Mieux financer pour massifier la rénovation énergétique
Publié le 26 janvier 2026, mis à jour le 29 janvier 2026 à 14h50, par Virginie Kroun

En 2021, la Convention citoyenne pour le climat sortait ses propositions pour améliorer les conditions de vie des Français, sur fond de crise des gilets jaunes.
Sur le volet habitat : 20 millions de logements à rénover globalement d’ici à 2030. Soit 800 000 par an. Ce qui représenterait un budget de 22 milliards d’euros par an, d’après leurs estimations. Sur le total, 15,5 milliards seront fléchés vers les passoires thermiques – F et G –, dont 11,2 milliards pour les maisons individuelles et 4,2 milliards pour les logements collectifs.
Sacraliser le budget consacré à la rénovation
Pourtant, l’Agence de l’amélioration pour l’habitat (Anah) vise en 2026 au moins 120 000 rénovations d’ampleur et 150 000 par geste. Le tout avec un budget de 3,4 milliards d'euros dédiés à la rénovation énergétique, soit une baisse de 555 millions d'euros.
Pourtant, dans un rapport, l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE) expose : « D’ici 2030, dans l’hypothèse d’un maintien du cadre réglementaire actuel, les soutiens de l’État devraient augmenter pour garantir aux ménages des travaux à la fois rentables et abordables. Le besoin de dépenses supplémentaires s’élèverait alors à 14 milliards d’euros. » Un montant englobant MaPrimeRénov’, mais aussi la TVA réduite à 5,5 % voire l’éco-prêt à taux zéro.
Peut-on donc se contenter d'un budget une nouvelle fois raboté en 2026 ? Pour Yann Danion, président des métiers du plâtre et de l’isolation à la Confédération des artisans et petites entreprises du bâtiment (CAPEB), compte tenu de la rigueur budgétaire, la stabilité du budget de l’Anah est à saluer, même si ce montant n’est pas suffisant pour répondre aux objectifs de la SNBC 3.
Autre point de vigilance de la confédération : « une alimentation complémentaire de MaPrimeRénov' par les CEE », promis par le gouvernement en octobre dernier. Or, le très attendu décret de la 6ème période des certificats d’économies d’énergies (CEE) n’est paru qu’en novembre dernier.
Cela nous amène à un autre besoin : « Un engagement budgétaire raisonnable et derrière, structurel, qui permet de donner un peu de visibilité sur deux, trois ans au moins », mentionne Loïc Chapeaux, directeur des affaires économiques de la Fédération française du bâtiment (FFB).
« Cela veut dire moins de menaces qu'il soit ratiboisé plus ou moins à chaque fois qu'il y a un projet de loi de finances. Cela permet de redonner un peu de visibilité et de confiance pour les entreprises comme les collectivités locales, aujourd'hui aussi dans une situation très compliquée lorsqu'elles ont pris la compétence de logement », abonde l'intéressé.
Même son de cloche du côté d’Acorus, entreprise employant différents corps techniques (ventilation, chauffage…) et architecturaux (façadier, peinture…). Parmi ses spécialités : la rénovation énergétique des copropriétés, souvent freinées par le coût.
Son directeur Stratégie, Matthieu Jourdan, soutient un engagement étatique sur deux à trois ans, et le fait de le sacraliser comme « une loi de programmation de la défense ». « Ce qui est presque impossible vu le contexte politique », commente-t-il. Et de souligner un autre levier : mieux articuler les périmètres entre MaPrimeRénov’, les CEE et les aides des collectivités.
D’autres pistes de financement à fouiller…
Diversifier les financements pourrait aider à massifier les travaux de rénovation énergétique.
« La rénovation d'ampleur telle qu'elle est imaginée aujourd'hui ne fonctionne pas, parce que les ménages n'y vont pas. En tout cas tous les ménages qui en auraient besoin n'y vont pas parce que soit le reste à charge est trop important, le financement est compliqué. Les travaux proposés peuvent amener à devoir libérer l'habitation pendant quelque temps et donc à trouver une location », nous détaille Yann Danion de la CAPEB.
La confédération défend le parcours de rénovation globale par geste, proposition sur laquelle elle travaille depuis deux ans. À l'été 2025, des consultations avec l'ensemble des territoires ont été lancées, permettant un consensus lors des Renodays et une réunion interministérielle en septembre 2025, avant la dissolution du gouvernement Bayrou.
« L'objectif est d'atteindre la même performance à la fin du chantier, mais par un chemin qui va être un peu plus long et qui nous semble plus réalisable. Le point de départ reste un audit énergétique du logement, suivi d'une planification des travaux », développe M. Danion.
L'idée est également soutenue par la FFB. «Il ne s'agit pas de supprimer les gestes, mais de créer une troisième voie, qui permettrait au moment où l’on sollicite une entreprise pour réaliser des travaux, de s'engager dans une rénovation globale sur quatre-cinq ans », insiste Loïc Chapeaux.
«Il y a un intérêt par rapport aux malfaçons et aux fraudes, parce qu'aller sur cinq ans, ça laisse le temps de faire les choses, de venir contrôler aussi les travaux effectués, et on éviterait beaucoup de déboires », renchérit Yann Danion.
Si Matthieu Jourdan voit l’avantage d’une trajectoire dans le temps, il craint l’absence d’un engagement ferme, car « réversible » au gré de la situation familiale voire professionnelle du ménage.
Le financement bancaire, une solution ?
« Le sujet clé, c'est le financement bancaire. Avoir plus de banques qui financent les travaux, c'est intéressant car la rentabilité d’une rénovation d’un bien est plus forte en copropriété qu’en maison individuelle », suggère-t-il. La CAPEB, quant à elle, appelle à d'« autres outils de financements innovants ayant pour vocation de financer des prêts verts, en mobilisant l’épargne des ménages ».
Depuis le 1er septembre 2024, un prêt avance rénovation est opérationnel, l’État prenant en charge les intérêts. Adressé aux ménages « modestes » voire « très modestes », ce prêt court sur les 10 premières années de l’emprunt. Il tend ainsi à financer les chantiers de rénovation énergétique d’une résidence principale, achevée depuis au moins deux ans et plus.
Le projet FiRéno+, piloté en partie par l’Ademe, identifie d’autres leviers, comme le financement participatif ou le prêt entre particuliers.
« L’implication des acteurs privés est cruciale. Il est urgent de mobiliser davantage de capitaux privés, notamment en renforçant les incitations fiscales et réglementaires, et en créant des marchés pour ces investissements », appuie l’Observatoire de l’immobilier durable (OID).
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Propos recueillis par Virginie Kroun














