BTP : les « savoir-faire de prudence » développés par les femmes
Publié le 06 mars 2026 à 14h05, mis à jour le 06 mars 2026 à 14h12, par Nils Buchsbaum

Et si les femmes réinventaient les pratiques sur les chantiers du BTP ? C’est le titre du dossier publié dans le magazine PréventionBTP n°301 (décembre 2025 – janvier 2026). Un question qui interpelle dans un secteur où les femmes sont une minorité, 13,6 % des salariés du BTP sont des femmes, contre 8,6 % en 2000, et seulement 2,4 % dans les métiers ouvriers, selon les données 2025 de la FFB.
Pour mieux comprendre leur quotidien, l’OPPBTP a lancé une étude exploratoire visant à observer concrètement les pratiques des femmes sur les chantiers et à déterminer si elles développent des « savoir-faire de prudence », c’est-à-dire des stratégies pour se protéger et préserver leur santé. L’étude a suivi sept compagnonnes — maçonne, couvreuse, tailleuse et apprentie tailleuse de pierre, ainsi qu’une aide-poseuse canalisatrice (apprentie) — à travers des entretiens, des observations et des autoconfrontations filmées afin d'analyser leurs façons de travailler et les gestes, conscients ou non, qu’elles mobilisent au quotidien.
Des techniques spécifiques
L’enquête menée par Stéphanie Besson, responsable du domaine Profils, parcours professionnels et usure professionnelle, met en lumière les adaptations des femmes confrontées aux mêmes contraintes physiques que leurs collègues masculins. Pour compenser la différence de force, ces dernières ajustent leur manière de travailler en recourant à des outils et techniques spécifiques. « Pour manier un marteau-piqueur, elles s’appuient davantage sur la force du bassin et des jambes que sur celle des bras. Elles multiplient les astuces pour limiter les allers-retours ou positionner leurs outils afin d’éviter les torsions. Les apprenties testent, les plus chevronnées savent d’emblée quelle technique préservera leur corps », explique Stéphanie Besson à nos collègues de PréventionBTP.
Malgré certains plans de prévention, la prise en compte du « corps féminin » reste insuffisante. Éliane Lenouvel, formatrice menuisière, témoigne ainsi auprès du magazine de l’OPPBTP : « J’ai dû consulter une ostéopathe pour des douleurs liées à mon métier. Rien de grave, mais je dois mieux muscler mon périnée. J’en parle désormais à mes apprenties pour les sensibiliser au port de charges. Nos métiers comptent encore peu de femmes, il faut multiplier ces démarches. » Ces ajustements ne sont pas qu’une question de confort, mais visent à assurer la pérennité des carrières. « La force physique n’est pas une fin en soi : c’est la qualité du geste qui prime », résume Stéphanie Besson.
Ces « savoir-faire de prudence » se transmettent au sein des équipes : compagnonnage, binômes et échanges formels ou informels. « Une tailleuse de pierre partage ses astuces avec un apprenti ; ailleurs, des couvreuses expliquent comment éviter les postures contraignantes », explique Stéphanie Besson. Ces pratiques renforcent à la fois la prévention des risques et la qualité du travail. « Une seconde étude est en cours auprès d’une quinzaine de compagnonnes pour identifier ces savoir-faire et formuler des préconisations universelles aux entreprises. »
Vers une généralisation de ces pratiques ?
On apprend également que les entreprises commencent à valoriser ces pratiques, une évolution relativement récente. En 2022, par exemple, l’organisation professionnelle des Entreprises Générales de France du BTP (EGF) a publié un guide intitulé « Mixité », visant à « attirer, fidéliser et faire évoluer les femmes dans les entreprises générales en créant un environnement inclusif pour tous », grâce à des fiches pratiques.
Ces démarches font partie d’une transformation plus globale du secteur. L’hygiène sur les chantiers s’est améliorée, l’outillage moderne a permis d’alléger certaines contraintes physiques, et la mixité, intégrée dès la formation, favorise une meilleure transmission des compétences. L’entraide est également mise en avant par de nombreuses initiatives, telles que des événements organisés par des associations comme Batimix ou des réseaux d’alumni.
Face à la pénurie de main-d’œuvre qui touche le secteur et à la difficulté à séduire les femmes, le BTP a désormais un objectif clair : « Il faut montrer que ces métiers peuvent être exercés autrement, avec des gestes plus sûrs, un meilleur accompagnement des parcours et une qualité de vie au travail améliorée », affirme Stéphanie Besson. La réduction de la pénibilité devient aussi un levier stratégique pour attirer de nouveaux employés, qu’ils soient hommes ou femmes.
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