Construction bois et matériaux biosourcés : l’avis des architectes

Architecture | 19.07.22
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Construction bois et matériaux biosourcés : l’avis des architectes - Batiweb
Le bâtiment constitue, depuis toujours, l’un des maillons nécessaires du développement durable. Les habitudes changent et les préférences des architectes avec. Certains architectes tirent la sonnette d’alarme pour construire mieux et d’autres utilisent les matériaux biosourcés pour un rendement meilleur. Batiweb est parti à la rencontre de quelques-uns de ces architectes qui privilégient les matériaux biosourcés et géosourcés dans leurs projets.

Considérer l’ouvrage dans son ensemble, c’est l’un des objectifs de la construction ou de la rénovation des bâtiments de manière écoresponsable. 

La filière des matériaux biosourcés a été reconnue par le ministère chargé de l’Écologie comme l’une des filières vertes ayant un potentiel de développement économique élevé pour l’avenir. 


En effet, face au changement climatique, se tourner vers des matériaux biosourcés devient nécessaire. Ces derniers sont dotés d’une longue durée de vie ainsi que d’une grande capacité, pour certains, à stocker le carbone. De ce fait, dès la construction, leur impact sur le bilan carbone des édifices est indubitable. 


Tandis que certains acteurs du bâtiment commencent à introduire les matériaux biosourcés dans leurs réalisations, de nombreux architectes utilisent déjà, et depuis bien longtemps, le bois, les matériaux écoresponsables ainsi que certains procédés ancestraux dans leurs projets. 

Les architectes et le biosourcé, une histoire remontant jusqu’à plus de 20 ans 


Loïc Daubas, l’un des gérants de l’Atelier Belenfant Daubas, à Nozay, fait partie des adeptes du biosourcé. Pour l’architecte, l’utilisation des matériaux biosourcés a commencé il y a bien longtemps, dès la création de l’agence en 1998. « C’était en 2006 que nous avons conçu et réalisé le premier équipement public. Pour nous, l’utilisation des matériaux biosourcés était un engagement moral qui rendait concret nos intentions théoriques », raconte l’architecte.


Il ajoute : « Depuis la création de l’agence notre volonté consistait à utiliser des ressources pérennes ainsi que des matériaux du territoire. Après l’interdiction de l’amiante, nous étions très sensibles à la matière utilisée. Notre intention était de faire des propositions saines pour l’habitant et pour la planète ».


Pour Loïc Daubas, il faudrait faire une architecture qui vient d’une analyse des ressources qui nous entourent, le bâtiment exprimant en lui-même les divers enjeux sociétaux. L’Atelier Belenfant Daubas possède en ce moment un chantier complexe qui croise le bois, le chanvre et la terre, un exemple parfait d’une architecture qui met à contribution tous les bienfaits des matériaux biosourcés. 


L’architecte nous raconte : « Nous avions la contrainte de la hauteur. Le client voulait un espace sans poteaux. La difficulté c’était de répondre à cette prérogative en utilisant le bois. Nous avons poussé jusqu’à l’utilisation du bois en plancher. Les poutres jointives ont répondu parfaitement à la contrainte de la faible hauteur et répondent en prime aux attentes acoustiques et esthétiques ».

Projet d'extension du siège Biolait - Crédit photo : Jérôme Blin
Projet d'extension du siège Biolait - Crédit photo : Jérôme Blin

Notons par ailleurs qu’il s’agit d'un projet pour la société Biolait, première entreprise de collecte de lait bio en France, qui souhaitait posséder un siège reflétant ses valeurs. Défi que l’Atelier Belenfant Daubas avait déjà relevé dix ans auparavant, sur la même parcelle, située en zone humide. Or, aujourd’hui, le commanditaire voulait un autre bâtiment se joindre à l’ancien, sans pouvoir discerner les deux. 14 mois de chantier ont permis d’unir avec délicatesse et vigilance les deux entités. 


