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Gabriella Brami, cheffe d’entreprise : « Des femmes comme moi, il y en a 1 000 »

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Publié le 06 mars 2026 à 9h35, mis à jour le 06 mars 2026 à 16h33, par Virginie Kroun


À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des droits de la femme, portrait de Gabriella Brami. La dirigeante de l’entreprise de rénovation Batiwomen nous livre son parcours et sa quête équilibre entre vie pro et vie perso, ambitions et moyens, ouvriers et ouvrières.
Gabriella Brami, dirigeante de la société Batiwomen
Gabriella Brami, dirigeante de la société Batiwomen

Le parcours de Gabriella Brami n’a rimé ni avec confort, ni avec facilité. Il a même pris des allures de périple dès l’enfance. 

« Je suis colombienne et suis arrivée en France quand j'avais à peu près 13 ans », nous confie-t-elle. « Je ne savais pas qu'on pouvait faire tout ce cursus professionnel, c'est-à-dire BEP, CAP, etc. Donc j'ai suivi un cursus général et j'ai réussi, malgré une scolarité chaotique, à avoir un master en échange et relations internationales», poursuit Gabriella Brami. 

Transmettre aux femmes la passion, du foot au bâtiment

 

Commence alors une nouvelle aventure à Barcelone, où elle travaille pendant dix ans avant de rentrer en France avec son fils. Cette mère solo fonde à son retour une équipe de football féminine.

« Déjà, dans la finance, il n'y a pas beaucoup de femmes. Je me suis toujours beaucoup intéressée à comment on pouvait féminiser les sports comme les métiers», raconte-t-elle. Un défi qu’elle a fini par reporter dans le monde bâtiment, qui l’a toujours fascinée. « Je voulais vraiment transmettre ça à des femmes qui avaient eu peut-être cette passion, mais n'ont pas réussi à aller au-delà. »

Rebelote alors avec les études en BEP et les démarches pour créer en 2021 son entreprise de rénovation Batiwomen. Contrairement à ce que son nom indique, la TPE du Val-de-Marne n’emploie pas que des femmes. Dans les effectifs, on retrouve sa dessinatrice et responsable du Pôle conception, sa secrétaire et son chef de chantier. Sans compter les auto-entrepreneurs qu’elle sollicite : quatre femmes et deux hommes. 

Entre ouvriers et ouvrières, des compétences complémentaires

 

Des personnes adhérant toutes à la vision inclusive de Gabriella Brami. « Mon but n’est pas d'éduquer les ouvriers. S’ils ne correspondent pas à ce que la société véhicule comme valeurs, ils ne travaillent pas chez nous », affirme-t-elle catégoriquement.

En revanche, la cheffe d’entreprise ne parle pas d’un fonctionnement égalitaire entre hommes et femmes, mais plutôt équitable, notamment sur des métiers techniques. « Ce ne sont pas les métiers manuels qui sont masculins, c'est toute la force que demandent ces métiers-là », affirme l’artisane. « Quand j'ai commencé, je montais le mur en parpaing, je posais le carrelage, mais je voyais bien que quand je portais deux sacs en béton, l'ouvrier, lui, en portait dix. » 

Raison pour laquelle, quand sa plombière intervient sur un ballon d’eau chaude par exemple, Gabriella prévoit toujours un homme dans le planning, afin d’aider à transporter cette charge lourde. Bien évidemment, on sait que les hommes comme les femmes du bâtiment ne sont pas à l’abri des troubles musculo-squelettiques (TMS). De plus, une récente étude de l'OPPBTP montre que les femmes montrent un « savoir-faire de prudence ».

D'autant qu'« il n'y a pas que les métiers où l'on porte des sacs en béton. Je peux vous donner l'exemple d'une plombière, d'une électricienne, d'une carreleuse, d'une peintre avec qui je travaille en sous-traitance », nuance Gabriella.

Comme beaucoup de confrères et consœurs avant elle, Gabriella Brami défend aussi des qualités souvent attribuées aux femmes, comme le sens du détail mais également l’empathie. 

