Présidence de la FFB : Christophe Possémé veut « protéger, simplifier, rassembler »
Publié le 06 mars 2026 à 14h55, mis à jour le 06 mars 2026 à 15h10, par Nils Buchsbaum

À l’occasion de l’élection à la présidence de la Fédération Française du Bâtiment (FFB) pour un mandat de trois ans, prévue le 20 mars , Batiweb a interrogé les trois candidats afin de présenter leur parcours et leurs orientations pour le secteur.
Christophe Possémé, entrepreneur rémois de 48 ans, centre sa compagne sur la protection des entreprises, la simplification administrative et le rassemblement des métiers du bâtiment, avec un fort accent sur l’innovation et les nouvelles technologies.
Pouvez-vous retracer votre parcours au sein du monde du bâtiment ?
J’ai connu tous les postes, d’ouvrier à chef d’équipe sur chantier jusqu’à dirigeant d’entreprise. J’ai commencé par un véritable « tour de France » en tant que compagnon maçon pendant sept ans, en travaillant dans l’artisanat, en PME et dans des groupes. J’ai travaillé dans le pavillon, sur de gros chantiers de béton armés, la reprise en sous-oeuvre, sur des chantiers de restauration de patrimoine en monument historique… J'ai aussi été à l'étranger. À la fin de mon tour de France, j’ai suivi une école de conducteur de travaux à Toulouse pour acquérir les bases d’encadrement. Toutes ces expériences m’ont donné une vision complète du secteur.
En 2002, je suis revenu dans l’entreprise familiale, Le Bâtiment Associé, à Reims, créée par quatre compagnons dont mon père. J’y ai été directeur de travaux, puis directeur général. En 2011, j’en ai pris la présidence.
Nous avons racheté l’entreprise en LBO [Leveraged buy-out, ou rachat avec effet de levier NDLR]. C'est un montage financier permettant le rachat d'une entreprise via une société holding, avec plusieurs cadres associés. Il a fallu rembourser ce rachat dans un contexte économique compliqué : le logement était en berne, la commande publique aussi, et les rentabilités étaient difficiles.
J'ai aussi traversé plusieurs crises sectorielles majeures. Cette expérience de terrain et de gestion m'a appris l'importance d'une gestion rigoureuse et surtout que c’est pendant les crises qu'on doit investir et c'est quand ça va bien qu'on doit se remettre en question et durcir.
Aujourd’hui, l’entreprise compte environ 200 collaborateurs pour 44 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Nous intervenons dans un rayon d’environ 200 km autour de Reims, dans les Hauts-de-France, le Grand Est et le bassin parisien, pour des marchés privés et publics, du logement, du tertiaire, de la réhabilitation lourde, des collèges, des crèches, des écoles…
Quels ont été les moments clés de votre engagement syndical ?
Je me suis engagé parce que j’ai vite compris que seul, on n’avance pas. J’ai voulu porter des idées et faire bouger les lignes au sein de notre profession. Que ce soit sur les sujets techniques, juridiques ou de lobbying politique, on est plus fort collectivement, au sein d’une fédération structurée comme la Fédération Française du Bâtiment, présente sur les territoires, au niveau régional comme national.
Je suis président de l’Union de la Maçonnerie et du Gros Œuvre depuis 2019. En 2020, j’ai intégré l’exécutif de la FFB pour présider la Commission Marchés
Nous avons travaillé sur des sujets majeurs : la gestion post-Covid, le combat sur les imprévisions avec Bercy, la circulaire sur les actualisations et révisions obligatoires dans les marchés publics, la mise à jour du CCAG Travaux, ainsi que le relèvement du seuil des marchés sans publicité de 40 000 à 100 000 euros. Cela a permis aux TPE et PME d’accéder plus facilement à la commande publique sur les territoires. Nous avons également œuvré sur la norme NF P 03-001, sujet important dans les marchés privés.
En 2022, à la demande du président Olivier Salleron, j’ai repris la présidence du CCCA-BTP. Nous avons sécurisé les réserves financières et accompagné 1 300 centres de formation dans leurs investissements innovants. J’ai également repris la présidence de Constructys [Constructys est l’opérateur de compétences (OPCO) de la construction en France, NDLR] qui accompagne les entreprises du secteur dans le financement de la formation professionnelle, les dispositifs d’alternance (apprentissage, professionnalisation) et anticipe les besoins en compétences du secteur.
Pourquoi avoir décidé de vous présenter à la présidence de la FFB, et quels sont les piliers de votre programme ?
Mon parcours, depuis plus de vingt ans au sein de la Fédération Française du Bâtiment, à tous les échelons — local, départemental, régional et national — m’a conduit à franchir cette étape. J’ai une vision à la fois métier et gestionnaire d’entreprise, et j’ai montré, à travers mes différents mandats, ma capacité à faire avancer les lignes.
Je suis optimiste, et je pense que seuls les optimistes avancent. Nous sommes à l’aube d’une mutation forte du monde de la construction, portée par l’intelligence artificielle, la numérisation et la robotisation. La fédération doit donner le cap et une ligne directrice aux chefs d’entreprise pour les années à venir.
