Le Collectif Rénovons dénonce une rénovation énergétique à deux vitesses

Dans un communiqué publié lundi 2 novembre, le Collectif Rénovons s’inquiète d’un report des crédits budgétaires de l’État vers les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE).
Selon l'organisation, ce changement de modèle risque de favoriser les travaux les plus simples au profit des ménages les plus solvables, au détriment des rénovations performantes pour les ménages les plus modestes.
Des crédits en hausse, mais un effort budgétaire de l’État en baisse
Certes, dans le projet de loi de finances (PLF) 2027, les crédits accordés à la rénovation énergétique augmentent, passant de 8,2 milliards d’euros en 2026 à 10,2 milliards d’euros en 2027. Toutefois, le Collectif Rénovons estime que cette augmentation « masque une transformation profonde du financement de la rénovation énergétique ».
Dans le détail, les crédits budgétaires directs de l’État reculeraient de 1,9 milliard à 1,8 milliard d'euros. Les crédits pour l’Agence nationale de l’habitat (Anah), eux, diminueraient à 873 millions d’euros, contre 961 millions en 2026 et 1,5 milliard en 2025.
Parallèlement, les financements issus des CEE bondiraient de 3,4 milliards à 5,3 milliards d’euros. Ainsi, pour la première fois, les CEE représenteraient plus de la moitié des soutiens annoncés.
« L'État affiche donc une augmentation des moyens consacrés à la rénovation énergétique, tout en réduisant son propre effort budgétaire et en faisant reposer une part croissante du financement sur les factures des consommateurs d'énergie », dénonce le collectif.
Les ménages, principaux contributeurs du financement des CEE ?
En effet, ce dernier souligne que le coût des CEE est majoritairement répercuté sur les factures des ménages par les fournisseurs d’énergie et que, de fait, les Français supportent à eux seuls près de 70 % du coût des CEE.
Par ailleurs, il précise que cette contribution ne tient absolument pas compte des revenus des ménages, mais uniquement de leur consommation d’énergie.
« Les ménages ruraux, particulièrement dépendants de leur véhicule personnel pour leurs déplacements quotidiens, se retrouvent ainsi parmi les plus gros contributeurs au dispositif, indépendamment de leur niveau de vie », regrette ainsi le collectif.
Il rappelle également la menace qui pèse sur les programmes Slime, Territoires Zéro Exclusion et Toits d’Abord, visant à lutter contre la précarité énergétique, et que le gouvernement prévoit de ne pas reconduire.
Le risque d’une rénovation énergétique à deux vitesses
Pour le collectif, ce report vers les CEE risque d’inciter les entreprises à aller vers les travaux les plus simples réalisés par des ménages plus aisés, au détriment des rénovations d’ampleur plus complexes dont auraient besoin les ménages plus modestes.
L’écueil : « construire une rénovation énergétique à deux vitesses : rapide et accessible pour les ménages disposant des moyens de financer leurs travaux, lente, coûteuse et incertaine pour ceux qui en ont le plus besoin ».
Dans ce contexte, le collectif émet six recommandations :
- Plus de transparence sur les bénéficiaires des aides à la rénovation énergétique, en publiant chaque année les revenus des bénéficiaires, leur statut d’occupation (propriétaires occupants, bailleurs ou locataires bénéficiaires indirects) et la performance énergétique initiale des logements ;
- Autre demande : flécher prioritairement les financements vers les rénovations performantes ;
- Garantir les moyens du service public de la rénovation énergétique en consolidant les financements de l’Anah et l’accompagnement des ménages ;
- Combiner de façon équilibrée les financements issus du budget de l’État et des CEE pour maximiser les impacts positifs ;
- Réinstaurer le financement de la rénovation énergétique comme dans sa version du PLF 2024, à hauteur de 4 milliards d’euros intégrés au budget de l’État. « Sur la base des barèmes MPR de 2024, porter à 9 milliards d’euros les crédits budgétaires alloués à la rénovation énergétique en les couplant à environ 5 milliards d’euros de CEE par an permettrait d’atteindre 600 000 rénovations d’ampleur par an d’ici 2030, avec une réduction des factures entre 1 000 et 2 000 euros/an pour quelques millions de ménages modestes et intermédiaires particulièrement exposés aux hausses de factures d’énergie », calcule ainsi le collectif ;
- Enfin, il demande de rendre public le coût réel des CEE pour les ménages, en détaillant leur répercussion sur les factures d’énergie, selon les niveaux de revenus et types de ménages.
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