Massification de la rénovation des logements, qui va la faire ? Développement durable | 09.10.20

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La semaine européenne du développement durable est un rendez-vous qui permet de faire le point sur les actions entreprises, sur les engagements tenus, ou non tenus, et sur la préparation des prochaines étapes vers une planète propre. Les logements tiennent une place importante dans le mauvais bilan de l’empreinte en GES du bâtiment. L’objectif est donc d’engager tous les acteurs à se mobiliser en faveur de logements plus vertueux. Mais qui va réellement agir ?

Semaine du développement durable

Semaine du développement durable

 

Le chiffre est connu mais il est toujours utile de le rappeler. Le bâtiment produisait 27% des émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2010(1), devant le transport. Selon des chiffres plus récents (2) mais sur un périmètre différent, le poids en émissions de GES du « résidentiel-tertiaire » serait de 20%.

Notre secteur reste donc malheureusement sur le haut du podium pour les émissions de gaz à effet de serre.

D’où proviennent ces émissions ?

 

Durant  50 ans de vie moyenne d’un bâtiment, environ 1,5 t par m2 de GES est émise. Pendant tout le cycle de vie du bâtiment, ces émissions ont trois origines.

 

  1. Les émissions directes qui sont liées à la consommation d’énergie pendant la vie du bâtiment : le chauffage, la climatisation, l’éclairage, la mobilité interne pour le tertiaire et l’industrie, les consommations domestiques pour le logement.
  2. Les émissions indirectes, qui sont liées aux consommations d’énergie qui sont produites à l’extérieur du bâtiment (électricité, fluides, etc.).
  3. Les émissions liées à la construction, à la déconstruction et à la fabrication des matériaux et équipements du bâti, une partie importante du problème sur laquelle il est difficile d’agir sans changement de paradigme.

À la lecture de cette liste, on voit bien que les bâtiments neufs ont en partie résolu l’équation depuis l’adoption des réglementations thermiques RT 2012 et future RE 2020Le secteur des matériaux du bâtiment est un domaine où d’importants progrès doivent être accomplis, mais les choses bougent. Le point noir reste celui de la "massification" de la rénovation thermique des bâtiments. 

 

La question cruciale de la rénovation des logements

 

L’exemple du logement montre que le point faible pour la maîtrise et la réduction des émissions de GES est le bâti ancien. Les quelques centaines de milliers de logements qui sont produits tous les ans ne font pas le poids face à un parc d’environ 29 millions de logements anciens, dont les performances énergétiques se situent dans le bas de l’échelle du diagnostic de performance énergétique, de D à G avec une forte proportion  de F et G, soit environ 5 millions de passoires thermiques.

 

Les différents gouvernements qui se sont succédé se sont tous fixé des objectifs de rénovations ambitieux, sans réellement y parvenir. Pourtant, depuis presque deux décennies, ils ont multiplié les dispositifs d’aide destinés aussi bien aux propriétaires individuels, qu’aux copropriétés et aux bailleurs sociaux. Seuls ces derniers ont relativement bien fait leur travail en matière d’isolation et de performance énergétique des immeubles qu’ils gèrent, car chaque organisme HLM est décisionnaire pour des centaines voire des milliers de logements. Leur seule limite est celle de leur budget, à un moment où l’État a largement ponctionné leurs réserves.

 

Rénovation thermique, un problème insoluble en habitat individuel ?

 

Le problème est tout autre pour les propriétaires de maisons individuelles ou de logements en immeuble collectifs. Les dispositifs d’aides qui se sont succédé sur cette période n’ont pas vraiment contribué à accélérer le mouvement. Les aides de l’état ont régulièrement changé de nom, de périmètre d’application, de montant en s’appuyant sur des dispositifs fiscaux qui décalaient d’un an l’aide potentielle. Ajoutez à cela des dossiers relativement complexes à monter, aussi bien pour l’artisan que pour les particuliers et l’objectif de rénovation des logements privés n’a jamais été atteint.

