« Le bâtiment pourrait redevenir un moteur de croissance », Jacques Chanut

Vie des sociétés | 30.03.16
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La Fédération Française du Bâtiment (FFB) a confirmé la reprise d’activité dans le bâtiment, du moins en ce qui concerne la construction neuve. Malgré les incitations financières, le marché de l’entretien-amélioration n’a pas décollé. Avec 36 100 postes de travail en moins, l’emploi reste fortement touché par la crise. Pour autant, le bâtiment devrait redevenir un moteur de croissance et jouer positivement sur le PIB national cette année.
Après huit années de crise quasi-continue, l’amorce d’une reprise d’activité dans le Bâtiment semble se confirmer. Et même si elle « ne bénéficie ni à l’ensemble des territoires, ni à tous les segments de marché », la FFB table sur une hausse de + 0,9% de l’activité des entreprises du secteur en 2016, après un recul de - 3 % en 2015 et de - 4,8 % en 2014.

Le redressement concerne uniquement le logement neuf où les ventes ont connu une croissance exponentielle en 2015 et sur le début 2016. Sur douze mois cumulés, l’activité des constructeurs de maisons individuelles a augmenté de + 13 % et celle des promoteurs de + 18 %, a indiqué la fédération patronale.

Les conséquences de cette accélération ne se sont pas fait attendre, notamment en ce qui concerne le collectif. « De manière assez étonnante, l’individuel reste très en retrait dans les statistiques officielles, avec des hausses respectives limitées à 3 % et 1 % sur la même période », a souligné la FFB.

Dans le non résidentiel neuf, un retournement de situation s’est opéré. « Nous avions annoncé une baisse de - 1,5 % des mises en chantier, mais pour l’instant le résultat est bien meilleur », a déclaré Jacques Chanut, président de la fédération.

En glissement annuel sur trois mois à fin février 2016, les surfaces autorisées ont augmenté de + 9 %. Concernant les bâtiments administratifs, les résultats sont plus contrastés avec une « décrue notable depuis le début de l’année ».

Le marché de la rénovation en berne

Le marché de l’amélioration-entretien, qui a représenté 56 % de l’activité du secteur en 2015, reste « atone ». La fédération explique cette tendance par « la baisse des coûts de l’énergie, un hiver moins rude et un retour sur investissement plutôt long ».

La FFB estime qu’il y a un grand travail à faire dans ce secteur « en souffrance. Plutôt que de tenir des discours sur des obligations de travaux, qui ne feraient que bloquer les marchés, il faudrait (ndlrétendre le CITE aux résidences secondaires. Cela pourrait alors répondre à des problèmes d’activité dans des secteurs plus ruraux », a expliqué M. Chanut.

L’emploi encore touché et des entreprises qui résistent

Du côté de l’emploi, le bilan 2015 est un peu plus mauvais que prévu, a indiqué la FFB. Avec 36 100 postes de travail en moins (- 3% par rapport à 2014) contre une perte de 30 000 attendue en décembre 2015, la FFB estime que la situation ne s’améliorera qu’en 2017.

Les entreprises ont affiché une belle résistance, avec une stabilisation des défaillances en 2015, et ce malgré une dégradation notable des trésoreries et des délais de paiement toujours plus importants.

Soutenir la reprise

La FFB appelle l’ensemble de la filière à soutenir la reprise de la construction : entreprises, banques, assureurs-crédit ou encore fournisseurs.

« Les assureurs-crédit ont un rôle déterminant, notamment pour les PME. Si les lignes d’assurance-crédit sont trop faibles, les entreprises n’auront pas la capacité de se fournir chez les négociants. Par ailleurs, les fournisseurs vont devoir reprendre une partie de leur métier à savoir le risque crédit auprès de leurs propres clients », a détaillé M. Chanut.

Assurer la reprise doit également passer par le maintien « de ce qui marche » à l’image du dispositif « Pinel », du PTZ, de l’éco-prêt à taux zéro, du CITE ou encore du programme « Habiter Mieux ».

Du côté de l’emploi, la FFB a rappelé avoir signé un « accord de méthode » avec quatre organisations syndicales. L’objectif : recruter 240 000 personnes sur les trois prochaines années et 5 000 apprentis supplémentaires.

La FFB ne croit plus à la loi Travail

Bien sûr Jacques Chanut ne pouvait présenter son plan pour l’emploi sans se référer au projet de loi « Travail » auquel il « ne croit plus du tout ». Concernant l’apprentissage, « l’abandon des mesures sur la durée du travail des apprentis mineurs constitue un bien mauvais signal. Dans notre secteur, où le travail est organisé par équipe, l’apprenti a des objectifs d’intégration et doit suivre le rythme de son maître d’apprentissage ». De ce fait, limiter l’activité des apprentis à 35 heures « pose problème ».

La président de la FFB a par ailleurs rappelé que la lutte contre le travail illégal détaché se poursuivait de plus belle. « Il faut enrayer cette plaie et retrouver un modèle de concurrence loyale avec des prix compétitifs (…). Nous avons déjà la carte d’identité professionnelle pour le secteur, il faut maintenant multiplier les contrôles ».

« Je crois au salariat, aux hommes et aux femmes qui travaillent en interne et produisent. Sans cette valeur ajoutée en interne, nos entreprises vont devenir une boîte aux lettres », a-t-il ajouté évoquant « l’incroyable complexité du droit du travail » et l’absolue nécessité de prendre en compte la situation des entreprises de toutes tailles, en lissant enfin les effets de seuils.

Le bâtiment, vecteur de croissance

Si l’actuel consensus de place table sur une croissance du PIB de + 1,2 % pour la France et une baisse de - 0,4 % des flux d’investissement des ménages, les prévisions de la FFB sont tout autres.

En effet, « en retenant notre prévision de + 5,5 % pour le logement neuf, de + 1,0 % pour le gros entretien et une baisse de 0,4 % pour le solde, l’investissement des ménages flux progresserait alors de 2,5 % ». En conséquent, le PIB s’établirait à 1,4% soit 0,2 point de pourcentage de plus que le consensus de place. Pour la première fois depuis 2008, l’investissement dans le logement s’avèrerait un « accélérateur de croissance », conclut la FFB.

Rose Colombel
© R.C
Redacteur
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