont synthétiser ces notions ».

 

Un secteur encore trop traditionnel

 

Malgré ses nombreux avantages, la solution a bien du mal à se démocratiser. A ce jour, 70% des chantiers réalisés par Icynene sont dans le neuf. Pour se développer, la société s’appuie sur son réseau de professionnels, un marché qui apporte « de la récurrence. Les particuliers sont plus difficiles à aller chercher ».

 

M. Bautista explique également que « le mode constructif en France est presque imposé par le lobbying et les industriels ». C’est d'ailleurs la raison pour laquelle Nord Alliance Habitat a choisi de travailler avec un dessinateur indépendant, « pour ne pas être cadenassé ». « La prise de conscience doit venir des donneurs d’ordre et notamment des architectes ».

 

Rose Colombel
Photo de une : ©R.C

 

Les mousses isolantes projetées Icynene bénéficient d’une certification QB délivrée par le CSTB. L’élaboration des fiches FDES est en cours pour l’ensemble des gammes.

 

Le chantier, qui a débuté en mars à Moncheaux, devrait être livré d’ici la fin de l’année.

 

Coût de l’isolation ? Entre 20 et 25 €/m2. Sa mise en œuvre est assurée par un « isoleur », « isolateur », « projeteur ». Il n’existe pas encore de détermination spécifique, regrette Pierre Senez qui souhaite redonner au métier, ses lettres de noblesse. Les spécialistes bénéficient d’une formation sur une semaine au sein d’un Technocentre situé dans le 77 : une journée pour appréhender le matériel, une partie théorique, sécurité, autocontrôle et certification, puis trois jours plein de pratique. L’accompagnement se poursuit bien sûr sur le terrain.

Redacteur

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