L’idée du chanvre et de la terre a été appréciée et même saluée par la maîtrise d’ouvrage. « Nos propositions ont été dès le départ écoutées dès qu’on a expliqué les raisons pour lesquelles on les utilisait. Surtout concernant l’impact du confort d’été. Les murs en terre ont été utilisés pour plus d’inertie mais aussi pour doter l’ensemble de plus de confort », confie Loïc Daubas. 


Croiser biosourcé et approche paysagère


Hervé Potin, co-fondateur avec Anne-Flore Guinée, de l’agence d’architecture Guinée*Potin, établie à Nantes en 2002, a souhaité, à son tour, nous livrer son témoignage. En effet, l’agence Guinée*Potin qui avait gagné en 2002 son premier concours, avec un rez-de-chaussée en béton, et un étage en charpente métallique, a depuis, radicalement changé ses habitudes. 


Hervé Potin a, au cours de son parcours professionnel, travaillé pour François Roche en 1995, pour Edouard François et Duncan Lewis de 1996 à 1998, et a été associé avec ce dernier, de 1999 jusqu’en 2002. Ces années passées aux côtés de ces architectes ayant une approche, mêlant le paysage avec l'architecture, ont nourri une sensibilité et une façon de construire spécifique.


D'autre part, les bourses qu'ils ont obtenues (Villa Médicis, Bourse EDF, Envers des Villes), et la collaboration d'Anne-Flore Guinée pour Christian Hauvette de 1995 à 1998, ont renforcé une forme de pragmatisme et de justesse, quant à l'usage des matériaux.


Hervé Potin se rappelle de la Maison du Parc, un projet qui avait un maître d’ouvrage très ambitieux. Le concours a été gagné en 2005 et utilisait déjà les matériaux connus aujourd’hui comme biosourcés et géosourcés. L’architecte nous raconte qu’il avait réussi à croiser le tufeau massif avec la toiture en ardoise et le bois de châtaignier en ossature bois. De fil en aiguille, les travaux de l’agence ont gagné en savoir-faire et aujourd’hui, l’agence Guinée*Potin est reconnue pour ses réalisations diverses utilisant les matériaux biosourcés. 


En ce moment, Guinée*Potin est en train de réaliser l’extension d’un projet emblématique de l’agence, le Centre de découverte, de culture scientifique et de recherche sur l’environnement et la biodiversité, situé La Roche-sur-Yon. 

Chantier du Centre de découverte, de culture scientifique et de recherche sur l’environnement et la biodiversité - Crédit photo : Guinée*Potin
Chantier du Centre de découverte, de culture scientifique et de recherche sur l’environnement et la biodiversité - Crédit photo : Guinée*Potin


Il s’agit d’une réalisation qui date de dix ans, mais qui reste dans l’esprit collectif comme un grand exemple à suivre. En effet, pour transformer la propriété du naturaliste Georges Durand en musée consacré aux travaux du scientifique et en centre de recherche sur la biodiversité, les architectes avaient proposé un projet hybride qui croise habilement une approche paysagère préservatrice et une architecture expressive. 


L’ensemble, réalisé en structure bois et flottant sur des poteaux en bois, est couvert d’une enveloppe en chaume et d’une toiture de chaume. Sur les pas de l’architecture qu’ils ont engendrée il y a dix ans et fidèles à leurs convictions, les architectes proposent des matériaux biosourcés et géosourcés qui continueront l’histoire.


Miser sur la mixité des matériaux


L’architecte Guillaume Ramillien, qui a fondé son agence parisienne, et l’architecte Boris Bouchet, établi à Clermont-Ferrand, nous racontent également leur expérience. Originaires de la même région et tous deux fascinés par le bâtiment durable, les architectes ont souhaité concourir ensemble. Ce n’est que récemment qu’ils ont réussi à réaliser un projet commun. 


Il s’agit du pôle éducatif d’Arras, un projet qui a été primé de nombreuses fois et qui regroupe en un seul lieu les élèves de plusieurs établissements vieillissants. Le choix du bois était évident pour le duo, qui a proposé un projet répondant aux performances exigées par la maîtrise d’ouvrage mais aussi pour générer une opération capable de tenir un calendrier très serré. 
L’édifice est entièrement en structure bois avec comme isolant la laine de bois. Cependant la vêture est en brique teintée en vert. Un choix surprenant ? Pas tellement, car selon les architectes, il s’agissait d’un geste de politesse vis-à-vis au voisinage.


