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Dieppe : la mue d'hôtels dans l'une des stations balnéaires les plus anciennes

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Publié le 23 juin 2026 à 9h45, mis à jour le 23 juin 2026 à 9h56, par Raphaël Barrou

Face aux tempêtes, aux enjeux énergétiques et aux obligations d'accessibilité, les hôtels historiques de Dieppe investissent pour moderniser leurs bâtiments tout en préservant leur identité.
©Adobe Stock - Batiweb
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Comment adapter l'une des stations balnéaires les plus anciennes de France ? À Dieppe (Seine-Maritime), dès le XIXème siècle, sous l'impulsion de Napoléon III, le tourisme et l'engouement pour les bains de mer se développent et attirent une partie de l'élite parisienne. La ville normande connaît ensuite, dans le début du XXème siècle, une apparition d'un casino, d'hôtels et autres établissements destinés à attirer les touristes. 

Certains ont été rasés lors de la Seconde Guerre mondiale ou convertis en immeubles. D'autres complexes comme celui de la Tour aux Crabes, qui concentre un hôtel spa et un restaurant, ont vu le jour beaucoup plus récemment, en réussissant l'exploit de s'inscrire dans les anciens remparts de la ville normande. 

« Il faut investir en permanence »

 

Mais pour les hôtels anciens qui occupent toujours leur mission d'origine, la rénovation devient un impératif pour se mettre à la page et répondre aux exigences de la clientèle. 

« Si vous voulez un établissement qui fonctionne et qui soit aux normes, il faut investir en permanence », résume Éric Tanvet, le gérant de l'hôtel Windsor à Dieppe. « Que ce soit en termes de fonctionnalité, de mise aux normes de sécurité, de peinture... »

Il y a une quinzaine d'années, le Windsor a remplacé l'ensemble de ses menuiseries par du double vitrage. « C'est quelque chose que vous prenez en considération, ne serait-ce que pour un point de vue économique de réduction des coûts », poursuit monsieur Tanvet. Une réduction des coûts que permet en effet une meilleure maîtrise des dépenses énergétiques qui en résulte. 

Plus récemment, il a aussi fait installer des dalles moquette dans ses chambres pour plus de confort. « Pour les moquettes, soit vous les changez parce qu'elles sont usées, soit vous les changez parce que vous avez une clientèle qui peut être allergique aux acariens. »

Situé en face de la mer, l'établissement comprend plusieurs bâtiments. L'un d'entre eux aurait été une maison d'un haut gradé des armées napoléoniennes

Devant l'âge avancé de la structure, Éric Tanvet affirme qu'il veut se montrer pragmatique et « anticiper les besoins », notamment compte tenu des éléments naturels pouvant dégrader l'extérieur de l'hôtel. « La plage la plus proche de la capitale », comme aime se décrire la ville de Dieppe, est en effet loin d'être immunisée contre les intempéries.

« En ce qui concerne les rénovations extérieures sur les bâtiments existants, ils ont été conçus en tenant compte du fait qu'ils étaient face à la mer et que l'on était sujet à des tempêtes. Donc les structures sont suffisamment solides. Cela dit, l'usure du temps fait que vous êtes bien sûr obligés de faire un certain nombre de rénovations au fur et à mesure que des problèmes se présentent. »

Une vision long-terme pour l'isolation thermique

 

Du côté de l'hôtel Aguado, c'est même un combat permanent contre les éléments que nous décrit sa directrice Christine Bert. 

« On fait des travaux tous les ans », explique-t-elle, en évoquant notamment le remplacement régulier des fenêtres, qu'elle fait vérifier tous les ans. « Mais on fait les choses par étape. Donc on est tout le temps en travaux en hiver pour ne pas gêner les touristes. » 

Édifié par les grands-parents de madame Bert dans les années 1950 sur les ruines d'une ancienne manufacture de tabac, l'histoire du lieu s'écrit au gré des transformations. Une histoire de famille, elle est donc la troisième génération à la tête de l'établissement, qu'elle voit comme un avantage indéniable quant à la connaissance des lieux. 

