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« Le confort d'été et le confort d'hiver relèvent d'une problématique globale », Thierry Bernard, Saint-Gobain

Publié le 20 octobre 2026 à 16h15, par Nils Buchsbaum

Les fortes chaleurs de l'été 2026 ont mis l’adaptation des bâtiments au centre des débats. Dans un entretien avec Batiweb, Thierry Bernard directeur général de la Région Europe du Sud - Moyen-Orient & Afrique chez Saint-Gobain expose les solutions proposées par son groupe.
« Le confort d'été et le confort d'hiver relèvent d'une problématique globale », Thierry Bernard, Saint-Gobain - Batiweb

Pour Thierry Bernard, directeur Général de la Région Europe du Sud - Moyen-Orient & Afrique de Saint-Gobain, les vagues de chaleur de l’été 2026 ont marqué un tournant dans la perception des effets du changement climatique.

Le dirigeant affirme que l'enjeu ne consiste plus seulement à construire des bâtiments durables et bas carbone, mais aussi à adapter l'existant aux nouvelles conditions climatiques. Innovation, combinaison de solutions, retour d'expérience international et hiérarchisation des interventions : il détaille à Batiweb les solutions envisagées par son groupe pour faire évoluer les bâtiments.

 

Vous avez écrit dans une publication sur Linkedin, début septembre, qu'après cet été, vous aviez le sentiment qu'un cap avait été franchi. Qu'entendez-vous par là ?

 

Cet été, tous les Français et beaucoup d'Européens ont été touchés par l'ampleur des vagues de chaleur, qui ont été extraordinairement anormales par leur précocité, leur fréquence et leur intensité.

Des écoles ont été fermées avant les vacances scolaires, des hôpitaux ont été en difficulté, des personnes âgées sont décédées. L'activité économique a également été touchée par ce changement climatique.

Le cap a donc été franchi parce que la résilience sociale et économique a été affectée.

Pour Saint-Gobain, cela signifie que nous sommes passés d'une situation où la problématique était de construire durable et bas carbone à une nouvelle étape : il faut désormais, en plus et non en substitution, réfléchir à l'adaptation du bâti et de nos infrastructures au changement climatique.

 

L'été 2026 a-t-il changé les priorités de Saint-Gobain en matière d'innovation et de développement de solutions, ou le groupe avait-il anticipé ces évolutions climatiques de longue date ?

 

En matière d'innovation, il faut d'abord rappeler quelques chiffres importants. Saint-Gobain investit 600 millions d'euros par an dans l'innovation à travers le monde et compte 3 800 chercheurs. Le groupe dispose de cinq innovation hubs aux États-Unis, en Amérique du Sud, en France à Aubervilliers, ainsi qu'en Inde et en Chine.

Ce qui est important, c'est que ces innovation hubs ne sont pas spécialisés par matériau. Ce sont des centres conçus pour combiner différentes technologies et construire des solutions capables de répondre aux enjeux de la construction de demain.

Le dispositif de Saint-Gobain est donc adapté, par sa constitution même, à ces enjeux : il s'agit de définir et d'apporter des solutions, et pas seulement un produit, à une problématique qui nécessite souvent de combiner plusieurs réponses.

 

Depuis cet été, avez-vous constaté une évolution concernant les solutions demandées au groupe Saint-Gobain ?

 

Il y a effectivement des solutions dont la demande est devenue plus visible depuis ces vagues de chaleur. Par exemple les solutions de verre à contrôle solaire, que le groupe développe depuis plusieurs années. Ce sont des systèmes multicouches sophistiqués qui permettent de filtrer certaines ondes ultraviolettes, tout en conservant la lumière à l'intérieur des pièces.

Nous avons nous-mêmes renforcé nos efforts de communication et de marketing autour de ces solutions.

Vous défendez donc une approche globale du bâtiment. Qu'est-ce que cela implique dans la façon dont Saint-Gobain développe son offre de solutions ?

 

Le confort d'été et le confort d'hiver relèvent d'une problématique globale. Lorsqu'on parle de l'adaptation du bâtiment au changement climatique, notre objectif est d'apporter des solutions qui répondent aux besoins d'évolution du bâti sur l'ensemble du cycle climatique, en hiver comme en été.

