Vers une convergence des métiers pour accélérer la transition numérique du bâtiment Vie des sociétés | 05.12.19

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Les objets connectés ont-ils le vent en poupe ? Selon une récente étude dévoilée par Promotelec le 27 novembre dernier, 83% des Français « voient bien de quoi il s’agit ». Sont-ils pour autant plébiscités ? Si la maison intelligente est une réalité « qui se confirme », l’enquête indique qu’elle ne suscite pas « plus d’engouement ». La filière a pourtant un grand potentiel de croissance notamment sur les segments « sécurité » et « maintien à domicile ». Comment s’organise la profession ? Quelles sont les grandes tendances du secteur ? Le point avec François-Xavier Jeuland, Président de la Fédération Française de la Domotique.

Batiweb : La Fédération Française de la Domotique est née en 2012. Quelle a été la raison de sa mise en place ?

 

François-Xavier Jeuland : Le logement connecté, c’est la mise en commun et la convergence de tous les équipements qui doivent dialoguer les uns avec les autres au bénéfice de l’utilisateur. Mais dans le bâtiment, chacun travaille sur son lot, ce qui rend impossible la domotique et complexifie l’usage de la maison, là où il faudrait le simplifier.

 

Le 2e sujet était lié au poids des multinationales. En gros, un opérateur télécom, un grand fabricant de matériels, un spécialiste de l’énergie disait : « la domotique, c’est moi ». Mais cela n’est pas possible, pour la même raison. Il fallait les mettre autour de la table et leur permettre de se rendre à l’évidence que la domotique, ça ne peut pas être qu’eux. Ils doivent, au contraire, collaborer tous ensemble pour permettre quelque chose de satisfaisant.

 

La 3e raison, c’était l’émergence de nouveaux métiers. Pour les crédibiliser, il fallait un support, un vecteur. Et la Fédération a permis de le faire à plusieurs niveaux. Il y a d’abord du conseil. Aujourd’hui dans le bâtiment, il y a très peu d’ingénierie. On se contente souvent de faire ce qu’on a déjà fait. Nous avons donc mis en place des entreprises, bureaux d’études, consultants et même AMO, qui ont travaillé en conseil pour accompagner les maîtres d’ouvrage sur leur réflexion. Dans ce projet, a-t-on besoin d’innovations. Si oui, de quel type et avec qui ?

 

Autre métier, l’intégration. Faire converger une chaudière, un volet roulant, un éclairage, une télévision, une alarme… vers une application ou un assistant vocal, c’est quelque chose qui n’est pas encore plug & play. Et donc, il faut des (professionnels) qui viennent sur place, accompagner la mise en œuvre de ces équipements, écouter les utilisateurs, les rassurer, etc.

 

Où en est-on de cette convergence des métiers ?

 

Ce qui est positif, c’est qu’il y a une prise de conscience. La domotique est devenue désirable. Il y a 15 ans, c’était compliqué, plutôt cher voire complexe, gadget. Quand on va discuter avec quelqu’un, on va lui présenter les bénéfices de ces technologies. Si l’on passe un peu de temps à comprendre les besoins, les contraintes, l’environnement, on va avoir quelqu’un en face de nous qui va être intéressé.

 

La demande est là, l’offre est là. A travers les GAFA, les fabricants, les multinationales de tout horizon, la domotique touche une douzaine de lots dans le bâtiment. Toutes ces entreprises ont maintenant des gammes de solutions connectées. Malheureusement, il y a un déficit de compétences, de méthodes. Le bâtiment, c’est encore quelque chose d’assez empirique. On va travailler en séquentiel, un peu de façon isolée les uns des autres.

 

Le marché existe pourtant et offre de belles opportunités…

 

Il y a un marché potentiel qui pèse déjà deux milliards d’euros. Mais il pourrait être beaucoup plus important, et surtout le taux de satisfaction pourrait être bien plus important, si l’on avait ces fameux nouveaux métiers.

 

Quelles sont les tendances fortes du secteur ?

 

On est passé dans l’ère du numérique. Le premier virage a été le smartphone. Aujourd’hui, c’est l’assistant vocal. Les GAFA ont investi des milliards chacun, et ça, c’est au bénéfice des utilisateurs. Il y a 5 ans, on mettait en place des solutions de type synthèse vocal au service des personnes handicapées, mais c’était très complexe, très peu fiable, très peu satisfaisant. Grâce à ces investissements en recherche et développement, on a aujourd’hui des enceintes connectées qui permettent à tous les membres de la famille d’interagir, de piloter, c’être notifiés.

 

La tendance est également à la diversité. Avant, la domotique ne concernait que trois ou quatre lots. Aujourd’hui, c’est douze lots. Dans chacun d’eux, il y a des tendances. On voit énormément de choses dans le monde de la sécurité, de la sérénité ; des tendances liées aux serrures connectées. Du sans pile, sans fil… des tendances intéressantes qui permettent de rendre des portes et des fenêtres intelligents. A Batimat, le hall menuiserie était le plus actif sur le connecté.

