RE2020 : les nouveaux défis de la construction hôtelière

Depuis le 1er mai 2026, tout permis de construire hôtelier déposé doit respecter la RE2020. Avec cette évolution le secteur doit désormais intégrer des exigences renforcées en matière de performance énergétique, d’empreinte carbone des matériaux et de confort d’été. Des critères qui vont influencer les arbitrages liés à la conception des bâtiments, des systèmes techniques aux matériaux retenus dans les futurs établissements.
La fin du « saucissonnage » réglementaire
Pour les bureaux d’études intervenant sur des programmes mixtes, l’entrée des hôtels dans la RE2020 modifie les méthodes de conception. Jusqu’à présent, ces opérations nécessitaient de distinguer les usages et d’appliquer des cadres réglementaires différents selon les parties du bâtiment.
« Il fallait saucissonner le bâtiment en deux, appliquer la RE2020 sur la partie bureau et logement, et la partie hôtel était soumise à la RT2012 », résume Nathalie Tchang, directrice-associée au sein de Tribu Energie, un bureau d’études spécialisé dans l’accompagnement énergétique et environnemental des bâtiments. L’ingénieure a aussi participé à l’élaboration réglementaire de la RE2020.
L’énergie reste le premier chantier
La RE2020 repose sur trois volets. Le premier concerne la performance énergétique. L'indicateur bioclimatique Bbio (Besoin bioclimatique) qui évalue la qualité de l’enveloppe indépendamment des systèmes techniques installés (chauffage, climatisation, ventilation, etc.) est renforcé. « Les hôtels seront 20 % mieux isolés en RE2020 qu’en RT2012 », indique Thomas Lemerle, responsable adjoint de l’activité R&D technique au sein de Pouget Consultants, bureau d’études spécialisé en ingénierie énergétique et environnementale des bâtiments.
Le champ des consommations prises en compte s’élargit également, avec l’intégration de postes jusqu’ici exclus comme l’éclairage et la ventilation des parkings ou encore les ascenseurs. Par ailleurs, un nouveau coefficient Cep,nr (Consommation d’énergie primaire non renouvelable), l’indicateur qui mesure la consommation d’énergie primaire non renouvelable, valorise les solutions bas carbone et encourage indirectement le recours aux réseaux de chaleur et aux énergies renouvelables.
Le recours au gaz est, lui aussi, davantage encadré. « Le gaz seul n’est plus possible en RE2020. Par contre, pour l'instant, on peut toujours installer des pompes à chaleur avec un appoint gaz », précise l’expert de Pouget Consultants.
Cette possibilité pourrait toutefois évoluer. Une concertation est actuellement menée au niveau ministériel sur une éventuelle suppression du gaz, y compris en appoint, dans les bâtiments tertiaires à l'horizon 2030. Cette perspective soulève des questions pour certains établissements situés dans des zones où le réseau électrique est moins performant. « Si vous avez un hôtel à 2 000 mètres d'altitude, il peut y avoir quelques soucis », note Nathalie Tchang.
Le carbone devient un critère de décision
La grande nouveauté de la RE2020 pour l'hôtellerie est l'introduction du carbone, via deux indicateurs : l'IC énergie, lié aux systèmes techniques, et l'IC construction, lié aux matériaux. C'est sur ce dernier que les professionnels du BTP hôtelier pourraient être amenés à faire évoluer leurs pratiques. Un sujet qui concerne notamment les choix d'aménagement intérieur et de décoration.
Dans un bureau ou un logement, les aménagements intérieurs représentent généralement une part limitée de l'empreinte carbone du bâtiment. Dans l'hôtellerie, où l'identité des lieux repose largement sur le design et les matériaux, leur poids peut être bien plus important. « En tant que bureau d'études, dès qu'il y a des décorateurs, on commence un peu à se friter sur la partie carbone », confie Nathalie Tchang.
L'enjeu tient notamment aux données environnementales utilisées dans le calcul RE2020. Pour bénéficier d'une évaluation spécifique, les produits de construction et d'aménagement doivent disposer d'une FDES (Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire). Sans cela, des valeurs par défaut, souvent plus pénalisantes, sont appliquées. Or certains matériaux ou équipements importés, parfois retenus pour respecter des standards de décoration internationaux, ne disposent pas toujours de ces données.