Ce que nous constatons en échangeant avec nos grands clients – architectes, propriétaires de bâtiments, cabinets d'ingénierie ou entreprises générales de construction –, c'est qu'ils veulent avoir affaire à des solutions intégrées. Lorsqu'on combine plusieurs produits, ces solutions doivent améliorer la performance du bâtiment tout en facilitant leur mise en œuvre.

Pour répondre aux problématiques d'adaptation du bâti au changement climatique, on ne peut pas se contenter d'un seul produit ou d'une seule technologie. Il faut combiner plusieurs solutions.

Le positionnement de Saint-Gobain est celui d'un apporteur de solutions : nous ne voulons pas être spécialisés sur tel ou tel produit ou telle ou telle technologie, mais les combiner pour apporter une réponse adaptée aux besoins de nos clients.

Un propriétaire ou un exploitant de datacenter, d'hôtel ou d'hôpital n'a pas les mêmes besoins. Nos solutions doivent donc être différentes, selon les interlocuteurs et les bâtiments auxquels nous nous adressons.

 

Vous pilotez l'activité de Saint-Gobain en Europe du Sud, au Moyen-Orient et en Afrique. Qu'est-ce que la France peut apprendre de pays qui sont confrontés depuis longtemps à de fortes chaleurs ?

 

C'est une grande chance pour le groupe d'être international. Saint-Gobain est présent dans 80 pays et dispose de cinq centres de recherche internationaux.

J'insiste sur le fait que ces centres ne sont pas spécialisés sur une technologie. Ce sont des centres qui travaillent sur plusieurs matériaux et plusieurs technologies, ce qui permet d'apporter des solutions.

Nous avons notamment la chance, avec notre centre de recherche de Chennai, en Inde, de tester des solutions adaptées depuis plusieurs années aux très fortes chaleurs. En Inde, cela fait déjà plusieurs décennies que nous travaillons sur des toits réfléchissants, parce que la chaleur y est intense.

Grâce à cette exposition internationale, la France bénéficie – et est déjà en train de bénéficier – d'un apport plus rapide de solutions qui ont été testées dans des pays et des zones soumis à des aléas climatiques que nous sommes en train de découvrir.

 

Selon votre expérience, quels changements doivent intervenir pour traiter cette question de l'adaptation à grande échelle en France ?

 

Aborder le sujet du changement climatique, c'est d'abord ne pas vouloir le traiter séparément selon les saisons. On ne peut pas se dire : à la sortie de l'été, on s'occupe du confort d'été, puis lorsque l'hiver arrive, on revient aux passoires thermiques.

Le premier sujet auquel nous devons réfléchir avec tous nos partenaires, c'est la globalité du bâtiment, mais surtout la globalité de la problématique à traiter sur l'ensemble du cycle climatique.

Il ne faut pas opposer confort d'été et confort d'hiver. Il faut réfléchir cycle de vie du bâtiment.

La deuxième chose, c'est d'avoir une approche globale. Nous ne croyons pas à une solution qui consisterait simplement à installer une pompe à chaleur ou une climatisation pour répondre à la problématique. La réponse est multifactorielle, mais il faut mettre les choses dans le bon ordre.

Nous nous appuyons notamment sur un certain nombre d'études scientifiques pour définir cette hiérarchie. Il faut d'abord traiter l'enveloppe du bâtiment : l'isolation de la toiture, des combles et des murs est essentielle. Il faut ensuite protéger les entrées solaires, ventiler, puis apporter de la fraîcheur lorsque cela est nécessaire.

C'est dans cet ordre que les choses doivent être faites. Il est important de conserver cette hiérarchie des solutions.

 

Comment faire pour que cette approche soit réellement mise en œuvre à l'échelle du secteur ?

 

Il faut emmener l'ensemble du secteur de la construction vers cette compréhension : l'adaptation au changement climatique doit être traitée de manière holistique.

C'est notamment la raison pour laquelle nous avons édité un livre blanc sur l'adaptation de la construction aux défis du changement climatique. L'objectif est de mettre l'ensemble des acteurs de la construction autour d'une même compréhension de ce qu'il convient de faire pour adapter nos bâtiments et nos infrastructures.

 

Propos recueillis par Nils Buchsbaum

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Nils Buchsbaum
Journaliste - Batiweb

Nils Buchsbaum est journaliste à la rédaction de Batiweb. Il suit l’actualité du BTP, de l’urbanisme et de la construction durable, avec une attention particulière portée à la prévention des risques, aux enjeux environnementaux et aux évolutions législatives.

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