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À Paris, exploration de la restauration d'une coupole en plomb

Publié le 03 novembre 2026 à 8h00, par Virginie Kroun

Reportage sur un chantier patrimonial exigeant : la restauration de la chapelle Notre-Dame de Consolation à Paris. Le monument a eu le droit une réfection profonde de sa coupole et de sa couverture en plomb.
Chantier de restauration de la coupole et de l'abside de la chapelle Notre-Dame de Consolation à Paris ©Virginie Kroun - Batiweb
Chantier de restauration de la coupole et de l'abside de la chapelle Notre-Dame de Consolation à Paris ©Virginie Kroun

Ceux qui sont déjà allés dans les Vosges connaissent probablement ses montagnes brutes et hérissées de sapins...Une image d'Épinal (sans mauvais jeu de mots), théâtre d'une histoire industrielle. En témoignent ses scieries, ses filatures et activités sidérurgiques. 

Est-ce que cette histoire résonne aujourd'hui jusqu'à la chapelle de Notre-Dame de Consolation, 23 rue Jean Goujon, dans le 8ème arrondissement de Paris ? De style Louis XVI et pétri d'influences baroques, le monument a été érigé en hommage aux 130 victimes de l'incendie de 1897 au Bazar de la Charité, événement organisé dans la même rue. 

Propriété de l'association « Les Amis du Bazar de la Charité » et occupé par des religieuses jusque dans les années 1950, la chapelle Notre-Dame de Consolation a été classée Monument Historique cette même période.

Ses colonnades et ses statues métaphoriques rappellent le drame, et sont complétées d'un escalier à double révolution et d'une coupole. C'est sur cette dernière partie que portent les travaux menés par l'entreprise vosgienne Coanus, découverts lors d'une visite organisée par le Conseil régional des Vosges. 

Six mois de travaux sur la couverture

 

« Les travaux que je conduis depuis deux ans et demi, et que j'étudie depuis beaucoup plus longtemps, consistent à restaurer le clos couvert, c'est-à-dire les couvertures », confie l'architecte Arnaud de Pemille, depuis 2014 sur le projet. 

Pour explorer ce clos-couvert, nous devons franchir le 1er étage de la chapelle parée de matériaux nobles, entre ses colonnes de granite bleu du Tarn et de marbre vert de Suisse. Sans compter ses peintures et toiles marouflées. « Il y a beaucoup de choses très intéressantes qui ont été exécutées par les meilleurs artistes de l'époque au fin du XIXe [siècle] », commente, émerveillé, M. de Pemille. 

Nous gravissons ensuite un escalier en colimaçon en pierre, puis celui métallique de l'échafaudage, pour se retrouver face à la tour Eiffel, les immeubles haussmanniens ainsi que la coupole et l'abside (quasi-)flambants neuves. 


Lorsqu'on visite le chantier à la mi-octobre, il reste deux bons mois pour finir la réfection de leurs toitures en plomb. Le chantier doit prendre six mois et comprend la recréation du squelette des ornements et la réparation des fissures sur les tables de plomb.

Entre les tables de plomb et les ornements, des approches différentes

 

« 70 % de la qualité du travail, c'est sur la qualité du support », affirme Guillaume Fernandez, directeur travaux chez Coanus, basée à Igney (Vosges). Le support doit être lisse, les arrêtes bien marquées.

Concentration d'abord sur la reprise des plâtres, « en partant de l'intérieur de deux couches croisées de briques pleines. Ensuite, il y a des couches de plâtres successives, et tous les reliefs qu'il a fallu faire en plâtre », nous décrit M. Fernandez. 

Une couche de papier anglais de double épaisseur est posée sur le plâtre avant le plomb. Ce dernier a été déposé de la coupole, refondu et coulé en Angleterre, puis restitué sous formes de rouleaux auprès des équipes de Coanus. 

