Mayotte : Lecornu veut un « choc de mises en chantier »

« Mayotte veut des preuves, pas de nouvelles promesses », titre Mayotte Hebdo ce jeudi 27 août 2026, à l'occasion du deuxième jour du Premier ministre Sébastien Lecornu sur l'archipel dévasté par le cyclone Chido, en décembre 2024. En préambule, le journaliste mahorais Soidiki Mohamed El Mounir se pose cette question : « pourquoi les crédits annoncés depuis des mois ne se transforment-ils toujours pas suffisamment en réalisations concrètes ? »
Promulguée en août 2025, la loi de programmation pour la refondation de Mayotte prévoit une enveloppe de 4 milliards d'euros jusqu'en 2031. Or seulement 11,7 % des crédits votés et délégués en 2026 ont été dépensés. Une partie était prévue pour reconstruire habitats et équipements ravagés.
Dans un courrier adressé aux maires lundi 24 août, celui qui a été ministre des Outre-mer de juillet 2020 à mai 2022 avait déjà déploré que « la reconstruction et le développement du territoire [soient] trop lents ». Lors de sa deuxième journée à Mayotte ce jeudi 27 août, le Premier ministre a appelé à « créer un choc de mises en chantier ». Une formulation qui rappelle le « choc de simplification » souhaité par le ministre du Logement Vincent Jeanbrun en novembre, pour redynamiser la construction de logements et endiguer la crise résidentielle en France.
« Il faut industrialiser », selon Matignon
Sébastien Lecornu estime qu'« il faut se bouger, il ne faut pas forcément bavasser tout le temps, il faut travailler », afin d'obtenir des gymnases comme celui flambant neuf qu'il arpentait à Mamoudzou, aux côtés du maire Ambdilwahedou Soumaïla.
Si le Premier ministre pense que la reconstruction des bâtiments mahorais implique une relation financière entre l'État et les collectivités, les élus locaux doivent être capables de délivrer rapidement des permis.
D'autant qu'en vertu de l'article 13 de la loi d’urgence pour Mayotte de février 2025, une reconstruction ou une réfection strictement à l’identique peut faire l’objet d’une simple déclaration en mairie. Dès que le projet comporte une adaptation ou une modification, même minime, une autorisation d’urbanisme ou une déclaration préalable est nécessaire, en fonction des travaux envisagés, comme l'explique Me Reda Kohen.
L'avocat indique également que si la délivrance des permis de construire revient au maire, le cas de Mayotte a nécessité l'attribution de nouveaux rôles. Le préfet est par exemple chargé de l’action des services de l’État mobilisés pour la reconstruction jusqu’à fin 2030, sauf l’établissement public chargé de la reconstruction peut coordonner ou conduire des opérations. Sans compter la commission d’urgence foncière, sollicitée pour les questions de propriété et de titres fonciers.
Preuve que la reconstruction de Mayotte paraît particulièrement complexe. « Il y a une maîtrise d'ouvrage désorganisée par le cyclone, des entreprises surchargées et, de manière générale, peu armées pour répondre à des marchés publics », nous décrivait déjà l'architecte Cyrille Hanappe, plus de trois mois après le drame. Et puis, il y a la question de l'habitat informel, inspiré du banga traditionnel (construction typique mahoraise). À ce sujet, M. Hanappe privilégiait à l'époque « la méthode incrémentale : on prend le bidonville parce qu'il est là, il offre une réponse sociale, foncière et architecturale à la moitié de la population ».
Sur le bâtiment en général, M. Lecornu opte pour une reconstruction plus industrialisée. « Si chacun veut son prix d'architecture, c'est plus cher et c'est 10 ans de plus. Si on prend un bon standard de construction, y compris sur les sujets environnementaux et énergétiques, et de résilience aux catastrophes climatiques, il faut industrialiser », lit-on dans des propos rapportés par nos confrères de l'AFP. Doit-on donc s'attendre à des constructions modulaires, comme soutenu par l'ACIM au lendemain du drame Chido ?
Une chose est sûre : la présence et le discours de Matignon ont été accueillis dans un climat de tensions. Le Premier ministre et sa cohorte interministérielle ont été reçus par des syndicalistes rassemblés sur la place de la République, à Mamoudzou, selon Mayotte La 1ère. L'intersyndicale mahoraise CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, FSU, Solidaires, Unsa, Snalc avait déjà appelé lundi à la grève et à la manifestation, pour réclamer la hausse des salaires sur le département le plus pauvre de France.
En visite sur le chantier d'extension du centre hospitalier de Mayotte, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a été vivement interpellée par les députées Estelle Youssouffa (Liot) et Anchya Bamana (Rassemblement national), sur le logement des soignants.
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