 

 

La création du label FAIRE va peut-être simplifier les démarches pour le particulier. Mais Jean-Christophe Repon, le nouveau président de la CAPEB, soulignait pour Batiweb le principal défaut des mécanismes d’aide et le souhait de stabilité des artisans « Arrêtons de modifier les dispositifs tous les ans et laissons les artisans agir, ce sont eux qui sont au plus près des particuliers ! »

 

Le budget de l’État, arbitre du match de la rénovation thermique ?

 

Si on accepte le postulat que sans aide gouvernementale la rénovation des bâtiments ne décollera pas, c’est au final le budget de l’état qui devient l’arbitre du match.

Les annonces du budget 2021, en partie consécutives au Plan de relance et aux engagements pris pour respecter les demandes de la Convention Citoyenne pour le Climat semblent intéressantes.

 

Le budget de l’ADEME devrait se voir allouer 1,4 Md d’euros d’engagements, contre 700 M d’euros l’année précédente. MaPrimeRenov’ est dotée de 740 M d’euros de crédits, auxquels s’ajoutent les 2 Md d’euros du plan de relance.

Rappelons que le plan de relance prévoit presque 7,5 Md d’euros au bénéfice de la rénovation énergétique des bâtiments avec 4 Md d’euros pour les bâtiments publics et 2 Md d’euros sur 2 ans pour MaPrimeRenov’.

 

L’architecte Philippe Alluin rappelait toutefois, dans les colonnes du journal Le Monde (27/09) qu’il y avait une forme de tour de passe-passe dans tous ces milliards annoncés : « Les 2 milliards sur deux ans qui sont affectés [au dispositif MaPrimeRenov’] dans le cadre du plan de relance ne sont ni plus ni moins ce que Bercy avait prévu d’affecter lors de la suppression du CITE. Et c’est moins de la moitié de ce que l’État dépensait chaque année pour soutenir la rénovation énergétique des logements, avec les 2 milliards par an du CITE, et les 800 millions de l’ANAH. »

 

Que faire pour rénover massivement les passoires thermiques ?

 

L’équation est complexe et, au-delà du constat et de la difficulté à mettre en œuvre la massification de la rénovtion thermique du parc immobilier en France, il est certain qu’il faut arriver à ce que ce sujet avance. Plusieurs pistes se dessinent.

 

La première est ébauchée par Jean-Christophe Repon. Il nous rappelle que « les artisans font très souvent le constat que les particuliers entrent dans les travaux de rénovation sur les axes du confort et de l’embellissement, plus rarement sur ceux des économies, et encore moins souvent pour la sauvegarde de la planète, malheureusement. »

 

La seconde est liée à la difficulté pour les artisans de porter les rénovations globales, comme pourtant le label RGE (Reconnu garant de l’environnement) était censé les amener à le faire. Ce n’est pas un hasard si le nombre d’entreprises disposant d’une des qualifications RGE Qualibat est passé de 62000 à 56000 entre 2018 et 2019.

Face à cela, Jean-Christophe Repon, le président de la CAPEB, défend d’ailleurs le principe d’une qualification « au coup par coup ». Elle permettrait aux artisans ne réalisant que peu de chantiers d’obtenir l’accès aux primes et CEE pour leurs clients, par un contrôle à la fin du chantier. C’est une solution auquel Qualibat n’est pas opposé, et qu’Alain Maugard, son président, évoque dans les colonnes de notre confère Le Moniteur.

 

 

Alors qui pour faire avancer la rénovation ?

 

Si tout reste en l’état, on voit bien que le menuisier continuera de ne proposer que le changement de fenêtre, le plaquiste l’isolation et le chauffagiste le changement de la chaudière. Cela peut se comprendre pour des raisons évidentes de modèle économique.

La rénovation globale, seule jugée à peu près efficace pour rapprocher les performances du bâti ancien de la la norme BBC, n’est pas près d’être mise massivement en œuvre dans le parc privé si rien n’est fait. On se souvient du « bouquet de travaux » qui n’a pas connu beaucoup de succès. Assurer que les économies d’énergie réalisées permettront d’amortir le coût d’une rénovation globale même à moyen terme est une illusion.

