Ces acteurs qui oeuvrent pour la rénovation énergétique en amont des chantiers
Publié le 26 janvier 2026, mis à jour le 26 janvier 2026 à 10h46, par Nils Buchsbaum

Face à l’urgence climatique et à la hausse durable des prix de l’énergie, la rénovation énergétique a changé de dimension ces dernières années. Il s’agit maintenant de transformer massivement le parc immobilier français. Un défi industriel, social et environnemental majeur, devenu l’un des piliers de la transition écologique.
De passoires thermiques à logements performants, la France fait face à un défi colossal. Comment massifier rapidement et efficacement la transformation de millions de logements ?
En 2024, l’État et ses partenaires ont distribué près de 3,29 milliards d’euros pour soutenir la rénovation énergétique des logements. Selon le rapport 2024 de l’Agence nationale de l’habitat (Anah), environ 340 801 rénovations ont été réalisées dans l’année, dont 91 374 travaux d’ampleur, visant à améliorer significativement la performance énergétique des habitations. Parmi elles, 43 271 logements ont gagné au moins trois classes énergétiques. Près de 249 427 rénovations plus légères, comme l’isolation partielle, ont également été effectuées.
Ces chiffres traduisent une nette progression de l’activité de rénovation, avec une hausse particulièrement marquée des travaux d’ampleur par rapport aux gestes isolés. En 2024, la rénovation énergétique représente environ 15 % de l’activité économique totale du secteur du bâtiment, selon l’Ademe, soulignant son rôle central dans la transition énergétique.
Malgré ces avancées, le rythme des rénovations reste insuffisant pour atteindre les objectifs climatiques et législatifs. La troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3), vise 250 000 rénovations d’ampleur, objectif critiqué par la Fédération française du bâtiment (FFB). Selon les dernières estimations, la France compte près de 4,2 millions de logements « passoires thermiques » (étiquettes F ou G), soit près de 14 % du parc résidentiel.
Depuis une vingtaine d’années, chercheurs, acteurs économiques, associations et institutions publiques se sont emparés de la question de la rénovation énergétique en amont des chantiers. Leurs travaux visent à identifier les solutions efficaces, à diffuser les connaissances et à définir les conditions nécessaires pour massifier ces rénovations. Mais comment ces réseaux et initiatives agissent-ils réellement en amont des travaux ? Penchons-nous sur ces dynamiques encore peu connues.
L’Ademe, chef d’orchestre de l’innovation dans le bâtiment
L’Ademe (Agence de la transition écologique), est l’opérateur de l’État chargé de soutenir l’innovation dans le bâtiment, notamment dans le cadre du plan de relance « France 2030 » doté de 54 milliards d’euros. Sa mission couvre plusieurs domaines, de la mobilité aux énergies renouvelables, en passant par la rénovation et la construction.
Un temps, l’Ademe a financé directement des projets de rénovation. Les budgets directs étant réduits depuis une dizaine d’années. Elle se concentre aujourd’hui sur l’accompagnement et le financement de relais. Son rôle reste clé pour promouvoir et structurer l’innovation afin de massifier la rénovation énergétique en France.
Dans le cadre de la stratégie « Villes durables et bâtiments innovants », l’Ademe déploie une série d’initiatives ciblées pour soutenir l’innovation dans le secteur du bâtiment.
Ces dernières années, « l’Ademe a lancé cinq à six appels à projets pour financer des acteurs privés et la recherche publique », explique Jonathan Louis, conseiller expert sur les sujets bâtiment au sein de l’Agence. « Ces programmes portent sur des thématiques variées, allant des équipements de chauffages performants, comme les pompes à chaleur, à la modernisation et à l’industrialisation de la construction bois ».
« L’innovation organisationnelle est également un axe majeur », souligne M. Louis, rappelant que la transition du bâtiment repose autant sur l’évolution des pratiques que sur les solutions techniques.
Parmi les dispositifs lancés par l’Ademe figure le programme Opérateurs Ensembliers de la Rénovation (ORENO), dont la phase d’appel à projets s’est achevée en 2024. « Il visait à développer des offres complètes et performantes de rénovation énergétique, packagées “tout en un”, à destination de l’habitat privé, qu’il s’agisse de copropriétés ou de maisons individuelles », explique Jonathan Louis.
