Travaux publics : les propositions des principaux favoris à l'élection de 2027

À moins d'un an de l'élection présidentielle, cinq des formations politiques les plus importantes du pays étaient représentées lors d'un débat organisé par la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) en marge de son assemblée générale. En introduction des débats, Alain Grizaud, le président tout juste réélu pour trois ans à la tête de l'organisation par ses administrateurs, a fustigé un manque d'investissement en France malgré un niveau élevé de dépenses publiques.
« Il faut éviter le déni sur le plan de la dette, mais il y a aussi des investissements à faire », a-t-il ajouté en introduction du débat entre les cinq députés. « Il faut qu'on arrête de faire des budgets en se projetant sur seulement un an. Dans les infrastructures, il faut pouvoir se projeter sur du temps long. » Les intervenants ont ensuite déroulé leurs propositions pour relancer l'investissement, en particulier dans les travaux publics, tout en limitant l'impact sur le budget de l'État.
Des divergences sur l'investissement de l'argent public
Le député LR Philippe Juvin condamne « l'augmentation des dépenses sociales depuis une quarantaine d'années ». « Si vous augmentez en permanence vos dépenses de fonctionnement, ça se fait au détriment des dépenses d'investissement », affirme-t-il, en citant les dépenses de retraite et de santé comme les deux principales causes de l'augmentation de la dette. Une gestion qui expliquerait, selon le médecin urgentiste, que « 30 % des ponts et 20 % des routes [soient] aujourd'hui en mauvais état ».
Quant à Jean-Philippe Tanguy, le député RN pointe du doigt un taux de dépense publique et une dette « record » qui ne se traduisent pas par des investissements dans les travaux publics. « On ne met pas en face des impôts et des prélèvements obligatoires des services publics et des infrastructures qui sont au niveau de ce qui est payé. Le signal envoyé par l'État est extrêmement toxique. »
Député LFI, Éric Coquerel argumente qu'il est « absolument indispensable d'augmenter l'investissement en matière de transition écologique. » L'élu de Seine-Saint-Denis se base sur le rapport de Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz sur les incidences économiques de l'action pour le climat pour affirmer que les besoins annuels d'investissement dans ce domaine d'ici 2030 se chiffreront à 66 milliards d'euros, dont environ 34 milliards d'argent public. « Une politique d'investissement pour les routes, pour le rail, le transport ou les énergies renouvelables, c'est vous qui en serez les principaux bénéficiaires », lance-t-il ensuite aux adhérents de la FNTP.
Renaissance défend son bilan
L'ex-porte-parole du gouvernement, Prisca Thevenot, regrette le manque de collaboration des autres forces politiques pour réduire les coûts de fonctionnement de l'État. « On constate tous le fait que l'on n'investit pas assez dans l'avenir, ce qui a en plus des répercussions immédiates sur les emplois, sur la souveraineté et sur notre capacité à générer des projets d'espoir. Alors que, quand on propose des réformes pour baisser la dépense sociale, on n'est pas suivi. »
Faisant référence au climat politique tendu à l'Assemblée nationale, la députée Renaissance complète : « Quand on propose des mesures pour baisser les coûts de fonctionnement ou limiter les crédits sur des coûts de fonctionnement, non seulement on n'est pas suivi, mais on est menacé de censure. »
Pour Gérard Leseul, député socialiste, pour se donner une chance de relancer l'investissement, la priorité devrait avant tout être donnée à la formation. « Si nous voulons demain avoir une société productrice, il faut qu'il y ait de la formation. Il faut qu'il y ait un capital humain qui soit développé et qui puisse être dynamique demain en ayant des emplois qualifiés et performants. »
La dette grise : invisible mais préoccupante
Monsieur Leseul regrette aussi une « dette grise », le retard d'entretien d'un bien assurant le fonctionnement d'un service public entrainant souvent des surcoûts à long terme, dans le secteur des transports victime selon lui d'un « sous-investissement depuis de nombreuses années ».
« C'est la pire des dettes », réagit Éric Coquerel, estimant qu'au contraire de la dette financière, « la dette écologique, on ne peut pas la négocier ». « Plus on attend, plus cet investissement deviendra insupportable pour nos finances publiques », continue-t-il.
Une dette grise devenue « sport national », ironise Philippe Juvin qui alerte sur « une dette grise de 1 500 milliards d'euros », correspondant selon lui au paiement des futures retraites des actuels fonctionnaires. En réalité, lorsque l'on consulte le rapport du compte général de l'État pour 2024, on se rend compte qu'environ 878 milliards d'euros correspondent aux pensions restant à verser aux fonctionnaires déjà retraités, le reste (soit un peu moins de 700 milliards d'euros effectivement prévu pour les fonctionnaires en poste). Le député LR reprend aussi l'expression d'« enfer normatif », utilisée par Jean-Philippe Tanguy quelques instants plus tôt, et invite à plus de décentralisation.
