« Sans plan de relance, le bâtiment court à la catastrophe » (Olivier Salleron) Vie des sociétés | 30.06.20

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Des chantiers émanent à nouveau les bruits de la construction. Même avec une production amoindrie, le bâtiment reprend, et selon les chiffres de la FFB du 29 juin, 95 % des chantiers ont désormais retrouvé une activité normale, bien que le secteur du BTP ait été lourdement impacté. Aujourd’hui, les attentes se tournent donc vers des mesures de relance, que la FFB présente à travers la voix de son nouveau président, Olivier Salleron.

Une quinzaine de jours après la prise de ses fonctions, Olivier Salleron, nouveau président de la Fédération Française du Bâtiment (FFB), est au front pour annoncer que le bâtiment, sans plan de relance immédiat, va à la « catastrophe ». L’activité reprend peu à peu, même en sous-régime, et le gouvernement, par le biais du rapporteur de la Commission des Finances, préférait attendre septembre pour lancer les premiers plans de relance. Une erreur qui pourrait être fatale pour le secteur de la construction, explique Olivier Salleron ; « Si nous devons attendre septembre pour dévoiler les plans de relances, ils ne seront votés qu’en fin d’année, et adoptés seulement pour l’année suivante ». 

 

Dans ce scénario, la FFB prévoit environ 40 % d’entreprises en redressement judiciaire ou en faillite, et entre 130 000 et 200 000 chômeurs. C’est dans ce cadre inquiétant que le nouveau président annonce un plan de relance sous le slogan « Agir maintenant pour éviter le pire ». Agir d’abord d’un seul front alors que des dizaines d’organisations ont d’ores et déjà publié leur plan de relance, la FFB se voit comme « légitime » représentant du bâtiment. C’est pourquoi elle est entrée en discussions avec le gouvernement, et tente de faire passer son plan de reprise « flash », pour une reprise rapide et un retour à l’emploi quasi-immédiat. 

 

Estimation de la reprise ©FFB

 

Revaloriser les aides à la rénovation énergétique

 

La FFB profite de cette situation exceptionnelle pour promouvoir la transition et la rénovation énergétique. Les mesures de ce plan de relance sont nombreuses à être axées sur l’environnement. La fédératon réclame notamment une augmentation des aides dans le cadre de MaPrimeRénov’ (ancien CITE), demandant qu'elles soient portées à 400€/m2. En complément de cette aide, le reste à charge pour les foyers modestes et très modestes pourrait être diminué : « Pour les travaux de rénovation, il y a un reste à charge de 10 %, donc pour des travaux estimés à 10 000 euros, il y a un reste à charge d’environ 1 000 euros. Les plus modestes ne sont donc pas intéressés par la rénovation, car pour financer le reste à charge, il faut demander un crédit ou vendre sa voiture », explique Olivier Salleron. C'est pour ces mêmes raisons financières que la FFB recommande la réintégration des 9ème et 10ème déciles dans cette nouvelle prime. La fédération demande par ailleurs la réintégration des chaudières à gaz de type THPE, et l’ouverture des aides aux résidences secondaires en zone de revitalisation rurale. 

 

Ces mesures incitatives permettraient de relancer les demandes de devis de rénovation, qui restent quasiment à l’arrêt depuis la crise liée au coronavirus et le confinement. Pour la FFB, ces aides permettraient également de lutter contre le fléau de la rénovation à 1€, « qui a posé tant de problèmes », avec notamment des malfaçons et des fraudes.

 

La FFB va encore plus loin dans son plan de relance et propose de relever l’aide Coup de pouce à la rénovation de maisons individuelles de 50€/m2 à 200€/M2. Toujours pour inciter les foyers à investir dans la rénovation, elle propose de diminuer la TVA à 5,5 % pour tous les travaux. Afin d’amener les foyers à effectuer des rénovations et ainsi solliciter des entreprises et des artisans, la FFB souhaite créer un CAE (Contrat d’Accompagnement Énergétique), un système d’accompagnement qui permettrait aux ménages de mieux visualiser les économies réalisées depuis les travauxx et montrer les améliorations pouvant être faites sur le logement.

