La massification de la rénovation énergétique, vers une transition écologique
Publié le 26 janvier 2026, mis à jour le 26 janvier 2026 à 10h15, par Sipane Hoh

En France, une grande partie du parc immobilier est constituée de bâtiments anciens, souvent mal isolés. La massification de la rénovation agit sur le bâti existant, elle le protège et le préserve tout en améliorant la sécurité, le confort et le bien-être des usagers.
La massification est souvent justifiée par la détérioration due à l’ancienneté d’un bâti mais aussi à l’évolution des besoins fonctionnels, de la mise en accessibilité PMR, de l’amélioration de la qualité de l’air intérieur. Concernant le patrimoine, les architectes mobilisent l’ensemble des leviers pour réhabiliter avec soin et rénover énergétiquement.
Divers défis
L’architecte Louis Téqui, fondateur de l’Atelier Téqui, qui a réalisé un nombre conséquent de projets de rénovation, souligne l’importance de la réhabilitation globale qui gagne de plus en plus de terrain et englobe la rénovation énergétique.
En effet, il s’agit d’une intervention qui concerne l’architecture, l’enveloppe du bâtiment, les façades, en plus des améliorations thermiques et des mises aux normes, sans omettre la pérennité des matériaux et le cycle de vie des réalisations. L’un des défis consiste, selon l’architecte, en la valorisation des métiers artisanaux et dans le fait de contrer l’industrialisation et la standardisation, car la réhabilitation globale doit être sur-mesure. Ainsi, à chaque cas sa solution et à chaque solution son mode d’application.
En appliquant la stratégie nationale bas carbone, Marie-Jeanne Jouveau, la fondatrice de Capla architecture et architecte du patrimoine, trouve essentiel de répondre aux questionnements suivants : « Combien de travaux cela représente ? Est-ce qu'on a les entreprises pour le faire ? Est-ce qu'on a la maîtrise d'œuvre pour le faire ? C'est quoi une bonne réhabilitation ? »
En effet, d’après l’architecte du patrimoine, il faudrait évaluer avant tout le bilan carbone, donc la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Marie-Jeanne Jouveau préconise le cas par cas et insiste sur le rôle de l’architecte dans la réhabilitation ainsi que dans la maîtrise d'œuvre de manière générale.
Sa manière de procéder ? « Il faut savoir s'adapter, il faut comprendre le bâtiment, valoriser ses points forts, arriver à travailler sur ses points faibles, encadrer le chantier. En réhabilitation, on fait beaucoup de chantiers parce que l'expertise de l'architecte est nécessaire. Il y a des décisions à prendre. Nous avons même en tant qu’architectes un rôle plus important pour compenser la défaillance de certaines entreprises parce qu'il va falloir réagir vite, trouver des solutions, changer des prestations. »
De même, la formation à l'existant et aux spécificités sur lesquelles il faut intervenir, constitue l’une des réponses de la neutralité carbone. Selon plusieurs professionnels que nous avons sollicités, le financement des travaux peut constituer un grand obstacle, même avec des subventions.
Certains s’inquiètent, tout comme la fondatrice de Capla architecture, de la non-disponibilité d'artisans qualifiés et formés pour réaliser les rénovations exigées. L’une des stratégies serait, selon plusieurs spécialistes, d’informer le public sur les avantages financiers et environnementaux de la rénovation. Concernant la conception et la gestion des travaux, le recours aux technologies numériques semble évident pour une partie des professionnels.

Quelques exemples de bonnes pratiques
La réhabilitation et la rénovation impactent directement les usagers. Les travaux de rénovation énergétique possèdent un potentiel significatif d'impact positif tant sur l'environnement que sur la société.
Citons par exemple la micro-densification et la réhabilitation d’une résidence pour étudiants, que l’agence d’architecture ITAR (Ingrid Taillandier) a accomplie avec une très grande dextérité. Pourtant l’opération était délicate, l’ensemble vieillissant et la parcelle difficile à aborder. Mais le résultat a été remarquable.
La réhabilitation en site occupé de 422 logements collectifs se situe dans le quartier Orgemont à Épinay-sur-Seine et a été mené pour CDC Habitat par l’architecte Atelier Téqui.
Il s’agit d’un projet très ambitieux dont la livraison est prévue en 2026. C’est un programme intéressant selon Louis Téqui, car l’ensemble a déjà été précédemment réhabilité. Ce qui a fait perdre une grande partie de l’identité du bâti, sans engendrer pour autant de grandes qualités à la fois plastiques et techniques. L’intervention permettra d’améliorer les performances thermiques de l’enveloppe, de garantir aux usagers un intérieur confortable ainsi que des parties communes aux normes sans oublier le nouveau visage en lien avec l’histoire du site.
Toujours à Épinay-sur-Seine, au sein du même quartier et pour la même maîtrise d’ouvrage, Atelier Téqui est en train de réhabiliter 347 logements collectifs qui seront livrés en 2027. Cette fois-ci, il s’agit de réalisations construites entre 1958 et 1961 qui, comme le projet précédent, ont fait l’objet d’une réhabilitation antérieure. La rénovation, encore une fois, est globale. Elle améliore les performances thermiques de l’enveloppe, le confort intérieur des logements et des parties communes.

