Des entrepreneurs italiens reprennent en majorité le groupe Lapeyre

115 magasins en France, neuf sites de production, environ 2 500 collaborateurs et un chiffre d'affaires autour de 475 millions d'euros en 2026 (contre 1,2 milliard d’euros en 2006 et 681 millions d'euros de chiffre d'affaires à fin 2017)... Tels sont les chiffres clés de Lapeyre, cette enseigne centrée sur l'ameublement et l'aménagement de la maison, des menuiseries aux sanitaires.
Autrefois dans le giron du groupe Saint-Gobain, l'équipementier est cédé en 2021 pour un euro symbolique au fonds d'investissement allemand Mutares. Cinq ans après, le voilà bientôt repris en majorité par un groupe d'entrepreneurs italiens, a annoncé son actuel propriétaire le 5 octobre.
Une opération finalisée au quatrième trimestre 2026, selon Mutares
Mutares évoque dans un communiqué une « offre irrévocable », du groupement font partie des « membres de la famille propriétaires de Bricofere et de Conforama Italia ».
Sollicité par nos confrères de l'AFP, le fonds d'investissement allemand n'a pas précisé le montant de cette transaction, mais une date de finalisation de l'opération : au quatrième trimestre 2026. « Mutares conservera une participation minoritaire dans Lapeyre et continuera à contribuer au retournement de l'entreprise », souligne le fonds.
Son directeur des investissements, Johannes Laumann décrit une « nouvelle étape importante » dans la stratégie de Mutares, consistant à « recentrer davantage son portefeuille sur les secteurs de la chimie, de l'énergie, des infrastructures, de la logistique et des services ».
Une gestion par Mutares vivement critiqué par les salariés de Lapeyre
Du côté des salariés de Lapeyre, plutôt soulagement ou peur ? On sait que sa reprise par Mutares soulevait déjà des craintes, compte tenu des controverses sur les méthodes du fonds d'investissement.
Ne serait-ce que par la nature de la cession, résumée à l'époque ainsi dans un article de Mediapart (réservé aux abonnés) : « c’est le vendeur qui paie, ou plutôt qui laisse une trésorerie d’envergure [258 millions d’euros] dans la filiale dont il veut se délester ; l’acquéreur, qui n’a pas mis un sou dans l’affaire, et prétend vouloir la redresser, multiplie les licenciements et siphonne la trésorerie de l’entreprise, qui a tôt fait de se retrouver en redressement judiciaire voire en liquidation. »
En mars 2025, Mediapart dressait le bilan d'une gestion qualifiée de calamiteuse. L'enquête révèle le recours à 40 cabinets de conseil pour un montant facturé à 20 millions d'euros. Or Mutares s'était engagé à 8 millions de dépenses encaissées de 2021 à 2024. Le fonds confirme toutefois que 8 millions ont été prélevés, mais que les 12 millions restants le seront en 2025, année qui n'était pas concernée par ce plafonnement.
Autre point souligné par Mediapart : les frais de personnels de la direction générale ont représenté 15,6 % des frais de personnel totaux du siège en 2022, alors à 3,9 % en 2020. Chiffre que conteste Mutares sans préciser pourquoi et sans démentir les chiffres de 2022.
Et alors que le fonds d'investissement avait accepté de placer 171 millions d’euros dans l'appareil productif de Lapeyre, 120 millions ont été investis de 2021 à 2024. La dynamique s'est ralentie dès septembre 2023, après l'essoufflement du marché de la rénovation, argue Mutares.
Ce qui n'a pas convaincu le cabinet d’expertise comptable sollicité par le Comité social et économique (CSE) de Lapeyre. « Il n’y a jamais eu le moindre début d’un commencement de redressement sous Mutares, qui s’est contenté essentiellement d’augmenter les prix de vente au client final de plus de 30 % en deux ans, ce qui a conduit à une baisse des volumes de plus de 40 % », lit-on dans le signalement.
Avec des pertes de 7 millions d’euros mensuels, de janvier à avril 2024, Lapeyre a subi « cinq plans sociaux (...) sur les usines, sur le siège et les magasins. Onze magasins intégrés sont en cours de fermeture. Au total, l’effectif du groupe Lapeyre a été réduit de plus de 10 % en quelques mois », indique une source syndicale.
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