L’enjeu était de faire émerger des solutions proposant aux ménages un interlocuteur unique, assorties d’une garantie de performance et de mécanismes de financement limitant le reste à charge. « Le dispositif devait lever les verrous techniques, organisationnels ou financiers », précise-t-il, afin de permettre aux acteurs dits « opérateurs-ensembliers » de structurer des offres globales de rénovation performante du bâti résidentiel.
Les lauréats du programme ORENO reflètent la diversité des acteurs mobilisés, allant de grands groupes comme Bouygues ou Engie à des acteurs locaux, des bureaux d’études et une grande partie des banques françaises, réunis au sein de consortiums.
Au-delà de ces dispositifs, l’Ademe conduit aussi des études internes, comme celle portant sur la performance réelle d’une centaine de pompes à chaleur. Elle prépare aussi un programme d’ampleur, mené avec le CSTB et le Cerema, destiné à évaluer sur le terrain l’efficacité réelle des certificats d’économies d’énergie, fiche par fiche, afin d’ajuster les dispositifs si les économies constatées s’écartent des objectifs fixés.
Le Réseau Bâtiment Durable et son maillage territorial
L’Ademe pilote également le Réseau Bâtiment Durable, un dispositif visant à accompagner l’ensemble des acteurs du bâtiment, des collectivités aux artisans, en passant par les entreprises, maîtres d’ouvrage publics et privés, architectes et bureaux d’études, vers des pratiques plus sobres et durables. « Les membres du réseau ont pour mission commune d’informer, soutenir et faire dialoguer les acteurs locaux de la construction, de l’immobilier, de l’urbanisme et de l’aménagement », explique Olivia Turyn, coordinatrice du réseau au sein de l’Ademe.
Composé de 24 associations principalement financées par l’agence pour environ 30 % de leur budget, le réseau « vise un maillage territorial complet, avec au moins une association référente par région », précise Olivia Turyn.
Au niveau local, les associations échangent bonnes pratiques et idées pour relever les défis du changement climatique, travailler sur la qualité de l’air, l’économie circulaire, la rénovation et l’aménagement des quartiers.
Parmi les initiatives du Réseau Bâtiment Durable figurent les démarches QBD, pour Quartier et Bâtiment Durable, lancées en 2008 en région PACA et désormais déployées dans sept régions. « C’est un outil pédagogique d'accompagnement et d'évaluation des aspects environnementaux, sociaux et économiques d'un bâtiment ou d'un quartier », expose Olivia Turyn. Les projets sont évalués selon des critères variés, allant du bioclimatisme à l'utilisation de matériaux à faible impact, en passant par les solutions passives, la consommation d'eau et d'énergie, ainsi que le confort et la santé des occupants.
Les projets certifiés obtiennent différents niveaux, bronze, argent ou or, et bénéficient d’un accompagnement spécifique pour les professionnels. Près de 1 500 projets et 15 000 professionnels ont déjà été concernés par cette démarche.
EnvirobatBDM, un relais clé de la rénovation énergétique en PACA
En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, la structure locale membre du Réseau Bâtiment Durable se nomme EnvirobatBDM. L’association compte 21 salariés répartis sur trois sites, dont des ingénieurs, architectes et thermiciens. Les missions de l’association s’articulent autour de quatre axes principaux : « Comme centre de ressources, elle crée et diffuse des outils pour les maîtres d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre, les entreprises et les institutions, assure une veille réglementaire et scientifique et met à disposition des observatoires de données sur les coûts et performances énergétiques, détaille Frédéric Corset, directeur de l’association. Nous organisons aussi des événements, comme les "Rencontres Professionnelles de la Copropriété" à Marseille, qui confrontent les pratiques locales et celles d’autres régions ».