N’oublions pas que la ville se caractérise par ses constructions en brique, le pôle éducatif d’Arras est un projet d’insertion urbaine plus que réussi donc. Cependant, ce qui est surprenant, cette brique en double peau dévoile à l’intérieur et sur les cours une structure entière en bois. Un peu comme un fruit qu’on épluche afin de découvrir son caractère. Le matériau biosourcé, travaillé par une entreprise établie non loin d’Arras, répond aux diverses exigences de la maîtrise d’ouvrage. Un coup de cœur pour les briques en laiton qui viennent enrichir la façade comme s’il s’agissait d’un tissu précieux, où les architectes s’étaient amusés à broder les détails. Cette coquetterie montre que le souci était d’ériger une œuvre totale.


Au sein de son agence, dont l’engagement en faveur des biosourcés et géosourcés remonte à bien longtemps, Guillaume Ramillien travaille sur d’autres projets comme le pôle de petite enfance situé à Dourdan où il met en application une structure mixte en bois et béton de chanvre. Sans compter l’immeuble parisien du Boulevard Picpus qui se caractérise par sa façade en pierre massive, qui croise elle aussi le béton de chanvre.
 

Le biosourcé, un savoir-faire qui s’installe sur les bancs de l’école

 

Par ailleurs, Loïc Daubas enseigne à l’école d’architecture de Bretagne, à Rennes. Il a aussi créé avec un autre architecte-enseignant, un ingénieur et un maçon, une formation qui forme les architectes et les enseignants des écoles d’architecture à la terre. Comment ? En leur inculquant une certaine sensibilité et affinité pour les valeurs de durabilité. 


Selon l’architecte : « Montrer les étapes initiales c’est pour bien évaluer un ouvrage. Cela créé une architecture avec beaucoup de sens ». Et quand on demande à Loïc Daubas s’il va continuer ainsi, il déclare : « L’enjeu c’est pour préparer demain. On est dans une période où on ne peut plus faire autrement, il y a des évidences et la mobilisation est nécessaire. La société est prête. Il faut être à la bonne place avec les bons matériaux. Je ne sais pas comment je construirai dans 15 ans, mais il faut se préparer à être dans l’instabilité permanente ».


Par ailleurs, Guillaume Ramilien enseigne à l’Ecole Nationale d’Architecture de Versailles où il met notamment à l’honneur les constructions en terre crue et fibres végétales en accompagnant chaque année ses élèves, ainsi que ceux de Dakar et de Casablanca, sur des chantiers ruraux au Sénégal. Soulignons aussi qu’avec Nicolas Dorval Bory, Guillaume Ramillien est, cette année, le co-commissaire de l’exposition Visible, invisible de la Biennale d’Architecture et de Paysage de Versailles également largement dédiée à ces sujets.  


De son côté Boris Bouchet est enseignant à l’Ecole Nationale d’Architecture de Clermont-Ferrand. Il confirme qu’aujourd’hui plus qu’hier, les étudiants sont intéressés par les matériaux biosourcés et géosourcés, le réemploi en architecture tout comme les thèmes de la réhabilitation et la conservation du patrimoine bâti. 


Avec son agence Boris Bouchet est très sollicité par plusieurs métropoles françaises pour la construction de logements qui utilisent les matériaux durables. L’agence possède, par ailleurs, plusieurs chantiers qui utilisent le bois, la pierre massive et la terre crue compressée, une technique qui peut avoir de l’avenir.


L’un des projets à venir sera en béton recyclé et reconstruit sur place en le combinant avec de la terre coulée, une ossature bois et des bottes de paille. Un ensemble de matériaux biosourcés qui sont devenus la spécialité de Boris Bouchet.


Propos recueillis par Sipane Hoh

Photo de Une : Adobe Stock
 

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