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HLM parisiens : soupçons de surfacturations pour des rénovations

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Publié le 18 février 2026 à 10h55, mis à jour le 18 février 2026 à 11h39, par Nils Buchsbaum


Une enquête du Parisien révèle que certains prestataires auraient gonflé les factures de Paris Habitat, le plus grand bailleur social français.
© Adobe Stock
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Une série de quatre articles publiés mardi 17 février par Le Parisien révèle que des fonds publics destinés au logement social auraient, en partie, profité à certains prestataires chargés de travaux de plomberie, de peinture, de chapes ou encore d’ascenseurs.

Ces entreprises sont soupçonnées d’avoir pratiqué des surfacturations au détriment de Paris Habitat. Au cœur des révélations figurent d’importants soupçons concernant les marchés de rénovation attribués par le bailleur social à l’un de ses prestataires, la société SMRD Bat 92.

Selon les témoignages et les éléments réunis par nos confrères du Parisien, des conducteurs de travaux de la société seraient de connivence avec certains responsables de Paris Habitat. Ils auraient sciemment gonflé des bons de commande dans le cadre de travaux ponctuels de réhabilitation de logements. Le préjudice pour le bailleur social pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros.

Un coût moyen de 5 000 euros par logement pour une rénovation

 

« J’ai fait des centaines de chantiers pour Paris Habitat. Je dirais que plus de 50 % des bons de commande étaient gonflés », a déclaré un ancien de SMRD à un journaliste du Parisien. Selon ce témoignage, ce genre de pratiques ne se limitait pas à son entreprise. D’après l'ancien salarié, d’autres acteurs du secteur auraient également eu recours à ce procédé. Une hypothèse qu’un cadre de Paris Habitat a reconnu à demi-mot auprès du Parisien.

Paris Habitat, office public de l’habitat placé sous la tutelle de la Ville de Paris, est le plus grand bailleur social de France. Il gère près de 129 000 logements et loge environ 285 000 habitants. Organisé en six divisions territoriales et 22 agences, l’établissement encadre quelque 130 gérants.

Chaque année, près de 5 000 logements sont remis en location après travaux, réalisés dans un délai de trois mois. En 2023, ces rénovations ont représenté environ 25 millions d’euros, pour un coût moyen de 5 000 euros par logement. Les budgets peuvent toutefois varier de quelques milliers d’euros à près de 75 000 euros selon l’ampleur des chantiers.

Une poignée d’entreprises régionales, dont SMRD Bat 92, se partagent ces marchés de « travaux tous corps d’état » (TCE).

Des soirées, des repas coûteux et des cadeaux

 

Au fil des années, des relations professionnelles, parfois amicales, se sont nouées entre des conducteurs de travaux de ces sociétés et des gérants de Paris Habitat, chacun responsable d’environ un millier de logements. SMRD aurait pris l’habitude de « bichonner » ces interlocuteurs clés, selon des témoignages contenus dans l’article du Parisien.

Ces relations étaient apparemment rythmées par des soirées, des repas coûteux et des cadeaux offerts aux gérants. « J’ai mangé avec les gérants du 20 [NDLR : XXème arrondissement] pour le champagne, écrit ainsi en décembre 2021 la directrice générale de SMRD. Ils sont une vingtaine à l’agence. Dix caisses de champagne (six secteurs de gérance). » Ces pratiques auraient depuis cessé, assure la dirigeante auprès du Parisien : « Nous avons arrêté ces distributions de cadeaux à la demande de Paris Habitat. Et plus personne ne mange avec personne. »

Mais c’est surtout la constitution de binômes « gérant-conducteur » qui aurait permis les dérives. Le procédé, selon plusieurs sources : surfacturer des prestations réelles ou en inventer de fictives. Les exemples abondent. Surfaces de peinture ou de parquet artificiellement majorées, travaux partiellement réalisés mais facturés dans leur intégralité, voire prestations inexistantes. Dans le XXème arrondissement, le remplacement d’un parquet de 50 m² a ainsi été facturé 10 000 euros en 2024, sans certitude qu’il ait été entièrement refait. Ailleurs, un raccordement aux eaux usées aurait été facturé pour un étage alors qu’il ne concernait que le rez-de-chaussée.

Parfois, les montants atteignent des niveaux bien plus élevés. Toujours dans le XXèmes, 8 346 euros ont été réclamés pour retirer 200 m² de « revêtement sur support amianté », puis 6 000 euros pour reposer 300 m² de « toile de verre sur support amianté ». « Il y a quelque chose qui cloche, analyse un diagnostiqueur expert. Sur le papier, c’est assez baroque et très cher. »

Surfacturations en pagaille

 

D’autres pratiques interrogent comme la facturation d’une chape de béton plus onéreuse qu’un simple ragréage, voire d’une chape au plafond pour 1 000 euros, ou encore démolition de m3 de béton armé pour 500 euros.

Les lambourdes, ces pièces de bois dissimulées sous les parquets et coûteuses à remplacer, auraient également constitué un levier privilégié. Un remplacement complet peut être facturé jusqu’à 7 000 euros, « alors qu’en réalité, on les change très peu », assure un professionnel.

« On sait avec quels gérants on peut tenter de le faire, et ceux qui ne laissent rien passer », avance un conducteur de travaux.

Selon les témoignages recueillis par les journalistes du Parisien, il est courant que des prestations déjà incluses dans les marchés soient facturées en supplément

Par exemple, les cahiers des clauses techniques particulières (CCTP) qui précisent les obligations des prestataires et ce qui peut être facturé prévoit que le remplacement d’une baignoire comprend le « raccordement aux installations existantes ». Pourtant, l’alimentation en eau chaude et froide est régulièrement facturée en plus, pour 200 à 300 euros.

Le même procédé est appliqué en peinture. Le CCTP inclut « l’enduisage des supports », mais SMRD peut facturer jusqu’à 6 000 euros pour 315 m² d’enduits dans la rubrique « maçonnerie », déjà compris dans le montant de la peinture. Le client se retrouve ainsi à payer deux fois la même prestation.

Dans un communiqué diffusé suite à la publication de l’article, Paris Habitat réaffirme « la solidité de ses dispositifs de contrôle et son engagement en faveur d'une gestion irréprochable ».

Invitée dans la matinale de France Inter mercredi 18 février, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a déclaré avoir « saisi la procureure de la République pour que toute la lumière soit faite ».

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Nils Buchsbaum
Journaliste - Batiweb

Nils Buchsbaum est journaliste à la rédaction de Batiweb. Il suit l’actualité du BTP, de l’urbanisme et de la construction durable, avec une attention particulière portée à la prévention des risques, aux enjeux environnementaux et aux évolutions législatives.

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