Mon programme tient en trois verbes : protéger, simplifier, rassembler. Protéger nos entreprises face aux évolutions en cours. Cela suppose une fédération armée, structurée, avec une stratégie à moyen et long terme. Simplifier, car nos métiers sont aujourd’hui gangrenés par l’administratif. Le reporting et les justificatifs prennent de plus en plus de temps, au détriment de la productivité et de la rentabilité. Je ne dis pas qu’il ne faut pas de règles — l’acte de construire engage une responsabilité décennale — mais il faut trouver un équilibre.
Enfin, rassembler. L’acte de construire mobilise 10, 12, parfois 18 corps d’état sur un chantier. Plus nous communiquerons et parlerons la même langue entre métiers, plus nous construirons mieux, plus rapidement et dans un meilleur état d’esprit.
Le manque de main-d'œuvre est un défi majeur. Comment comptez-vous attirer les jeunes et valoriser les métiers du BTP ?
D’abord, il faut arrêter de dire que les jeunes d’hier étaient meilleurs que ceux d’aujourd’hui. Il faut arrêter de dévaloriser nos jeunes. Dans mon entreprise, j’ai 25 apprentis, et ils sont excellents.
L’essentiel, c’est l’accompagnement et le tutorat. Les jeunes doivent se sentir soutenus. Dans mon entreprise, ils voient un chef d’entreprise présent, qui leur dit bonjour le matin, qui vient leur montrer un geste quand ils ont une difficulté. Nous travaillons aussi sur l’ergonomie des chantiers et sur la qualité des conditions de travail. J’ai mis en place des masterclass. Tous les mois et demi environ, je prends mes apprentis pendant deux jours, en complément du centre de formation et du chantier, pour leur transmettre des gestes spécifiques. L’objectif est qu’au bout de deux ou quatre ans, ils soient pleinement opérationnels pour leur CAP ou leur BEP et qu’ils restent dans nos métiers. Beaucoup de confrères qui investissent dans l’accompagnement obtiennent les mêmes résultats, cela fonctionne.
Je crois beaucoup à la mobilité internationale des apprentis. Les écoles d’ingénieurs et de commerce l’intègrent dans leur parcours. J’aimerais que cela devienne obligatoire aussi pour les niveaux 3 et 4. C’est une ouverture d’esprit pour ces jeunes, souvent l’occasion de sortir de leur département ou de leur région, de se confronter à d’autres langues et à d’autres techniques. Cela peut susciter des vocations et leur permettre de revenir plus forts dans les entreprises quelques années plus tard.
Il faut aussi être fier de nos métiers. Nous ne le sommes pas assez. Nous construisons pour l’avenir, nous laissons une trace pour les générations futures. C’est une profession où l’on peut évoluer. J’ai moi-même commencé comme apprenti, et au cours d’une carrière, on peut changer de métier, évoluer, prendre des responsabilités. C’est une vraie richesse.
Enfin, il ne faut pas avoir honte de le dire : nos métiers sont bien rémunérés. Je ne parle pas seulement du chef d’entreprise, mais aussi des conducteurs de travaux, des chargés d’affaires ou des chefs de chantier. C’est un élément d’attractivité qu’il faut assumer.
La récente adoption du statut du bailleur privé a été saluée comme une avancée importante par le secteur. Quelles sont les prochaines étapes pour soutenir le secteur, notamment face aux échéances politiques de 2027 ?
Le nouveau statut du bailleur privé est une très bonne chose, mais il doit inclure la maison individuelle et surtout être sécurisé sur le long terme. Il faut arrêter les mesurettes et mettre en place des mesures qui tiennent dans le temps.
Sur le plan politique, dans la perspectives de l’élection présidentielle, la FFB doit rester neutre et capable de dialoguer avec tous les partis, y compris les extrêmes, pour défendre les intérêts de la profession. Sans ce dialogue, l’acte construit peut être démoli derrière, selon la politique générale d’un nouveau gouvernement.
La décarbonation est un impératif. Comment concilier cet objectif avec la nécessité de construire et rénover ?
Il est nécessaire de revoir le dispositif MaPrimeRénov’ et d’arrêter les marchés subventionnés qui créent des à-coups pour les entreprises. Ces dernières subissent aujourd’hui une instabilité permanente. elles ont du travail ou pas selon l’adoption du PLF ou l’existence des Accompagnateurs Rénov’.
Je crois que l'objectif 2050 de zéro carbone de nos matériaux est atteignable grâce à la R&D industrielle. Nous devons privilégier les bons matériaux au bon endroit, renforcer les filières de décarbonation et être vigilants sur le coût global de la construction pour les Français. Il faut continuer à construire pour répondre aux besoins démographiques et économiques, tout en assurant une qualité du bâti durable pour les générations futures.
Comment vous différenciez-vous des autres candidats ?
Nous partageons des visions similaires sur l'acte de construire, mais nos caractères différents et nos modes de management nous distinguent. Je me positionne avec une approche plus visionnaire, axée sur l’innovation, intégrant le scan, la robotique, et sur le développement des compétences. Mes priorités incluent également de muscler l'action de la FFB au niveau européen pour anticiper les réglementations
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