 

On va aller vers des bâtiments autonomes en énergie. La maison va me redonner la main à tout moment. Par contre, ce qui est pénible, rébarbatif, parfois fastidieux, va être pris en charge pas la maison connectée.

 

Assiste-t-on à une massification du logement connecté ?

 

Les grands promoteurs affichent 100% de logements connectés soit dès à présent, soit dans les un ou deux ans qui viennent. On milite pour cela. Une solution qui va par exemple incarner le connecté, ce sont les écrans de vidéophone. Dans les logements, on a un écran. Comme il est numérique, il devient une tablette, et on va utiliser cet investissement pour y mettre tout ce qui est connecté : l’affiche des consommations, la coaching énergétique, le carnet numérique du logement, le pilotage des scénarios, l’accès aux informations, aux coordonnées des entreprises…Cet écran devient le tableau de bord du logement.

 

Le logement connecté faisait encore peur il y a quelques temps. Est-ce toujours le cas ?

 

Il y a énormément de travail à faire sur la confiance des utilisateurs. Si je dois résumer, il y a quatre niveaux. La donnée, c’est-à-dire que je n’ai pas envie que mes données soient jetées en pâture, réutilisées, revendues, etc. La RGPD, c’est quelque chose qui vous nous aider.

 

2e niveau, ce sont les objets qui doivent inspirer confiance. Là, c’est un sujet qui est plutôt international et qui est lié au fabricant. La RGPD est aussi importante parce qu’il y a une règle qui est la Privacy by Design. 3 niveau, c’est le bâti. Là on a mis en place le Ready to Services (R2S). Le référentiel simplifie le projet : je vais prévoir le minimum de services mais au fil du temps, je vais pouvoir ajouter des services sans avoir besoin de re-câbler.

 

Dernier niveau : la confiance vis-à-vis des prestataires. Je dois avoir confiance, surtout si l’on parle de serrures connectés ou d’alarme. (La Fédération a notamment défini, avec Afnor Certification, des critères pour valoriser les prestataires Smart Home de confiance). 

 

La Fédération ne défend pas le « tout connecté ». Dites-nous en plus.

 

C’est le problème marketing que les grands acteurs rencontrent. Ils ont l’habitude de vendre leurs solutions avec les mêmes arguments à tout le monde. Mais je prends une rue où il y a 100 maisons, il va y avoir 100 besoins différents. Il faut aller plus loin et c’est la logique de R2S. Une fois qu’on aura réassuré le consommateur avec quelques bases qui fonctionnent bien, on va prescrire la bonne solution au bon endroit. Le travail, c’est de trouver les moyens de personnaliser les solutions à différents environnements, à différents besoins.

 

Comment booster plus encore le marché ?

 

Par l’émergence du plug & play et le renouvellement de nos équipements traditionnels. En France, personne n’a les mêmes chaudières, les mêmes volets, les mêmes équipements… donc le plug & play ne peut pas marcher. Il peut s’adapter dans le neuf mais en rénovation, il se heurte à cette hétérogénéité de nos maisons. Donc, il va falloir du temps. Ce qui va booster, c’est le fait que les technologies s’améliorent, que le numérique se généralise. Les équipements analogiques vont disparaître petit à petit.

 

On se bat aussi pour associer la rénovation énergétique et la rénovation numérique. Le fameux tableau de bord (évoqué précédemment) va dans le sens de la rénovation car il va nous permettre, dans un logement, de savoir combien on consomme, d’avoir des conseils de sobriété énergétique… On va distribuer des milliards d’euros aux bailleurs sociaux pour rénover énergétiquement les bâtiments. Pour moi, il faut imposer de rénover aussi d’un point de vue digital tous ces logements.

 

Quelles sont les perspectives de croissance du secteur ?

 

Ça ne va pas aussi vite que l’on voudrait car il y a un choc de culture entre le bâtiment qui avance très lentement et le numérique qui avance très vite. La perspective positive, c’est de concilier les deux. Je pense que notre travail pour les prochaines années, c’est de réconcilier le Low-tech avec la High-tech. Le mot « smart » n’induit pas forcément l’intelligence, il induit quelque chose de malin. Je vais prendre l’exemple d’une gaine vide, d’une réservation, d’une attente. C’est très « smart » pour moi. Je vais pouvoir rajouter des services parce que j’ai anticipé. Il faut trouver un compromis entre Low-tech et High-tech et fait ce qu’on appelle du logement raisonné. Si l’on arrive à réassurer les consommateurs, à sensibiliser les professionnels, on aura un marché qui va effectivement devenir très positif.

 

Propos recueillis par Rose Colombel

Photo de une : ©Adobe Stock

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