La pollution de l'air intérieur coûte plus de 19 milliards d'euros par an Vie pratique | 25.06.14

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Pour la première fois en France, une étude exploratoire menée par l'Anses et le CSTB dans le cadre du programme de travail de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI) chiffre le coût socio-économique de la pollution de nos logements. Elle permet ainsi d'évaluer le volume annuel des ressources, humaines et financières, dont la société se prive du fait de cette pollution. Ces données serviront ensuite à hiérarchiser les mesures à prendre pour réduire les risques.

Il n'y avait jamais eu d'études économiques sur le problème sanitaire de la pollution de la qualité de l'air intérieur en France. Face à ce manque, identifié dès la fin 2004, l'OQAI a décidé de lancer une première étude exploratoire en partenariat avec l'Anses et le CSTB.

Les résultats sont édifiants mais « ce qui compte ce n'est pas le chiffre à l'euro près, prévient Pierre Kopp, professeur d'économie à l'université Sorbonne Panthéon I chargé de l'étude. Il ne s'agit que d'un ordre de grandeur eu égard aux connaissances actuelles ».

Six polluants de l'air intérieur ont été retenus pour cette étude : le benzène, le trichloréthylène, le radon, le monoxyde de carbones, les particules et la fumée de tabac environnementale (fumée rejetée par le fumeur ou s'échappant de la cigarette).

20 000 décès par an

« Nous n'avons pas étudié le formaldéhyde et les moisissures car nous n'avions pas de relation dose-réponse pour modéliser l'impact sanitaire associé », explique Valérie Pernelet-Joly de l'Anses. Pour l'amiante, nous ne disposions pas de données suffisamment représentatives pour le milieu domestique. Les seules données disponibles portaient sur le milieu professionnel », complète-t-elle.

L'étude révèle ainsi que la pollution de l'air intérieur est à l'origine de plus de 28 000 nouveaux cas de pathologies et engendre environ 20 000 décès par an. Le coût pour la collectivité de la pollution de l'air intérieur, sur les six polluants étudiés, serait de l'ordre de 19 milliards d'euros pour une année.

Si ce coût n'est pas négligeable, « il est tiré par les coûts externes (mortalité, perte de qualité de vie et pertes de production), et s'explique également par la part prépondérante des particules », détaille Thomas Bayeux de l'Anses.

75 % du coût lié à la pollution aux particules

Le coût économique annuel associé à la pollution aux particules représente en effet 75 % du coût global de la pollution de l'air intérieur, soit plus de 14 milliards d'euros. Viennent ensuite le radon (env. 3 milliards d'euros), la fumée de tabac environnementale (1 milliard), le benzène (851 millions d'euros), le monoxyde de carbone (308 millions) et le trichloréthylène (39 millions). Pour l'ensemble des polluants, le coût de la recherche uniquement est estimé à 11 millions d'euros.

L'étude se heurte cependant à quelques limites, notamment en raison d'un manque de données sur certains polluants. Les effets sur la santé liés aux co-expositions n'ont pas été pris en compte et un nombre limité de pathologies a pu être étudié.

Des perspectives d'approfondissement sont d'ores et déjà identifiées afin de proposer une évaluation plus fine des expositions. Sur le volet économique, il existe d'autres méthodes de calcul du coût socio-économique, notamment de type coût-bénéficies qui permettraient de comparer le coût des mesures de réduction des expositions aux polluants de l'air intérieur en regard des bénéfices, notamment sanitaires, attendus.

Des études similaires ont été récemment réalisées dans d'autres pays (Italie, Pays-Bas, Etats-Unis...). Les coûts annuels associés à la pollution de l'air intérieur se chiffrent également en milliards d'euros.

Claire Thibault
© Jipé - Fotolia.com

Redacteur

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