Sécurité incendie : le bois a-t-il sa place dans les immeubles de grande hauteur ? Vie des sociétés | 03.02.17

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Il y a quelques mois, le professeur José Torero publiait une tribune libre sur son sujet de prédilection, la sécurité incendie. Il en profitait alors pour partager son avis quant aux immeubles de grande hauteur en bois, dans lesquels le risque incendie n’est, selon lui, pas abordé de la bonne manière. Aujourd’hui, BATIWEB accorde son droit de réponse à Olivier Gaujard, expert en construction bois, et revient avec lui sur la viabilité de ce matériau face au risque incendie.

Quels sont les avantages du bois dans la construction d’immeubles de grande hauteur ?


Olivier Gaujard :
Le bois et les matériaux biosourcés, les isolants en particulier, sont des matériaux qui ont des qualités environnementales qui ne sont plus à démontrer du point de vue de l’énergie grise, du bilan carbone, de la renouvelabilité, etc. Ils permettent de faire des bâtiments présentant de hautes performances énergétiques à des coûts très intéressants. De plus, la France dispose d’une ressource forestière considérable. Malgré tout, le pays a une balance commerciale déficitaire depuis de nombreuses années. L’ensemble de la filière bois a donc décidé de partir à la reconquête de son marché intérieur et plusieurs actions ont été mises en place afin d’améliorer la performance économique globale de la filière. Le but étant de démontrer, in fine, qu’il est possible, avec le bois, de faire des ouvrages hors normes à un moment où le grand public pensait que ce matériau était limité à l’habitat individuel. Cette recherche de démonstration de la performance et l’évolution de la réglementation incendie ont permis, au cours des dernières années, de construire des bâtiments de plus en plus hauts, jusqu’à 7 étages. Un véritable savoir-faire commence à apparaître, avec une réflexion autour des problématiques liées à la structure, la durabilité, la performance des enveloppes, et, bien entendu, la sécurité incendie.

La France dispose-t-elle d’une expertise suffisante pour mener à bien toutes ces réflexions ?

O. G : Il n’est pas tout à fait exact de dire qu’il n’y pas d’expertise en France. D’abord, il y a une bonne connaissance concernant les immeubles de grande hauteur avec d’autres procédés constructifs. Les problématiques d’incendie sont avant tout liées aux scénarios d’incendie : quelle est la situation à laquelle on va avoir à faire face ? À quel niveau de l’immeuble l’incendie se déclenche-t-il ? S’agit-il d’un immeuble de bureaux, pouvant recevoir du public, ou de logements ? La question, quel que soit le matériau, est de voir comment on peut atteindre les trois objectifs de la sécurité incendie, qui sont la sauvegarde des personnes, l’accessibilité pour les moyens de secours, et éviter la propagation du feu dans les locaux avoisinants. Les expertises relatives au béton et à l’acier, de ce point de vue-là, sont transposables aux bâtiments en bois.

Où en est-on de la réflexion mise en place ?

O. G : De nombreux travaux ont été menés au fil du temps, relatifs au matériau en lui-même, que ce soit en France ou ailleurs. Ce qui est à faire actuellement, c’est de rassembler à la fois les aspects réglementaires, les comportements du matériau et les différents scénarios pour voir quelles sont les spécificités de ce modèle. Le bois étant un matériau combustible, il est important de s’interroger sur les précautions qu’il faut prendre. Le métal est également un matériau qui se comporte très mal en situation d’incendie, puisqu’il se dilate et perd de la résistance avec le temps. Le bois, quant à lui, est beaucoup plus stable face au feu. Pour autant, on ne peut pas nier que la matière finit par fragiliser les ouvrages avec le temps.

Dès lors, comment garantir la sécurité des constructions bois face au risque incendie ?

O. G : Avant tout, il faut faire en sorte que l’incendie ne se propage pas dans d’autres locaux. Pour cela, nous allons prendre des dispositions techniques de protection des ouvrages en bois, avec des plaques de plâtre et d’autres dispositifs appropriés. Un ensemble d’experts du bâtiment et de la sécurité incendie, accompagné de représentants des sapeurs-pompiers, réfléchit justement à d’autres dispositions techniques à mettre place. Par ailleurs, de nombreux pays impliqués dans la construction bois, notamment l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, le Danemark et la France, travaillent ensemble sur la question de l’incendie dans la construction bois. Un document important a d’ailleurs été publié il y a 7 ans sur le sujet, intitulé Fire safety in timber buildings, partageant les dispositions mises en place par les différents acteurs européens. Le travail est en cours, même si de nombreuses questions sont encore posées. Nous disposons néanmoins de toute l’expertises pour apporter des réponses pertinentes. C’est une démarche à la fois raisonnée et raisonnable.

Selon le Professeur Torero, « le bois est […] utilisable en IGH si, et seulement si, on peut assurer de l’auto-extinction en cas d’incendie ». Les artisans en sont-ils aujourd’hui capables ?


O. G :
Cette réflexion est un peu abrupte et provocatrice : si le phénomène d’auto-extinction existe bien, les conditions réunies pour qu’il en soit ainsi sont extrêmement rares. Autrement dit, pour qu’un incendie s’éteigne de lui-même, il faut des circonstances absolument exceptionnelles, qui sont rarement réunies dans un incendie. L’objectif n’est pas de se mettre en situation d’avoir l’auto-extinction du feu, il est de faire en sorte que dans un incendie, on arrive à sauver toutes les personnes, en garantissant la stabilité du bâtiment afin qu’il ne s’effondre pas pendant tout le temps nécessaire à l’évacuation des personnes et à l’extinction de l’incendie.

Propos recueillis par Fabien Carré
Photo de Une : ©Fotolia
Redacteur

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