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Fissurations : « prendre le pouls d’un bâtiment » avec Feelbat

Publié le 23 mars 2023

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Depuis 2020, la société Feelbat conçoit des capteurs de fissurations ou d’inclinaisons. Des dispositifs abordables et utiles pour l’aide à la décision en cas de risque d’effondrement d’un bâtiment, causé par le retrait-gonflement des argiles ou autres catastrophes naturelles. Les détails avec Jean-Christophe Habot, fondateur et CEO de Feelbat.
Fissurations : « prendre le pouls d’un bâtiment » avec Feelbat - Batiweb

D’après un rapport gouvernemental, l’exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles (RGA) concernait 10,4 millions de maisons individuelles en 2019, soit plus de la moitié. Le RGA, provoquant de fortes fissurations sur les bâtiments, serait pour l’heure à l’origine de 20 % des arrêtés de catastrophes naturelles et 36 % des coûts d’indemnisation.

Mais si on met énormément en cause la sécheresse d’été, la sécheresse d’hiver pointe également le bout de son nez. De quoi aggraver l’assèchement des nappes phréatiques, propice au retrait-gonflement des sols argileux. « C’est un sujet qui est lourd de sens. On parle des maisons, parce que ça touche tout le monde. Mais en fait ça touche bien plus que ça », nous indique Jean-Christophe Habot, fondateur et CEO de la start-up Feelbat.

Et tant qu’ingénieur, Jean-Christophe Habot s’inquiète des potentiels risques d’effondrements que cela implique, ayant grandi dans le quartier de la rue d’Aubagne, à Marseille, où des immeubles se sont effondrés en 2018. « Quand je vois ma fille de dix ans qui arrive avec mon téléphone à mettre de la musique sur mon enceinte Bluetooth, je me dis qu’il y a quand même un gros loupé dans le domaine du BTP sur l’IoT et les moyens mis à disposition pour pouvoir suivre de simples fissures », nous confie-t-il.

Une technologie de plug-and-play pour surveiller les risques de fissuration

 

C’est donc dans l’idée d’instrumenter facilement les ouvrages en solutions de surveillance, que Feelbat naît en 2020. Basée à La Réunion, la société produit en métropole - à proximité de Montpellier et de Saint-Étienne - des capteurs, dont un de fissurations.

Appelée Delta L+, la solution miniaturise et intrique des technologies (plug-and-play, cloud…), faisant appel à des réseaux radio LT-1 et de communication à distance. « Tout ça dans un seul boitier, sans câble, autonome, avec une pile et une batterie et un sytème enregistrant pour pouvoir le rendre facile d’usage », précise Jean-Christophe Habot. Des seuils - bas et haut - peuvent être fixés afin de programmer des messages d’alerte pour l’utilisateur, par le biais d’une puce qui active le capteur (pour 99 euros HT).

Mesurant 9 centimètres, le capteur se « fixe de part et d’autres de la fissure. Vous avez une fissure qui est déjà en place, vous arrivez à faire un trou ou un collage à droite et à gauche de la fissure concernée, vous allez poser le boîtier dessus. Et à partir de là, il va suivre les fluctuations de cette fissure-là », nous expose Jean-Christophe Habot. 

Le Delta L+ s’adresse aux experts en assurance, assurés, bureaux d’études, voire aux particuliers et collectivités, non seulement par sa facilité d’utilisation, mais également son prix.

Un outil de décision pour la santé des constructions

 

Coûtant 299 euros HT, le capteur tend à être un outil abordable d’aide à la décision, en particulier pour les acteurs locaux. Ces derniers ont en effet un rôle à jouer dans la surveillance des risques naturels, que ce soit pour les logements, les bâtiments tertiaires, les monuments historiques, mais également le patrimoine naturel. Pour preuve, le capteur de Feelbat est aussi posé sur des fronts rocheux, comme le pic du Midi. 

Pour le fondateur de Feelbat, le Delta L+ contribue à la solidité et la santé d’une construction. « Nous, on suit notre température, on suit notre rythme cardiaque, on suit notre pouls pour voir s’il y a des évolution ou pas. À partir de là on prend des mesures en adéquation. Le bâtiment c’est exactement pareil.  On mesure le pouls du bâtiment quelque part. Après, c’est aux experts de jouer le rôle de médecin et de préconiser les bonnes solutions. Et aux entreprises de gros-oeuvre, les chirurgiens, d’agir », compare-t-il.

Agir en évacuant un immeuble menacé ou en ordonnant des travaux de renforcement. Mais n’est-il pas trop tard de poser un tel dispositif dès l’apparition des fissures ? « Pas du tout, si vous avez une fissure, c’est que vous avez un mouvement. Mais après ça ne veut pas pas dire que le mouvement va progresser. Ça veut dire simplement qu’il y a une faiblesse ou une libération des efforts. Mais ça ne veut pas dire qu’il faut tout réparer, tout renforcer, ou s’en alerter », nous répond Jean-Christophe Habot. 

De quoi renforcer la sensibilisation envers les professionnels concernés, notamment du bâtiment. « Combien d’entreprises de maçonnerie vont reboucher la fissure, refaire un ravalement de façade ? Cela va encore microfissurer. Demain cela a repris 2 centimètres, on rebouche, et on refait un ravalement, et à la fin le bâtiment a repris trois, quatre, cinq centimètres de fissure depuis 10 ans. Sauf qu’au bout d’un moment, votre bâti est déstabilisé », développe le fondateur de Feelbat. 

« Après, on a des experts qui, grâce à ces solutions-là, au lieu de renforcer avec des méthodes lourdes et inutiles, ont pu opter pour des méthodes un peu plus légères. Parce qu’en fait le bâtiment n’avait pas récurrence de mouvement et avait une certaine stabilisation qui pouvait assurer un renforcement plus léger », nuance-t-il. 

Tout un écosystème de capteurs encore à développer

 

D’autant que le Delta L+ fait partie d’une gamme de produits Feelbat visant à surveiller l’impact des risques naturels, dans leur ensemble, sur une construction ou un site naturel. 

Il y a ainsi le Delta R (399 euros HT), capteur d'inclinaison sur rotation pour prévenir tout mouvement général d’une structure, dont un bâtiment de deux-trois étages, voire un mur de soutènement. 
 
Et la famille des capteurs Feelbat compte s’agrandir, avec la mise sur le marché, d’ici fin 2023, du capteur Delta+ Mini, plus petit et fixable à un drone, pour ainsi explorer et repérer des fissures en zone inaccessible (centrale nucléaire, montagne…). 

En 2024, est également prévue la commercialisation d’un capteur de vibration. Son objectif ? Prévenir l’apparition d’un sinistre, et « lorsqu’il se passe un sinistre quelconque autour, assurer que le comportement vibratoire et le comportement de la structure reste le même, après l’évènement », nous explique Jean-Christophe Habot. On compte également la conception du capteur Delta X, capable de mesurer l’état des nappes phréatiques par pression métrique. 

Autant de projets R&D que Feelbat pourra valoriser, notamment à l’événement Tech For Future, au Grand Rex, ou bien au salon BIM World, à Porte de Versailles, prévus début avril prochain. 


Propos recueillis par Virginie Kroun
Photo de Une : Feelbat

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