Baisse des CEE : le secteur de la rénovation énergétique s'alarme

Vie des sociétés | 11.02.22
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Depuis quelques semaines, le secteur de la rénovation énergétique alerte sur la baisse des Certificats d'Économies d'Énergie (CEE), qui impacte la réalisation de travaux, mais aussi les ventes d'isolants. Dans ce contexte, plusieurs associations et syndicats appellent à réhausser le niveau d'obligation pour les CEE précarité, et à stabiliser le dispositif des CEE.

Le 1er février, les membres de l'Initiative Rénovons alertaient sur la baisse des Certificats d'Économies d'Énergie (CEE), s'expliquant par la surproduction de certificats lors de la période précédente. « Ces stocks reportés sur la nouvelle période font chuter les prix car les obligés ont déjà accompli une partie conséquente de leur nouvelle obligation. Cela entraîne à terme la chute des prix et donc des primes », expliquaient-ils.

 

Principale conséquence : l'impact sur les CEE précarité, dédiés aux ménages les plus modestes, qui auraient baissé de 30 à 40 %, entraînant ainsi « une division par trois des aides allouées à ces ménages ».

 

Un coup dur pour le marché de l'isolation

 

Le 8 février, c'était au tour de l'Ecima, association regroupant les principaux fabricants de ouate de cellulose, d'alerter le ministère de la Transition écologique concernant l'impact de la baisse des CEE sur les travaux de rénovation énergétique et les ventes d'isolants, notamment pour les combles.

 

« Les ventes de capots de protection de spots encastrés, qui reflètent la tendance générale du marché sur tous les types d’isolants en combles, sont en chute de 80 % depuis le mois d’octobre par rapport à l’année précédente, tandis que le volume de ouate de cellulose s’effondre de 50 % sur la même période », s'inquiétait l'association.

 

« Il semblerait opportun de lisser davantage dans le temps la diminution des aides à l’isolation et de conserver des CEE attractifs à destination des ménages les plus précaires. Pour l'avenir, il est essentiel de gommer au mieux les effets de vagues en assurant une stabilité du dispositif des CEE (en annualisant les objectifs au sein de chaque période, par exemple) et en tenant compte de l’analyse des principales organisations professionnelles des industriels et des installateurs », demandait Emmanuel Bavouset, président de l'Ecima, dans un courrier adressé au ministère de la Transition écologique.

 

Réhausser le niveau d'obligation

 

Pour rappel, la 5ème période, qui s'étend de début 2022 à fin 2025, fixe un quota d'économies d'énergie à réaliser de 2 500 térawattheures (TWhc), soit 17 % de plus que sur la période précédente.

 

Un niveau d'obligation pourtant jugé insuffisant par Édouard Barthès, président du syndicat Symbiote, qui rappelle la proposition de l'Ademe de porter cette obligation à 3 000 térawattheures. « On a une 5ème période qui est sortie à 2 500 TWhc. C'est bien parce qu'elle a été augmenté par rapport à la 4ème période, mais on s'aperçoit que c'est beaucoup trop faible, et surtout que cela ne prend pas en compte les stocks de CEE qu'il y avait », estime-t-il.

 

« Aujourd'hui, on est dans un scénario catastrophe puisqu'on a des prix de CEE très bas et des chiffres qui ont considérablement diminué. On a des entreprises qui souffrent, qui ont une baisse d'activité drastique, et des clients qui ont un reste à charge qui augmente, donc on est dans le pire des scénarios », alerte le président du Symbiote.

 

« Il y a entre 60 et 80 % de baisse de chiffre d'affaires pour les entreprises, avec des licenciements. On est passé d'entreprises qui étaient en croissance et qui avaient une activité pléthorique, avec des clients et des carnets de commandes remplis, et du jour au lendemain à plus rien, c'est-à-dire des aides qui ont diminué, un reste à charge qui a explosé, et des entreprises qui n'ont pas eu le temps de transiter. Donc aujourd'hui on a entre 60 et 80 % de baisse au niveau des commandes, des clients et des chantiers », ajoute-t-il.

 

Pour remédier à cette situation, le syndicat propose notamment de réhausser le niveau d'obligation de 300 TWhc pour les CEE précarité sur la 5ème période, afin d'effacer l'avance prise sur la 4ème période, et ainsi faire remonter le cours des CEE, ou encore revenir à l'ancienne version des coups de pouce« Il faudrait revenir sur les anciennes versions des coups de pouce pour laisser de l'espace aux entreprises afin qu'elles puissent traverser ce coup dur, avec un minimum de valorisation qui était de 5,5 € en CEE », propose ainsi Édouard Barthès.

 

Reste à savoir si le gouvernement sera réceptif à ces alertes et propositions.

 

Propos recueillis par Claire Lemonnier

Photo de une : Adobe Stock

 

Claire.lemonnier
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