« Il y a une exception française. Votre moquette que vous avez l'habitude de mettre, qui est fabriquée à l'autre bout du monde, si elle n'a pas de FDES, elle vous plombe complètement le bilan carbone du projet », illustre l'experte. « Et ce n'est pas la superstructure de l'hôtel qui va pouvoir rattraper tout le poids carbone qu'ils peuvent mettre sur de l'ajout de matière dans les espaces intérieurs. »
Pour les maîtres d'ouvrage, cette évolution implique d'intégrer la question du carbone dès les premières réflexions sur les matériaux et l'aménagement intérieur.
Des bâtiments devant faire face aux fortes chaleurs
Le troisième volet de la RE2020 concerne le confort d'été, évalué à travers l'indicateur DH (degrés-heures d'inconfort). Sa prise en compte est susceptible de faire évoluer la conception des hôtels neufs, en renforçant notamment le recours aux protections solaires extérieures.
« En hôtel, d'habitude, on était plutôt en occultation intérieure, avec des rideaux, des stores intérieurs. Ça, c'est un changement qui me paraît important », souligne Thomas Lemerle de Pouget Consultants.
Brise-soleil orientables, persiennes ou stores extérieurs motorisés figurent parmi les dispositifs susceptibles de gagner en importance dans les futurs projets, aux côtés d'autres leviers de conception, visant à limiter les surchauffes estivales.
Si la RE2020 s'applique à la phase de conception des constructions neuves, les hôtels de plus de 1 000 m² en activité sont concernés, par le décret tertiaire. Celui-ci impose des objectifs de réduction des consommations énergétiques de 40 % d'ici à 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050, assortis d'une déclaration annuelle des consommations sur la plateforme OPERAT.
Les deux réglementations poursuivent ainsi des objectifs complémentaires : l'une fixe des exigences dès la construction du bâtiment, l'autre évalue ses performances énergétiques tout au long de son exploitation.
Des seuils d'apprentissage
Les premières exigences RE2020 applicables aux hôtels restent mesurées afin de laisser au secteur le temps d’intégrer le calcul carbone. « Les seuils sont plutôt souples — c'est plutôt des seuils d'apprentissage. On apprend à compter le carbone dans le secteur hôtelier ; il n'y a quasiment jamais d'ACV (analyse du cycle de vie) qui ont été faites », observe Thomas Lemerle.
Cette première étape sera suivie par des renforcements prévus en 2028 et 2030, avec des seuils carbone progressivement plus contraignants.
Pour les acteurs du secteur, ces évolutions réglementaires introduisent de nouvelles manières d’arbitrer les projets. « On regarde combien ça coûte, mais on regarde aussi combien ça émet de carbone. Cela modifie quand même pas mal la manière dont on pense les projets ». Dans cette logique, la réhabilitation peut constituer un levier intéressant. En conservant les fondations, le sous-sol et la superstructure existants, un projet peut réduire son empreinte carbone de « 20 à 30 % du poids carbone », selon le spécialiste de Pouget Consultants.
Ce que la RE2020 ne couvre pas encore
L’application de la RE2020 aux hôtels introduit de nouvelles exigences environnementales, mais certains enjeux restent en dehors de son périmètre. La réglementation ne prend pas en compte l’acoustique, la biodiversité, la qualité de l’air intérieur ou encore la consommation d’eau.
« L'eau dans un hôtel, c'est hyper fondamental, ce sont des consommations qui sont astronomiques, ça aujourd'hui ce n'est pas pris en compte dans la réglementation », souligne Nathalie Tchang de Tribu Energie.
Pour aller plus loin que la réglementation aujourd’hui en vigueur, certains acteurs s’appuient sur des certifications environnementales volontaires comme BREEAM (Building Research Establishment Environmental Assessment Method) ou HQE (Haute Qualité Environnementale). Ces démarches évaluent d’autres dimensions de la performance des bâtiments, comme la gestion de l’énergie, de l’eau, le confort des occupants ou encore l’impact environnemental global, et peuvent constituer un critère de valorisation pour les investisseurs.
La RE2020 constitue un premier cadre commun pour le secteur hôtelier. « C'est le minimum pour embarquer l'ensemble des acteurs sur une même voie, elle n'a pas la prétention d'être parfaite », rappelle Nathalie Tchang.
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