« Notre centre de formation propose des formations certifiées Qualiopi, éligibles au CPF, principalement destinées aux maîtres d’ouvrage et à la maîtrise d’œuvre, rapporte M. Corset. On a de grosses entreprises qui viennent nous voir, plus difficilement les petites et moyennes entreprises ; nous travaillons aussi en réseau avec d'autres acteurs comme la FFB, la CAPEB et les agences locales de l'énergie. »
L’association compte environ 300 adhérents, principalement des maîtres d’ouvrage. Frédéric Corset indique que « les adhérents bénéficient de l’ensemble des prestations, y compris des formations à tarifs préférentiels, et sont motivés par une sensibilité écologique ou par la volonté de démontrer une gestion efficace de l’argent public et d’améliorer leurs pratiques ». L’adhésion reste ouverte à tous les professionnels, à l’exception des industriels, qui peuvent toutefois participer via des conventions, afin de préserver l’indépendance des labels.
Des acteurs privés sont aussi à pied d’œuvre
Des structures privées s’engagent également pour développer et massifier la rénovation énergétique. C’est le cas du Cercle Promodul/INEF 4, un fonds de dotation qui produit et diffuse des connaissances pour l’ensemble du secteur du bâtiment. Créée en 2005 sous le nom Promodul pour promouvoir le chauffage modulaire, l’association s’est progressivement diversifiée vers le confort thermique et la performance énergétique.
Devenue fonds de dotation en 2018, l'organisation élargit son champ d’action aux transitions énergétique, environnementale et numérique du bâtiment, ainsi qu’à l’adaptation au changement climatique. Elle est financée exclusivement par des partenaires privés, des industriels comme Saint-Gobain, des instituts de recherche tels que le CSTB ou Novatech, et des associations comme Promotelec ou le Club de l’amélioration de l’habitat. « Nous rassemblons des gens concurrents sur le marché mais qui, à travers nous, se mettent d'accord pour pousser les bons sujets pour l'intérêt du secteur », explique Emeline Dalgé, responsable développement au Cercle Promodul/INEF 4. « Ces structures nous envoient leurs ingénieurs pour travailler avec nous sur les sujets techniques. »
Avec un volume annuel de dons inférieur à 500 000 euros, Promodul mobilise ces ressources pour animer ses groupes de travail et produire en interne l’ensemble de ses outils. Cette production prend principalement la forme de guides et d’outils numériques en libre accès, avec une approche pédagogique de sujets techniques.
Parmi les publications, on retrouve par exemple un dossier intitulé « Les Français et la rénovation énergétique, une relation compliquée ? », un autre « Labelliser pour massifier la rénovation énergétique, une stratégie efficace » ou encore « Rénovation énergétique des quartiers : les étapes clés pour massifier, décarboner et rénover ».
Les travaux de Promodul sur la massification se sont notamment traduits par la notion de « quartier homogène ». Comme l’explique Emeline Dalgé, « l'idée du quartier homogène, c'est qu'on se dit que plus les immeubles ou les maisons se ressemblent, plus il est facile de massifier parce qu'on va avoir des économies d'échelle sur les matériaux, sur les types d'acteurs qui vont intervenir ». Une approche qui permet de dupliquer plus aisément les pratiques et les processus d’un chantier à l’autre, et d’amplifier ainsi le potentiel de rénovation énergétique.
Pourtant, malgré la montée en puissance des dispositifs et la mobilisation d’une multitude d’acteurs, la massification de la rénovation énergétique se heurte encore à des freins structurels. Olivia Turyn pointe d’abord la difficulté, pour les maîtres d’ouvrage comme pour les professionnels du bâtiment, de s’approprier des réglementations toujours plus exigeantes. « Elles demandent une grande précision dans la mise en œuvre, par exemple sur l’étanchéité à l’air, ce qui suppose davantage de formation et une meilleure maîtrise des gestes par les artisans », souligne-t-elle.
À cela s’ajoute un obstacle financier persistant : « le manque de financements empêche de nombreuses collectivités de concrétiser des projets de rénovation de qualité ». Enfin, l’instabilité des règles complique la donne. « Les changements fréquents des normes et des dispositifs, comme MaPrimeRénov’, rendent difficile l’intégration des règles et la planification à long terme », observe la coordinatrice du Réseau Bâtiment Durable.
Autant de défis qui rappellent que la réussite de la transition énergétique du bâtiment ne dépend pas seulement des moyens engagés, mais aussi de la capacité collective à stabiliser les cadres, former les acteurs et inscrire la rénovation dans une trajectoire durable et lisible.
Par Nils Buchsbaum














