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Mauvais bilan pour la rénovation urbaine

La Cour des comptes estime dans un rapport que le programme national de rénovation urbaine (PNRU) "n'a pas atteint ses objectifs" en raison notamment de "défauts de gouvernance" de la politique de la Ville. La poursuite de son financement serait même "très incertaine".
Publié le 17 juillet 2012

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Mauvais bilan pour la rénovation urbaine - Batiweb
La Cour des comptes juge "très incertaine" la "possibilité d'un financement complet du PNRU", "alors que les objectifs fixés par le législateur sont loin d'être atteints et que la situation des finances publiques impose la recherche d'économies". Dans un rapport évaluant dix ans de Politique de la ville, la juridiction recommande notamment une réforme de la géographie prioritaire en concentrant les efforts sur les zones qui présentent le plus de difficultés. Elle propose aussi de renforcer la politique de l'emploi dans les quartiers prioritaires où le taux de chômage atteint 20%.

Prévu pour relancer les quartiers en difficultés, le PNRU (programme national de rénovation urbaine) totalise 40 milliards d'euros d'investissements sur la période 2004/2013, dont 12 milliards de subventions à l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) chargée de son exécution. Mais "ces crédits, malgré leur importance, ne permettront pas l'achèvement de tous les projets programmés dans les conventions". A ce jour, "53% des démolitions prévues ont été réalisées, 30% de l'offre a été reconstituée et 39% des logements ont été réhabilités", selon la juridiction.

Dilution des interventions

"La diversification de l'habitat est restée (par ailleurs) globalement insuffisante" et "l'objectif de mixité tant sociale que fonctionnelle n'a pas été atteint". "Une géographie prioritaire trop complexe et, surtout, la dilution des interventions sur un nombre trop important de zones, ont dès le départ pénalisé l'ensemble du dispositif", analyse la cour des comptes.

Le ministre en charge de la Ville, François Lamy, a récemment averti qu'un PNRU 2 "ne pourra être lancé qu'après l'évaluation complète du premier, après la réforme de la géographie prioritaire, et en fonction des marges de manoeuvre que le gouvernement pourra dégager".

L.P (AFP)

Un discours standardisé ?

L'architecte-urbaniste en chef de l'État Philippe Genestier avance d'autres explications dans une tribune parue hier sur le site du journal Le Monde.

"Quand on observe les éléments de diagnostic qui sous-tendent la mise en place d'une opération de rénovation urbaine", écrit-il, "on constate dans les dossiers techniques l'usage récurrent des termes et des catégories de pensée suivants : les quartiers considérés seraient "enclavés", ils seraient "stigmatisants" pour leurs habitants et ils manqueraient de "mixité sociale", leur architecture et leur urbanisme seraient "obsolètes" et, argument ultime, leur population serait défavorisée."

L'architecte écrit aussi : "On perçoit souvent en allant sur le terrain et en parlant avec les habitants que le diagnostic qui sous-tend une intervention publique de destruction de dizaines ou de centaines de logements sur chacun des sites concernés procède d'un discours standardisé, plaqué sur des réalités diverses, voire opposées à ce qui est affirmé."

Ou encore : "L'urbaniste lucide est obligé de considérer que, souvent, les problèmes ne sont pas de la nature de ce qui en est dit. Cette inversion des facteurs, considérant qu'un espace déficient induit des problèmes sociaux, et non que les problèmes sociaux entraînent toutes sortes de déficiences, notamment dans le lieu de résidence de ceux qui sont confrontés à ces problèmes, est un travers bien connu, qui s'appelle le spatialisme."

Par Redacteur

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