Podcast
ConnexionS'abonner
Fermer

Plus de 4 millions de mal-logés en France, selon la Fondation pour le logement

Partager l'article

Publié le 03 février 2026, mis à jour le 03 février 2026 à 10h09, par Raphaël Barrou


Dans son 31e rapport sur le mal-logement en France, la Fondation pour le logement des défavorisés estime que plus de 4 millions de personnes sont mal-logées. L'organisation appelle les pouvoirs politiques à faire de la lutte contre la crise du logement un des chantiers principaux, alors que se profilent les élections municipales en mars.
©Adobe Stock
©Adobe Stock

Il y a plus de 600 000 personnes hébergées chez un tiers en France, et pourtant, la Fondation pour le logement des défavorisés estime qu'ils ne sont pas assez pris en compte dans le débat politique. Pour son 31e rapport sur l'état du mal-logement en France, l'organisation s'est donc concentrée sur cette population.

« C'est un vrai sujet massif », affirme Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés. 

En effet, l'hébergement chez un tiers constitue une forme de mal-logement en raison du manque de stabilité que ce mode de fonctionnement représente souvent. « En cas d’accident ou d’expulsion, comme vous n’êtes pas sur le bail, vous n’avez pratiquement aucun droit », explique-t-il.

Une population soumise à de nombreux risques 

 

Comptent comme personnes hébergées par un tiers : des personnes de 17 à 59 ans hébergées par des personnes sans lien de parenté direct, qui n’ont pas les moyens de décohabiter ; les plus de 25 ans contraints de revenir habiter chez leurs parents ou grands-parents faute de logement autonome ainsi que les personnes de plus de 60 ans hébergées chez un tiers sans lien de parenté direct.

Sont aussi comptabilisées les personnes de plus de 25 ans qui résident encore chez leurs parents, lieu qu'ils souhaiteraient quitter, ce qu'ils ne font pas faute de moyens.

©Fondation pour le logement

La fondation identifie cinq critères qui permettent d'évaluer la situation d'une personne hébergée chez un tiers : 

  • Le lien entre l’hébergeur et l’hébergé ;
  • La durée, qui peut rendre plus ou moins supportable le manque d’intimité et de confort ;
  • La contrainte ;
  • Le prix à payer pour cet hébergement : d'après une enquête menée par le Samu social de Paris, 70 % des personnes hébergées chez un tiers doivent une contrepartie « souvent financière, ou domestique - souvent selon le genre -, ou les deux », précise Manuel Domergue. Mais les contreparties peuvent aller jusqu'à du harcèlement sexuel dans 13 % des sondés par le Samu social de Paris, et des violences sexuelles dans 8 % des cas. « Mais on ne sait pas si tout le monde met les mêmes mots sur les mêmes choses », ajoute Manuel Domergue ; 
  • La qualité du logement et plus précisément les conditions de vie que celui-ci offre à l’hébergé, notamment en matière d’intimité et d’autonomie.

En plus des personnes hébergées chez un tiers, 350 000 sont sans domicile fixe, soit plus d'un million de personnes qui ne disposent pas d'un logement personnel. Au total, plus de 4,2 millions de personnes en France sont considérées comme « mal-logées » par la Fondation (voir le tableau ci-dessus). 

Municipales, élections décisives face au mal-logement

 

En plus de ce point concernant les personnes hébergées par un tiers, le rapport insiste sur les enjeux des prochaines élections municipales, qui auront lieu en mars prochain. 

« La montée en puissance des idées de l’extrême droite dans nos villes, au Parlement ou dans les organisations gouvernementales constitue un réel danger pour les mal-logés », a estimé Christophe Robert, délégué général. « Car elles pointent du doigt des boucs émissaires qui comptent beaucoup parmi les victimes de la crise du logement : les immigrés, les gens du voyage, les habitants contraints de vivre dans des squats, des bidonvilles et les sans-abris. »

La Fondation identifie au contraire plusieurs « outils » à utiliser à l'échelle locale pour lutter contre le mal-logement. Elle milite par exemple pour l'attribution des logements sociaux sur sa commune en priorité aux personnes sans domicile, avec l'objectif d'atteindre les quotas de 25 % de logements sociaux exigés par la loi SRU.

L'organisation fustige par ailleurs « une certaine hostilité montante au modèle HLM », notamment via la proposition de loi « Choc », débattue au Sénat courant janvier, et qui prévoit un assouplissement des contraintes de la loi SRU.