 

Pour porter ses nouveaux objectifs (500 000 logements rénovés, et 500 0000 logements neufs par an), la FFB demande par ailleurs de rétablir le prêt à taux zéro (PTZ) à 40 % du montant de l’opération, au lieu de 20 % actuellement : « Descendre le PTZ à 20 % a été le vecteur de l’étalement urbain », une erreur que va tenter de récupérer la fédération. Olivier Salleron parle aussi de « porter la quotité à 60 % toutes zones, si atteinte d’une performance énergétique supérieure » pour les constructions RE2020, et les rénovations classées 2 sur le DPE.

 

Du côté de l’investissement locatif privé, le nouveau président souhaite remplacer la fiscalité confiscatoire et les dispositifs fiscaux par un système de droit commun général « copié sur le sytème allemand, sur ce qu’il y a de mieux » (ce qui comprend un amortissement sur le prix du bâti sur 50 ans, un amortissement des travaux sur 15 ans, une déductibilité du locatif brut des intérêts d’emprunt). Pour les constructions non résidentielles, on parle aussi de suramortissement, couplé avec une majoration d’un milliard d’euros de la DETR (Dotation d’équipement des territoires ruraux) de façon). La FFB planifie également un plan EPHAD, pour rénover les établissements de santé, et quand cela n’est pas possible, au moins climatiser l’ensemble de l’établissement. 

 

Enfin la fédération souhaite simplifier, clarifier et accélérer certaines démarches en définissant par exemple ce qui est visé dans la lutte contre l’artificialisation des sols, mais aussi réduire les délais d’instruction des permis de construire, et accélérer leur dématérialisation.

 

Le défi des surcoûts

 

Olivier Salleron a également réagit aux surcoûts liés aux mesures sanitaires, et aux mesures annoncées par le gouvernement : « Les surcoûts devaient faire diminuer les charges ou être redistribués en primes, mais demain, nous sommes le 1er juillet et on ne voit rien venir » s’est-il agacé. Ces surcoûts viennent toutefois d’être réévalués à la baisse, en dessous de 10 %, contre 15 % estimés auparavant. Mais ils inquiétent le nouveau président, qui souligne que de nombreuses entreprises dont la rentabilité avoisine les 2,5 % travaillent actuellement « à perte » à cause de ces surcoûts.

 

Bien évidemment, ces mesures à mettre en place pour sauver le bâtiment du naufrage représentent un budget important de 5 milliards d’euros par an. Mais Olivier Salleron rappelle que ce budget est moindre comparé à celui annoncé par le gouvernement (16 milliards d’euros), et précise que certaines mesures sont vouées à disparaitre dès 2021, à condition que le bâtiment se porte mieux. Ce plan de relance, prévu jusqu’en 2023, soit la fin du mandat d’Olivier Salleron, représente donc une épreuve pour celui qui vient d'être nommé président de la FFB en pleine crise.

 

Stratégie de recrutement : le nouveau président veut attirer les jeunes

 

Dans ses prévisions, la fédération prévoit de recruter 150 000 jeunes d’ici 2023, une date qui coïncide avec la compétition WorldSkills (se tenant à Lyon), un tremplin mettant en avant les talents de la construction. Sans tabou, Olivier Salleron évoque un problème de communication, provenant d’une image vieillissante du bâtiment. Au même niveau que les bâtiments, la communication doit être rénover, estime-t-il. Le secteur devrait pourtant rajeunir avec la digitalisation, le déploiement du BIM, de la 3D, et des exosquelettes.

 

Il y a maintenant trois ans, la FFB lançait le programme 15 000 bâtisseurs, qui permet aux jeunes en réinsertion dans les quartiers prioritaires de se former aux métiers du BTP. Depuis deux ans, l’objectif initial a été dépassé puisque le programme concerne désormais 21 000 jeunes. 

 

A l'occasion de sa première conférence de presse, Olivier Salleron a également évoqué l’incendie dramatique de la cathédrale Notre-Dame de Paris, comme vecteur pouvant sensibiliser les jeunes. Nombreux sont ceux qui montrent encore de l'intérêt pour les métiers en voie de disparition. 

 

Julie Baranton

Photo de une ©Arthtur Maia

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