La France toujours plus touchée par le mal-logement Vie des sociétés | 30.01.18

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Alors que de plus en plus de bâtiments neufs voient le jour, de nombreux ménages rencontrent encore des difficultés à se loger dans des conditions décentes. Dans son 23e rapport sur « L’état du mal-logement en France », la Fondation Abbé Pierre constate ainsi que 8,6 millions de personnes étaient touchées par le surpeuplement en 2013. Une situation inquiétante à laquelle de récentes mesures gouvernementales ne devraient rien arranger.
La Fondation Abbé Pierre, qui agit en faveur des plus défavorisés, a présenté ce 30 janvier la 23e édition de son rapport portant sur « L’état du mal-logement en France ». Et si l’organisme reconnaît que les conditions de logement sont en constante amélioration, de nombreux ménages vivent encore dans des conditions déplorables.

Le surpeuplement, premier facteur de mal-logement

S’appuyant sur les chiffres de l’enquête nationale Logement 2013, la Fondation indique que 2,7 millions de foyers habitaient dans un logement surpeuplé il y a 5 ans. Surtout, « le nombre de personnes concernées a nettement progressé entre 2006 et 2013 », s’inquiète l’organisme. 7 656 000 individus vivent ainsi dans un logement en surpeuplement ‘’modéré’’ (+11,5% par rapport à 2006) et 934 000 en surpeuplement ‘’accentué’’ (+17,2%).

Plus préoccupant encore, le rapport observe une forme de fatalité et presque d’acceptation face à ces conditions de vie précaires. « On observe en effet une certaine tolérance à l’égard de ce phénomène : perçu comme inéluctable sur les territoires tendus, il est présenté par d’autres comme un ‘’choix’’ voire comme une ‘’solution’’ face aux difficultés de logement des ménages en situation de précarité », note la Fondation Abbé Pierre.

Il est pourtant difficile d’imaginer que le surpeuplement puisse être « un choix » de vie au vu des conséquences liées au surpeuplement : vie sociale restreinte, tensions au sein du foyer pouvant mener à des violences, risques sanitaires, répercussions sur le développement de l’enfant, etc.

La Fondation indique par ailleurs que « le surpeuplement est particulièrement marqué chez les ménages vivant en meublés », où « plus de la moitié des ménages sont confrontés à la sur-occupation (52%) ». Le parc HLM, entre autres, est très touché, avec 776 000 foyers concernés, « soit 16,8% des locataires du parc social ».

Des mesures drastiques pour lutter contre le surpeuplement

Face à de tels constats, l’organisme formule une série de propositions visant à lutter efficacement contre ce phénomène. Celles-ci s’organisent autour de trois axes majeurs : des mesures spécifiques qui font du traitement du surpeuplement une priorité, des actions d’amélioration de l’habitat qui peuvent traiter le surpeuplement de façon indirecte, et des solutions de portée générale permettant de dégager une offre de logement plus adaptée.

Sans compter les mesures gouvernementales récentes concernant la baisse des Aides personnalisées au logement (APL) ou la fin de l’encadrement des loyers qui inquiètent la Fondation Abbé Pierre. « Les APL permettent avant tout aux locataires modestes de modérer leur taux d’effort et d’améliorer le confort de leurs logements. Elles concernent 6,5 millions de ménages », rappelle l’organisme.

La réduction de ces aides ainsi que les attaques contre les organismes HLM pourraient bien « provoquer rapidement une chute de la construction, de la réhabilitation, notamment thermique, de la qualité de l’entretien des bâtiments et du service rendu aux locataires », estime la Fondation Abbé Pierre. Celle-ci ajoute par ailleurs qu’elle attend toujours la mise en œuvre d’« une vraie politique de ‘’Logement d’abord’’ ».

L’organisme recommande plutôt de prendre exemple sur la Finlande, qui est parvenue à diviser par cinq le nombre de sans domicile en 20 ans. « Il est encore temps, en ce début de quinquennat, de redresser le tir et d’engager enfin une vraie politique sociale du logement couplée à une politique, cohérente et fédératrice, de logement d’abord », conclut le rapport.

Présent lors de la remise du document, le ministre Jacques Mézard a assuré que « le mal-logement est un enjeu national » auquel Julien Denormandie, secrétaire d'État au ministère de la Cohésion des territoires, et lui-même dédiaient « toute [leur] énergie ».
                       
Les chiffres du mal-logement

. 4 millions de personnes mal logées
. 896 000 personnes privées de logement personnel
. 1 123 000 ménages et 2 819 000 personnes vivant dans des conditions de logement très difficiles
. 208 000 « gens du voyage » subissant de mauvaises conditions d’habitat
. 42 000 résidents de foyers de travailleurs migrants non traités
. 12,1 millions de personnes fragilisées par rapport au logement
 

Fabien Carré
Photo de Une : ©Fotolia
Redacteur

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