 

De leur côté, certains architectes commencent à se poser comme les meilleurs garants des rénovations complètes. Ils sont en effet capables de faire le diagnostic, prescrire les solutions et aider les particuliers à les faire mettre en œuvre par les artisans. Mais tant qu’ils seront considérés comme un « coût supplémentaire » aussi bien par l’artisan que par le particulier, et qu’ils ne pourront pas ou ne sauront pas proposer des solutions de financement de long terme, leur intervention restera longtemps de l’ordre du vœu pieux. Et l’image de la « maison d’archi » qui leur colle aux basques éloignera d’eux toutes celles et tous ceux dont ils sont culturellement très éloignés et qui auraient pourtant besoin de leurs conseils et de leur savoir-faire.

 

La rénovation globale, une piste pour en sortir par le haut

 

Le constat sur le passé récent est alarmant. Des millions d’euros ont été dépensés depuis des années et à la lecture de l’enquête TREMI de l’ADEME on pourrait presque penser qu’ils l’ont été en pure perte. Cette enquête montre en effet que seuls 25% des travaux entrepris (et pour la plupart bénéficiant d’aide de l’état ou étant éligibles aux CEE(3)) ont eu un impact énergétique ! Il y avait donc une sérieuse remise en cause à faire des dispositifs qui s’empilent ou se succèdent année après année.

 

 

Les nouveaux dispositifs « CEE rénovation globale » encore en préparation, combinés avec les nouveaux dispositifs pour une rénovation globale, inclus dans MaPrimeRenov’ (la sortie des passoires thermiques en bas l’échelle et le bonus BBC en haut l’échelle) permettront peut-être ce changement d’échelle indispensable.

 

Alors que les taux bancaires n’ont jamais été aussi bas (avec ou sans l’aide des éco-PTZ), qu’une immense majorité des acteurs (artisans, architectes, organismes certificateurs...) sont compétents et que l’État est prêt à faire couler une pluie d’euros, on devrait y arriver.

Les Français, même s’ils ont repris le chemin du travail en  présentiel, ont compris grâce (ou à cause) du confinement et de la crise liée à la COVID-19 que le confort de leur logement et son adaptabilité à des situations de vie diverses est fondamental.

 

 

Une AMO accessible pour les particuliers

 

Il reste à s’appuyer sur la naissance d’une véritable AMO (Assistance à Maîtrise d’Ouvrage) concentrée sur la rénovation des logements individuels pour faire décoller la rénovation du bâti résidentiel en France. Face à des dispositifs, certes intéressants pour une grande majorité des ménages, mais toujours complexes à mettre en œuvre, elle est indispensable.  D’autant plus que les rénovations globales présentent, non pas une grande complexité technique, mais un véritable enjeu quant au choix des matériaux et des équipements, de la coordination et du pilotage technique des différents corps de métier sur les chantiers.

 

Architectes, bureaux d’études, maîtres d’ouvrages, entreprises générales artisanales, allez-y et ne laissez pas des margoulins s’emparer de ce marché, le maltraiter et le détruire en quelques mois.

 

Les « rénovations globales à 1 euro » ça n’existe pas !

 

Ne parlez aux propriétaires de « bouquet de travaux » mais faites-les rêver d’un logement confortable, agréable à vivre et sobre pour la planète.

C’est maintenant possible pour une plus grande part des logements.

 

Régis Bourdot

 

Illustrations DR : Adobe Stock - Assoication BBCA pour les schémas - Ministère de la Transition Écologique et Solidaire - ADEME

 

  1. (1) Source : Conseil général du Développement durable
  2. (2) Source : Ministère de la Transition Écologique et Solidaire - Les émissions des gaz à effet de serre du secteur résidentiel
  3. (3) CEE : Certificat d’économie d’énergie, pris en charge par les énergéticiens privés, encore appelés « obligés ».

 

Redacteur

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