©Virginie Kroun

« C'est le seul matériau qu'on peut travailler sur place, juste en chauffant un tout petit peu, pour l'attendrir », indique le directeur de travaux. « On n'est pas obligé comme le fer de l'amener au rouge et tout ça pour le travailler. Là, on vient mater le plomb, on vient le taper et on arrive à déplacer la matière où l'on veut pour pouvoir le descendre à des endroits, l'emboutir à d'autres. »

Le plomb a toutefois ses limites, d'autant plus quand il est posé sur un dôme, et cela nécessite plus de matage. «Et plus il y a de matage, plus c'est compliqué », souligne Guillaume Fernandez. Relevons aussi les risques de fluage de la matière, sous l'effet de la gravité et de la température.

D'où les systèmes de fixation en cuivre étamé « sur-mesure », évitant que la table en plomb posée ne glisse, tout en donnant du jeu en cas de dilatation de la matière. Sur ce dernier point, l'épaisseur guide la taille des tôles posées, qui ne doivent pas dépasser 3 m2 pour 3 mm d'épaisseur. 

©Virginie Kroun

Les ornements ont quant à eux été restaurés en atelier par Coanus, avec le remplacement de l'ossature métallique interne par du cuivre, afin de prévenir la dilatation et la corrosion. Comme chaque élement pèse environ 60 kg, des renforcements de la structure en bois sont ajoutés, afin d'assurer leur robustesse. 

Quid de l'étanchéité ? Les anciennes chemises de garantie en plomb ont généré des désordres, selon les équipes qui les ont remplacées par des chemises de garantie en cuivre. 

©Virginie Kroun

Le plomb étant classé CMR (cancérigène, mutagène et reprotoxique) par le Code du travail, des douches (en entrée et sortie de chantier), des pédiluves, le port de gants, des lavabos pour l'hygiène personnelle et un suivi régulier des ouvriers ont été imposés, en vertu des règles.

Une entreprise vosgienne qui rayonne

 

Le plomb, le cuivre, le zinc, l'ardoise... L'entreprise Coanus manie une diversité de matériaux. Concentrée à 80 % sur la restauration de monuments, son activité a connu un rayonnement national, des Vosges aux Antilles, mais aussi à l'international, dont au Portugal.

Elle s'est illustrée sur des chantiers d'envergure, comme la fabrication de plaques de plomb pour 50 % de la nef nord, lors de la reconstruction de Notre-Dame de Paris.

La renommée et l'expertise sur les couvertures métalliques de Coanus tiennent-elles à ses origines vosgiennes ? « Je ne sais pas si c'est l'expertise vosgienne en elle-même », pondère son directeur de travaux Guillaume Fernandez, en poursuivant : « C'est vrai qu'on a gardé dans l'entreprise un côté très terroir. Quand Coanus a commencé, c'était des petits chantiers, des petits projets. »

Ce qui a surtout joué sur la réputation de la PME, c'est le bouche-à-oreille créé par des Architectes en Chef des Monuments Historiques (ACMH), venus de leur région pour intervenir sur des chantiers patrimoniaux parisiens. « L'ACMH du Palais de l'Élysée nous a fait rentrer comme ça ! », raconte M. Fernandez. 

Arnaud de Pemille, lui, voulait travailler « depuis longtemps » avec les équipes de Coanus. Après des tentatives d'appels d'offres, l'architecte se dit « vraiment très très fier de Coanus et du chantier qu'on a fait ensemble », avec une restauration qui remédiera aux problèmes d'étanchéité sur les « 150 ans » à venir.

Mais pour les prochaines années qui arrivent, la chapelle de Notre-Dame de Consolation se prépare à la restauration des façades, des décors intérieurs (peinture, vitraux...) et du mémorial.

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Virginie Kroun
Journaliste - Batiweb

Virginie Kroun est journaliste au sein de la rédaction de Batiweb. De la presse BD durant ses études, elle atterrit en 2021 dans l’univers BTP, dont elle ne se lasse pas. Si elle couvre tous les thèmes du secteur, Virginie a ses sujets de prédilection : justice, patrimoine, prévention et matériaux biosourcés.

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