Les normes administratives seraient en effet responsables selon le député RN du ralentissement des projets d'infrastructures. « Une part considérable de cette fameuse dette grise, elle n'est faite que de notre propre lâcheté et de notre incapacité d'aller à l'essentiel », abonde monsieur Tanguy. « Aujourd'hui, une part considérable de la matière grise française et européenne n'est pas consacrée à régler techniquement des problèmes mais à se demander comment affronter le monstre normatif et bureaucratique qui a été inventé pour nous empêcher d'avancer. »
Une « folie surnormative », renchérit à son tour Prisca Thevenot. Pour elle, la simplification administrative constitue une donnée essentielle de l'attractivité des travaux publics des prochaines années. « Si demain on dit à des jeunes qui rentrent dans des filières d'apprentissage qu'il faut aller vers ces filières pour nous aider à investir dans les infrastructures de notre pays, mais qu'en réalité ils doivent gérer des contrats, des dossiers et remplir des Cerfa, ils vont nous dire qu'ils n'en ont pas envie. »
Un excès de normes dont Gérard Leseul estime qu'il « peut éventuellement s'entendre sur des infrastructures nouvelles », mais « pas sur de la régénération d'existants ».
Le RN compte supprimer l'Ademe en cas de victoire en 2027
Pour 2027, l'élu socialiste annonce ensuite que les infrastructures de flux ferroviaires, routiers et numériques ; la souveraineté de production de médicaments ainsi que l'éducation constitueront des priorités de la campagne du candidat PS. Il note qu'une partie des Français ne se sent pas concernée par la dette car « ils n'ont pas eu l'impression d'en profiter » et affirme que la confiance se retrouvera en partie à condition de proposer davantage d'équité salariale.
Côté RN, c'est bien un recul de la participation de l'État que Jean-Philippe Tanguy veut proposer. « Il faut que l'État apprenne à revenir à sa juste place. Chaque intervention d'une strate publique ou d'un organisme ou d'une agence est autant de complexité, autant de sur-réglementation. Sur ces domaines, la priorité de l'État doit être : les routes, l'énergie, la formation professionnelle... »
Le député de la Somme annonce aussi que l'Ademe n'existerait plus en cas d'accession de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella au pouvoir en 2027. « Il n'y a pas besoin de l'Ademe et de sa technocratie pour que les entreprises décarbonent leurs moyens de production. Les entreprises privées sont très à même, si c'est rentable et si c'est nécessaire, de décarboner. »
Pour Éric Coquerel, les priorités de la candidature de Jean-Luc Mélenchon seront la gestion de l'eau, les réseaux électriques, la souveraineté numérique, le logement ainsi que le rail. L'idée défendue par La France insoumise est que le monde a « changé d'époque » depuis l'élection de Donald Trump, en passant du libre-échange aux enjeux de souveraineté, sur lesquels elle semble rejoindre la ligne de Gérard Leseul.
Des allers-retour sur le nucléaire « catastrophiques », selon Philippe Juvin
Le député de Seine-Saint-Denis s'oppose aussi clairement à monsieur Tanguy concernant l'immigration, que ce dernier voudrait contrôler plus strictement. « Si demain on enlève l'immigration dans ce pays, je pense que le choc économique, qui plus est dans le BTP, pourrait être fatal », assène Éric Coquerel. Son opposant du RN affirme au contraire que « [la France] fait entrer des gens dont la majeure partie ne travaille pas, ne veut pas travailler ou ne peut pas travailler ».
« Les allers-retours sur le nucléaire ont été catastrophiques », considère pour sa part Philippe Juvin. Face à ce qu'il décrit comme un « sacage de l'industrie » sur les dernières années, il propose de mettre l'accent sur les réseaux électriques, le numérique et les besoins d'investissement dans l'éducation. Côté dépenses publiques, l'élu LR pense qu'il faudra trouver des marges de manœuvre « en travaillant plus et plus longtemps », c'est-à-dire en décalant l'âge de départ à la retraite.
Une position partagée par Prisca Thevenot, qui milite, comme le député Juvin, pour une mise en place d'une part de capitalisation dans le système des retraites, de manière à disposer des moyens nécessaires pour investir. Elle propose également la mise en place de deux lois de programmation pluriannuelles pour piloter des opérations à long terme : une loi sur l'investissement d'infrastructures et une loi pour les finances publiques locales.
Des propositions immédiatement contestées par Gérard Leseul, qui rappelle les difficultés du gouvernement à mettre en application ces lois de programmation pour ce qui est de la loi cadre relative au développement des transports. « Le gouvernement lui-même n'est pas fichu aujourd'hui de proposer une loi de programmation », moque-t-il. Il suggère que la France se tourne davantage vers l'Europe. « Nous ne pourrons pas nous en sortir dans un développement industriel qui ne soit que national », conclut-il.
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