RE2020 : de futurs ajustements pour redonner de l’air aux constructeurs
Publié le 20 janvier 2026, mis à jour le 20 janvier 2026 à 16h41, par Virginie Kroun

Appliquée depuis 2022, la réglementation environnementale 2020 pour la construction neuve intègre notamment l’analyse du cycle de vie d’un bâtiment. Ce qui permet d’évaluer son impact carbone, notamment durant la phase construction.
« Cette exigence environnementale n’est pas négociable », affirme le ministre du Logement Vincent Jeanbrun, dans un communiqué daté du 20 janvier 2026. « Mais elle ne doit jamais devenir un frein pour construire les logements dont les français ont besoin », poursuit-il.
M. Jeanbrun s’appuie notamment sur un rapport de l’entrepreneur et investisseur Robin Rivaton, publié le 10 juillet dernier.
Une hausse totale des coûts estimée à +11 %
Ledit rapport fait état d’une dynamique bien engagée, avec, de mai 2024 à avril 2025, entre 15 000 et 25 000 logements collectifs sur les 220 000 autorisés, répondant déjà aux jalons 2028 de la RE2020.
Il évalue cependant des surcoûts liés à la réglementation, +2 % pour l’isolation, +3 % pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire voire +6 % pour la décarbonation. Le tout pour une hausse globale de 11 % d’ici 2035, hors effets d’apprentissage, c’est-à-dire de l’amélioration du rendement de la main-d'œuvre, force de répétition.
Les chiffres rejoignent « l’estimation de l’IFPEB de +2 % maximum jusqu’à 70 % de l’effort, les 30 % restant étant sans doute plus onéreux et +2 % en 2031. Ces chiffres sont valables dans le cadre des FDES A1 », lit-on dans le document.
En projetant à 2031 les chiffres de construction en 2024, le rapport établit que les économies carbones – attendues à 7,9 millions de tonnes – pourraient être 15 à 25 % plus faibles, « car le poids carbone de nombreux composants est gonflé ».
Des modulations sans faire sauter les jalons
Sans compter l’impact sur le confort d’usage, entre diminution des espaces extérieurs privatifs (balcons, jardins privatifs et collectifs, loggias) et de la hauteur sous plafond. Dans ses 23 propositions, Robin Rivaton suggère d’ailleurs une modulation des seuils carbone ajustés sur ces surfaces, pour « ne jamais arbitrer entre carbone et qualité d’usage ».
Une autre recommandation encourage à pérenniser, au-delà du jalon 2031, les ajustements du décret 30 décembre 2024. Publié sous la houlette de Valérie Létard, alors ministre du Logement, le texte tend à simplifier des normes dans certains univers bâtiments.
Par exemple, les exigences ont été allégées sur des logements collectifs de moins de 40 m2 comme les résidences étudiantes, dont les équipements sanitaires et de chauffage sont trop denses par rapport à leur surface.
D’autres mesures visent le bâti existant, par l’exonération des exigences de la RE2020 sur les surélévations et extensions. Condition : que les opérations inférieures à 30 % de la surface initale du bâtiment. Pareil pour les immeubles de grande hauteur, qui doivent être dispensés des prochains jalons de la réglementation.
Le confort d’été est un autre point des préconisations. « De nombreux changements semblent requis : changer le nom de cet indicateur qui n’a rien à voir avec le confort ; conserver la formule de calcul mais revoir les scénarios climatiques et le scénario d’occupation », écrit l’auteur du rapport.
Deux décrets attendus au 1er semestre 2026
Des recommandations que l’actuel ministre du Logement semble vouloir appliquer via un paquet de mesures soumises à une consultation publique. Celle-ci devra aboutir un décret et un arrêté en mars.
« Un second décret viendra, notamment pour améliorer l’indicateur de confort d’été, afin de mieux anticiper vagues de chaleur et épisodes climatiques extrêmes sur tout le territoire. Il permettra également de ré-interroger les seuils de contenu carbone de la construction en fonction des dernières données environnementales disponibles », est-il affiché dans un communiqué.
« Ces mesures donneront de l’air aux constructeurs sans diminuer les ambitions environnementales », promet le ministère.
Reste à savoir si cette bouffée d’oxygène ne sera pas étouffée par une motion de censure contre le gouvernement Lecornu II, au lendemain de l’annonce d’un 49-3 sur le budget 2026 par Matignon.
Par Virginie Kroun