Cliché ou pas, ce dernier trait l’aide particulièrement dans ses relations avec ses équipes mais aussi ses clients. « Je ne dis pas que la femme est exceptionnelle d’un point de vue émotionnel. Mais les femmes ont cette capacité à rassurer le client, à être beaucoup plus compréhensives », souligne-t-elle. « Et puis je pense que c'est ça que veulent les clients maintenant. » Ce n’est pas pour rien que le slogan de son entreprise tient en ces mots : « Le bâtiment, autrement». 

Toujours un même frein : les finances

 

Même dans l’organisation des équipes de Batiwomen, Gabriella tient à changer la donne. À chaque chantier, un seul intermédiaire. Des questionnaires de satisfaction client sont diffusés à chaque livraison. Des groupes Whatsapp permettent de mieux échanger les informations et d'éviter les failles. « Je me suis sauvée de situations grâce aux photos sur WhatsApp », se rappelle l’entrepreneure. 

Côté commodités, Batiwomen fait en sorte d’aménager des coins pour que les ouvrières puissent se changer. « Il faut savoir que c'est coûteux de rajouter une autre toilette, que tout demande plus d'argent et plus de moyens », déplore la cheffe d’entreprise. 

Compliqué quand sa société peine déjà à recruter deux apprenties, avec le sabrage des aides à l’apprentissage : « Une devait aller au pôle conception d'Aminata, et l'autre qui devait travailler avec mon chef de chantier. Mais on est passé de 6 000 à 2 000 euros d’aides », s’agace-t-elle. 

Sans compter les remous dans l’activité rénovation, malgré la résistance de sa société. « Alors, les clients réduisent les travaux. Par exemple, il y a des chantiers où on avait 5 lots, mais qui ont été réduits à 2 lots, par exemple. Mais ils continuent quand même leurs travaux », nous illustre Gabriella Brami. 

Être cheffe d’entreprise dans le bâtiment, un jeu d’équilibre

 

Chez la cheffe d’entreprise, l’empathie va de pair avec la force de caractère. Il en faut pour entreprendre : «J'ai sacrifié beaucoup de choses. Notamment ma vie sociale et ma vie personnelle. Pourquoi ? Parce que j'ai beaucoup d'ambition et que je crois en ma société. »

Hors de question toutefois de sacrifier les moments où elle récupère son fils à l’école ou d’assister à ses matchs de foot. Quitte à décaler ses horaires, quitte à garder son ordinateur sous la main. 

Un jeu d’équilibriste auquel les femmes – en particulier isolées – ne sont pas étrangères : «Des femmes comme moi, il y en a 1 000, il y en a 2 000, il y en a 10 000», assure-t-elle. 

D’après les derniers chiffres de la Fédération française du bâtiment (FFB), la part de salariées du bâtiment progresse. De quoi réjouir Gabriella Brami, aussi adhérente à la FFB Grand Paris Île-de-France. 

« La FFB œuvre beaucoup», sourit l’intéressée. « J'interviens avec eux au niveau des écoles, au niveau des jeunes, mais aussi au niveau de France Travail ou d'autres organismes d'État pour pouvoir partager mon expérience et montrer que c'est possible pour une femme d'aller dans les métiers du bâtiment. »

La représentativité des femmes reste un levier crucial à ses yeux : « Il y a quand même des femmes intéressées par les métiers du bâtiment, mais beaucoup trop peu dans les métiers techniques. Je note que ça augmente, je note qu'on arrive à toucher beaucoup plus de femmes et c'est génial, mais je note aussi qu'on manque cruellement de modèles féminins. Et moi, j'essaie d'œuvrer vers ça. »

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Virginie Kroun
Journaliste - Batiweb

Virginie Kroun est journaliste au sein de la rédaction de Batiweb. De la presse BD durant ses études, elle atterrit en 2021 dans l’univers BTP, dont elle ne se lasse pas. Si elle couvre tous les thèmes du secteur, Virginie a ses sujets de prédilection : justice, patrimoine, prévention et matériaux biosourcés.

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