L’éolien « attaqué régulièrement depuis deux mois » Développement durable | 28.02.20

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Alors que la France entame progressivement une démarche de délégation de l’énergie nucléaire au profit des énergies propres, Nicolas Wolff, le président de France Énergie Éolienne (FEE) déclare que la filière éolienne est régulièrement attaquée. Un reproche qui fait écho aux propos tenus par Elisabeth Borne sur l’énergie éolienne.

C’est un « développement anarchique », une « saturation visuelle ». L’on pourrait s’attendre à ces propos sur la propagation des éoliennes en France de la part d’un anti-écologiste, mais quidam aurait-il pu tenir ces propos ? C’est bien Elisabeth Borne, ministre de la Transition Écologique et Solidaire qui a clamé lors d’une séance au Sénat, le 18 février dernier, son mécontentement, suscitant étonnement et incompréhension.

 

Nicolas Wolffe, fier représentant de la filière éolienne tient à rappeler que « la France a besoin de l’éolien terrestre ». Les attaques régulières « depuis deux mois » que subit la filière sont pour lui des « attaques qui nous paraissent disproportionnées par rapport à la réalité du terrain ». 

 

Depuis, des échanges « constructifs » ont eu lieu entre France Énergie Éolienne (FEE) et Elisabeth Borne pour un « développement plus harmonieux de l’éolien ». Cette énergie renouvelable est aujourd’hui l'une des énergies vertes les plus utilisées, mais d’ici 2028, le mix électrique de l’éolien devrait passer de 7% à 20%. L’implantation d’éoliennes n’est donc pas une alternative, à charge de revanche pour Elisabeth Borne. 

 

Une pollution visuelle évoquée par le gouvernement 

 

Alors que la Commission des affaires économiques du Sénat interrogeait la ministre de la Transition Écologique à propos de la PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Énergie), elle réagissait sur d’autres propos tenus lors de cette même séance au Sénat « C'est vraiment un énorme sujet, je l'ai dit aux acteurs de la filière. Il y a à la fois des implantations de parcs éoliens en co-visibilité avec des monuments historiques - je ne comprends même pas comment on a pu arriver à ces situations ; on a des territoires dans lesquels on a une dispersion de petits parcs, de tailles et de formes variables, qui donnent une saturation visuelle, voire un phénomène d'encerclement autour de certains bourgs, qui est absolument insupportable."

 

À la mi-janvier, le Président de la République en personne parlait de cette gêne visuelle « de plus en plus de gens ne veulent plus voir d’éolien près de chez eux (…) il ne faut pas l’imposer d’en haut ». Le pilier blanc déplait de par ses mensurations imposantes mais aussi par le bruit qu’il produit, même à des kilomètres des habitations. Si personne ne veut de l’éolien, comment le développer ? 

 

Des encouragements et un pouvoir décisionnel contraignant 

 

Elisabeth Borne souhaitait « pour changer les règles, pour s'assurer qu'on arrive à définir des zones propices et d'autres qui ne le sont pas, qu'on ait un guichet unique par département, qu'on ait des mécanismes qui nous amènent à une répartition plus équilibrée sur le territoire ».

 

La FEE est prête à faire un pas en avant et propose de « créer des bonus pour encourager les régions moins équipées et un réseau d’accompagnement des collectivité (géré par l’État) ». Jean-Louis Bal, président du Syndicat des Énergies Renouvelables (SER) précise que les collectivités ont déjà les moyens de contrer l’installation d’éoliennes sur leurs terrains « mais beaucoup ne le savent pas ». Les maires peuvent utiliser les « schémas régionaux, les PLU… », continue-t-il. Cependant, il est « opposé à de nouveaux instruments de planification », qui viendraient certainement rendre encore plus difficile et plus lente l’installation d’éoliennes dans l’hexagone. 

 

Bien consciente que l’objectif est important et les délais pour augmenter le mix énergétique très courts, la ministre avait déclaré « on a des objectifs importants sur l'éolien, il faut qu'on fasse ce travail important sur l'acceptabilité sinon on aura du mal à les tenir. Je pense qu'on a quand même une marge de manœuvre sur laquelle on pourra peut-être jouer : c'est un peu plus d'éolien en mer et un peu moins d'éolien sur terre, étant entendu que la production d'une éolienne en mer est huit fois supérieure à celle d'une éolienne terrestre ». Sachant qu’en France, les projets sur l’éolien mettent en moyenne six ans pour aboutir (deux fois plus longtemps que la moyenne européenne), les objectifs énergétiques français seront-ils respectés à temps ? 

 

J.B (avec AFP)

Photo de une ©Adobe Stock

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