Elle assume par exemple entièrement d'avoir « fait le choix du chaud » concernant sa priorité des rénovations permettant d'augmenter la performance énergétique de l'Aguado. Selon elle, le choix fait par son père de placer des matériaux de la marque allemande Villeroy & Boch sur la façade originelle, à base de pierre grise, a été décisif pour la bonne isolation thermique. « C'était énorme comme dossier puisque c'était extrêmement innovant par rapport à l'époque, c'était un sujet qui n'existait pas. Et donc l'hôtel est extrêmement bien isolé. » 

Une décision au bon moment, d'autant qu'elle a été rendue possible par la sortie au même moment de l'Aguado de la copropriété qui le liait aux cinq bâtiments qui l'entourent. « Tout ce que l'on a fait au niveau développement durable, on n'aurait jamais pu le faire si l'on y était restés. Si vous avez 90 personnes qui doivent donner leur accord pour vos travaux d'hôtel, il faut laisser tomber ! »

En raison de l'emplacement du bâtiment, dans un espace soumis aux vents, la technique du courant d'air semble suffire à rendre les températures supportables. Selon Christine Bert, les épisodes de forte chaleur sont de toutes façons encore trop peu fréquents à Dieppe pour envisager l'installation d'une climatisation dans sa situation. Un équipement qu'elle juge de toutes manières « pas écologique ».

« Vu notre emplacement, j'ai acheté du coup des ventilateurs sur pied, des espèces de petites tours que je prête aux clients pour les trois jours dans l'année où il fait trop chaud. Mais l'année dernière, on ne me les a même pas demandés. »

En mars, la directrice de l'hôtel a ainsi choisi de fermer une semaine pour privilégier l'installation d'une chaudière« Cela fait deux ans que j'étais en étude pour la changer », reprend-elle. Jusqu'alors, l'hôtel était équipé d'une installation surdimensionnée. La piste de la pompe à chaleur a été abandonnée, notamment en raison des contraintes architecturales des lieux. 

C'est finalement une chaudière plus compacte et installée dans le sous-sol du bâtiment principal qui a eu la préférence de madame Bert. L'Aguado a aussi conservé ses radiateurs en fonte, tout en modernisant leur pilotage pour permettre aux clients de « pouvoir mettre 2 degrés de plus ou de moins sur la tablette de leur chambre »

L'accessibilité, question épineuse pour les bâtiments historiques

 

En plus des rénovations nécessaires au confort des touristes face aux températures extrêmes, les hôtels doivent aussi réfléchir à leur accessibilité pour les personnes porteuses de handicap. La loi de 2005 sur le handicap mentionne bien que les hôtels font partie des ERP (établissements recevant du public), et sont à ce titre obligés d'être accessibles aux handicaps de type : auditif, mental, moteur, psychique et visuel. 

Les aménagements doivent être apportés aux hôtels en ce qui concerne notamment l'entrée ou les sanitaires. Pour l'hôtel Windsor de Dieppe, un chemin d'accès sans escaliers permet aux fauteuils roulants de trouver leur route vers l'entrée. L'ascenseur et les places de parking réservées aux personnes à mobilité réduite s'inscrivent donc dans cette logique de respect de la loi de 2005. 

Mais dans le cas de l'Aguado, cette obligation ne s'applique pas. L'hôtel étant situé dans une zone protégée, il bénéficie d'une dérogation réservée à certaines constructions historiques. « On a adapté l'hôtel, mais on n'est pas officiellement aux normes », reconnaît la dirigeante, presque désolée de ce constat. « Certaines chaises roulantes peuvent entrer dans l'ascenseur, on a fait des douches à l'italienne », liste-t-elle. 

De violentes tempêtes à répétition

 

Désormais, ce qui préoccupe surtout les professionnels du tourisme normands, c'est la multiplication des tempêtes. En janvier, la tempête Goretti a balayé Dieppe avec des rafales s'approchant des 130 km/h et des coupures d'électricité pour 63 000 habitants de la Seine-Maritime. En prévision de son passage, Christine Bert avait fait venir un spécialiste des fenêtres pour les barricader de l'intérieur et n'avait pas constaté de dégâts particuliers. 

Mais un second épisode météorologique violent a ensuite arraché une partie de la voûte de l'hôtel en mars, alors que l'Aguado connaissait ses travaux pour la chaudière. « Les plaques sont tombées sur la route, ça aurait pu tuer quelqu'un ! », s'exclame la gérante. Un accident que l'assurance ne prend pas en charge car le second épisode s'est limité à des vents à 95 km/h, pour une prise en charge à partir de vents à 100 km/h. « Il aurait mieux fallu que ça tombe pendant la première », ironise-t-elle. 

Des tempêtes qui pourraient donc devenir le nouveau chantier d'adaptation d'une station balnéaire bientôt bicentenaire et de ses hôtels, surtout pour ceux qui prennent de l'âge. 

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Raphaël Barrou
Journaliste - Batiweb

Raphaël Barrou est journaliste à la rédaction de Batiweb. Passionné par le monde du bâtiment et de l’immobilier, il s’intéresse en particulier aux actualités de travaux de rénovation et à l’avenir du secteur de la construction concernant l’utilisation de l’IA et de la robotique.

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