La réhabilitation et la mise aux normes énergétiques ne s’arrêtent pas aux logements sociaux ou aux copropriétés, elles concernent également les projets tertiaires, en vertu du décret tertiaire.
Donnons par exemple la réhabilitation par Atelier Téqui, pour la RIVP, de l'hôtel d'activités situé boulevard Davout à Paris, un projet dont la livraison est prévue pour 2027. Il s’agit de l’hôtel industriel construit en 1983 par l’agence d’architecture Arte Charpentier, qui se développe sur deux étages avec différents niveaux sous plafond. Conscient de la richesse architecturale du lieu et de la diversité spatiale des divers espaces, Atelier Téqui a prévu un travail de façade dans le respect des intentions de composition du projet d’origine.
Le soubassement est marqué par un traitement en pierre autoporteuse géosourcée, issue des carrières de Massangis et Noyant, tandis que le couronnement est traité en brique rouge en écho aux immeubles HBM voisins.
Grâce à l’ajout d’une structure métallique, les fenêtres-rideaux deviennent supports de végétation en améliorant le confort d’été et créant des îlots de fraicheur. Un dispositif complété par des brises-soleil orientables. Une véritable attention est portée aux espaces extérieurs, accessibles à tous. Il s’agit d’une intervention globale comme plusieurs interventions de l’Atelier Téqui.

La réhabilitation de l’hôtel La Fantaisie 5 étoiles par Petitdidierprioux Architectesest un autre exemple d’une réhabilitation réussie. Il s’agit d’un ensemble situé en plein Paris qui a nécessité une restructuration énergétique complète qui a conservé l'essentiel de la structure. L’intervention aussi délicate que savante a été respectueuse de l'environnement. Il s’agit d’un projet exemplaire qui a reçu plusieurs distinctions, dont le prix Versailles Hôtels 2024.
Prospectives possibles
L’intégration de principes d'économie circulaire dans les projets de rénovation répond à l’engagement d'atteindre des objectifs de neutralité carbone. Soulignons par exemple l’utilisation accrue de logiciels de modélisation et d'outils d'analyse pour planifier et gérer les rénovations plus efficacement.
De même, l’intégration de technologies domotiques pour optimiser la gestion de l'énergie dans les bâtiments rénovés rend la consommation plus intelligente. Pour ce faire, le développement de programmes de formation pour les artisans afin d'accroître les compétences spécifiques en rénovation énergétique semble essentiel.
Par ailleurs, la promotion de l'utilisation de matériaux recyclés et de récupération dans les projets de rénovation contribue à la massification des travaux de rénovation énergétique. Il suffit non seulement de les encourager, mais de créer un univers approprié pour les appliquer.
Existe-t-il une alternative ?
Les travaux énergétiques sont coûteux et de longue haleine. En attendant que la totalité du territoire français adopte les gestes énergétiques, Martin Fessard, architecte HMONP, charpentier et enseignant-chercheur, étaye les problématiques de la massification de la rénovation énergétique, à travers une recherche poussée que l’on trouve dans sa thèse intitulée « Plaisirs climatiques dans les cités minières ».
L’architecte tente d’apporter plusieurs réponses pour adapter rapidement l’habitat existant non seulement sur le plan technique, mais aussi spatial.
Il ne s’agit pas d’astuces pour remplacer les travaux énergétiques du gros œuvre mais d’apporter rapidement le confort souhaité en attendant l’évaluation et la mise en application d’un chantier plus lourd en conséquence. Car les réhabilitations lourdes se heurtent à des obstacles économiques et à l’impact carbone.
La thèse de Martin Fessard se focalise sur « la rénovation légère, fondée sur la transformation croisée des techniques, des pratiques d’habiter et des spatialités ». À travers une analyse comparative d’études de cas en France et en Belgique, ainsi que des expérimentations menées dans le bassin minier du Nord–Pas-de-Calais, la recherche « explore des techniques sobres – rideaux isolants, mobilier chauffant, enduits terre-fibre – et des pratiques de confort économes – chauffer les corps et non l’air. »
L’étude interroge également l’espace ouvert, ainsi que la fragmentation de ce dernier pour rendre chacune des parties résultantes mieux adaptées au chauffage partiel.
Dans sa quête, l’architecte pose plusieurs questionnements : « Et si le confort ne reposait plus sur un chauffage de l’air normé à 19°C, mais sur des plaisirs climatiques fondés sur des espaces à la chaleur mouvante et contrastée ? Quelles économies d’énergie et quelle amélioration du confort cette approche peut-elle offrir ? Est-elle acceptable, voire désirable, pour des habitants en situation de précarité énergétique, qui pratiquent déjà la sobriété par contrainte ? Comment ces techniques et conforts hors norme remettent-ils en question le cadre normatif actuel de la rénovation ? »
Selon la thèse de Martin Fessard, la rénovation légère pourrait devenir une alternative à la massification de la rénovation énergétique dans plusieurs cas de figure.
Propos recueillis par Sipane Hoh














