Le polyuréthane se récupère doucement mais sûrement de la crise du MDI Vie des sociétés | 05.02.19

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Lors d’une conférence de presse organisée ce mardi 5 février, le SNPU a révélé les chiffres du polyuréthane. S’il détient encore 10% de part du marché de l’isolation, le matériau a « fortement » souffert de la crise du méthyl-di-isocyanate (MDI). Conséquence, le secteur, qui connaissait jusqu’à alors une progression continue, a vu son activité se replier de – 10% en 2018. Le syndicat déclare cependant ne pas « être inquiet ». L’année 2019 devrait en effet permettre au polyuréthane de renouer avec la croissance.
La crise du MDI aura touché de plein fouet le marché du polyuréthane (PU). Lors d’une conférence de presse organisée ce jour, Hervé Fellmann, président du SNPU, est revenu sur la « pénurie incroyable de cette matière première », une période « très difficile pour notre industrie ».

Il faut dire que le PU connaissait une croissance continue et avait même doublé sa part de marché en 5 ans. « En 2017, nous étions sur notre lancée et nous avons été rattrapés par un incident industriel » « lourdement ressenti » par le secteur au 2e et 3e trimestre. « On a mis nos clients dans de très grosses difficultés en termes de délais, de livraison, de supply ».

Pourtant, à fin 2017, le PU a atteint des résultats similaires à ceux de 2016 (25,6 millions de m2). L’explication ? Un premier trimestre 2017 plus que positif avec une croissance en hausse de 10%.

En 2018, la tendance baissière s’est confirmée et ce, malgré un dernier trimestre dynamique qui a ramené
« cette solution d’isolation thermique parmi les plus plébiscitées du marché ». Parmi les raisons évoquées : le ralentissement général de l’activité du bâtiment bien sûr avec des mises en chantiers en repli de – 5,6%. Le polyuréthane « entre pour beaucoup dans les maisons individuelles, que ce soit en isolation des sols, en doublage des murs », souligne le SNPU. « Et puis le secteur de l’amélioration-entretien ne décolle pas vraiment avec une croissance de 0,8% ».

Hervé Fellmann a également expliqué que lorsque les « robinets » du MDI se sont rouverts, « nos clients qui ont été privés de marchandises ont commandé de façon incroyable. Une fois les commandes passées, ils en recevaient deux à trois fois plus. Il y a donc eu un effet de sur-stockage post-crise du MDI fin 2017 ». Autre raison ? Des conditions météorologiques défavorables.

Un secteur qui devrait renouer avec la croissance

Résultat, l’activité a reculé de – 10% ! Malgré tout, le syndicat ne semble pas s’inquiéter. Cela montre bien
« que les choses ne sont pas définitives. Un élan de plusieurs années peut se retrouver freiné par un phénomène externe à notre profession ».

« Nous avons été en recul dans un marché en croissance. Les matériaux qui sont restés disponibles pendant la crise du MDI nous ont pris des parts de marché ». « Ces positions sur le marché restent toujours fragiles, pour nous c’est une grosse leçon d’humilité, une remise en question également. L’euphorie c’est bien, remettre les pendules à l’heure, c’est aussi une bonne chose », a estimé M. Fellmann ajoutant : « Nous allons repartir de plus belle et nous remettre au travail. Aujourd’hui, nous livrons vite et bien. Si en 2017, les délais étaient supérieurs à 1 mois, l’ensemble des membres du SNPU ont ramené ces délais à une semaine ».

Des alternatives pour palier à une nouvelle crise ?

La crise ayant fortement freiné la croissance du secteur, le SNPU et ses membres imaginent-ils des alternatives au MDI ? M. Fellmann a révélé que les industriels qui vivaient avec des stocks courts, ont augmenté leur capacité de stockage. « Est-ce qu’on pourrait imaginer un substitut au MDI qui est le durcisseur de la matrice plastique ? La technologie dans son avancement ne le permet pas », a-t-il souligné. « Le MDI est aujourd’hui un produit incontournable ».

Il a cependant précisé qu’en ce qui concerne les polyols, « il y a pas mal de solutions de substitution qui peuvent être des solutions biosourcés à partir de tanins ou des solutions recyclés » à partir de bouteilles PET.

Et en matière de recyclage justement ? Le SNPU a indiqué que le « PU, c’est un thermodurcissable. Le fait qu’il durcisse, c’est une réaction irréversible ». « Certains industriels récupèrent du PU et en font des panneaux d’agglomérés à partir de sciures de PU. Mais une véritable boucle ? On n’y est pas parce que c’est chimiquement très complexe ».

Yves Pélissier, secrétaire général du SNPU, a précisé : « On a quand même des durées de vie extrêmement longues. Notre première préconisation, c’est la réutilisation et c’est autorisé dans les DTU. Sur un chantier de rénovation, nous préconisons, quand il y a un PU existant, d’isoler par-dessus et de laisser l’ancien. C’est déjà de l’économie circulaire et ça fonctionne déjà pas mal. Mais on est d’accord, on peut encore progresser ».

Un matériau aux nombreux avantages

Le SNPU a profité de la rencontre avec la presse pour rappeler les propriétés du polyuréthane : légèreté, faible épaisseur, résistance mécanique, performance thermique et durabilité. Il a également évoqué deux applications particulièrement avantageuses du PU encore trop « méconnues » en France : toiture-terrasse et ITE pour les murs.

Hervé Fellmann a notamment expliqué que chaque année, de nombreuses surfaces commerciales sont rénovées. « Comme le marché a été dominé pendant des années par la laine de roche », les bâtiments ont été dimensionnés « pour recevoir des charges lourdes et denses ». Remplacer la laine de roche par du PU permet un gain de poids et rend possible la mise en place de cellules photovoltaïques sans que le maître d’ouvrage n’ait à toucher à la structure du bâtiment. « On y voit une énorme potentialité (…). Y compris pour les toitures végétalisées ».

Yves Pélissier a lui insisté sur la résistance à la compression du matériau : « On aura une toiture durable donc moins de risques de détérioration d’étanchéité ».

Du côté du bilan carbone, Hervé Fellmann a précisé que le PU « est un produit pétrosourcé (…). Par contre, notre avantage, c’est cette densité qui est plus faible ; c’est la faible utilisation de la matière pour arriver à une performance élevé ». « Si vous prenez du carbone biosourcé, comme ce sont des matériaux moins performants en termes de lambda, il faut en mettre beaucoup plus en densité et beaucoup plus épais, ce qui fait qu’à la fin, vous en utilisez autant à la fabrication ».

Rose Colombel
Photo de une : ©RC
Redacteur

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