Le rapport encourage également la pratique de l'encadrement des loyers. Pour l'instant, 69 communes l'ont expérimenté, avec des résultats « positifs » selon la Fondation, « et ce malgré des fraudes massives par une partie des bailleurs. »

À Paris, le dispositif aurait permis aux habitants d'économiser en moyenne 141 € par mois. « À la veille des élections municipales, il est primordial que les candidats et candidates s’engagent pour contribuer à garantir la pérennisation de l’encadrement des loyers au-delà de son terme prévu en novembre 2026 (via par exemple l’adoption de la proposition de loi Echaniz, votée en première lecture à l’Assemblée nationale le 11 décembre 2025), et dès que possible le prolonger ou l’appliquer pour la première fois dans leur collectivité. » 

Face à la précarité énergétique, qui impacte de plus en plus les ménages modestes, la Fondation critique les arrêts répétés du dispositif MaPrimeRénov' en 2025, ainsi que les concessions du gouvernement au « lobby de la filière du bâtiment ». Cette dernière a en effet obtenu que les rénovations par gestes soient exemptées de cette suspension.

Elle appelle à poursuivre les initiatives d'aides locales, telles que « Éco-rénovons Paris+, l’aide financière de l’Eurométropole de Strasbourg, ou encore celles de la ville de Lille », pour réduire le reste à charge notamment dans les copropriétés en difficulté. 

« Faire de la politique sociale du logement l’un des chantiers prioritaires »

 

Christophe Robert reconnait certains succès des plans quinquennaux « Logement d'abord ». Depuis 2018, plus de 700 000 personnes sans domicile ont ainsi accédé à un logement. La part d'HLM qui leur est attribuée a doublé (8 % des attributions) sur cette même période. 

Mais le délégué général estime « insuffisants » ces changements. Il critique notamment les politiques de ministres du Logement et de l'Intérieur successifs en faveur d'une « précarisation administrative continue des personnes exilées ».  

En 2024, près de 25 000 ménages ont été expulsés avec le concours de la force publique alors que la loi Kasbarian-Bergé « commence à produire ses effets ». En 2023, déjà année record, un peu plus de 19 000 ménages avaient été expulsés. « On entend Vincent Jeanbrun et Guillaume Kasbarian vanter ces chiffres au mépris de la violence que ces expulsions représentent », s'indigne Christophe Robert, inquiet de l'interprétation de ces chiffres par le gouvernement.  

©Fondation pour le logement

« En 2024, plus de 900 personnes sont mortes de la rue », enchaine-t-il. Ici aussi, il s'agit d'un triste record, qui a doublé en un peu plus de dix ans selon la Fondation. 

La Fondation pour le logement pointe aussi du doigt la stagnation du nombre de places d'hébergement généralistes à 203 000 places. Alors que le nombre de places pour les demandeurs d'asile a baissé, avec la suppression de plus de 6 000 places dans le budget 2025, puis 1 403 en 2026. 

Pour la production de logement non plus, le bilan n'est pas satisfaisant selon l'organisation. D'un côté, 95 000 logements sociaux neufs ont vu le jour, ce qui reste « loin des besoins des demandeurs en attente », qui sont désormais 2,9 millions. En 2010, la France produisait par exemple plus de 130 000 logements sociaux. 

De l'autre, Christophe Robert dénonce une production de logements en-dessous des 300 000 pour la troisième année consécutive, alors qu'elle estime les besoins à 400 000 annuels.

« On lance un appel aux candidats aux municipales, aux responsables politiques comme aux parlementaires de faire de la politique sociale du logement l’un des trois ou quatre chantiers prioritaires de la nation », conclut-il. 


Par Raphaël Barrou

Raphaël Barrou
Journaliste - Batiweb

Raphaël Barrou est journaliste à la rédaction de Batiweb. Passionné par le monde du bâtiment et de l’immobilier, il s’intéresse en particulier aux actualités de travaux de rénovation et à l’avenir du secteur de la construction concernant l’utilisation de l’IA et de la robotique.

Sur le même sujet

bloqueur de pub détecté sur votre navigateur

Les articles et les contenus de Batiweb sont rédigés par des journalistes et rédacteurs spécialisés. La publicité est une source de revenus essentielle pour nous permettre de vous proposer du contenu de qualité et accessible gratuitement. Merci pour votre compréhension.